La recherche de lithium s’intensifie en Abitibi-Témiscamingue

Sur le site du projet Authier, près de la municipalité de La Motte Reportage, en Abitibi-Témiscamingue, de nombreux bouchons rouges marquent les endroits où ont été réalisés des forages exploratoires.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Sur le site du projet Authier, près de la municipalité de La Motte Reportage, en Abitibi-Témiscamingue, de nombreux bouchons rouges marquent les endroits où ont été réalisés des forages exploratoires.

La recherche de lithium s’accélère en Abitibi-Témiscamingue, alors que la demande et le prix de ce minerai augmentent partout sur la planète en raison de l’électrification des transports. Au moins cinq entreprises minières ont annoncé récemment qu’elles feraient des forages d’exploration dans cette région du Québec.

L’une de ces compagnies est Vision Lithium, basée à Val-d’Or. Son président-directeur général, Yves Rougerie, est fébrile. Dans quelques jours, son équipe commencera à trouer le sol pour aller recueillir entre 20 et 30 échantillons cylindriques jusqu’à 200 mètres de profondeur. L’objectif est de déterminer les quantités de spodumène de lithium et les endroits où il se trouve, dans un secteur au sud du quartier Cadillac, entre Rouyn-Noranda et Val-d’Or.

M. Rougerie espère démontrer qu’il s’y trouve des concentrations permettant une exploitation économiquement viable du lithium. L’entreprise a acquis cet automne 320 claims miniers répartis sur environ 180 km2 dans la région.

« Il y a un secteur où il y a un indice de lithium connu, nommé Wells-Lacoursière — du nom de ceux qui l’ont découvert, il y a longtemps —, qui n’a été que très peu sinon pas travaillé. Nos premiers échantillonnages donnent des résultats importants. On a des teneurs jusqu’à presque 5 % en lithium, ce qui est très bon », explique M. Rougerie.

Autrefois nommée Ressources ABE, Vision Lithium a recentré ses activités sur l’exploration du lithium il y a environ cinq ans. Elle possède notamment la propriété Sirmac, dans le Nord-du-Québec, non loin du projet Nemaska Lithium, ainsi que la propriété Godslith Lithium, au Manitoba, aussi à l’étape de l’exploration.

« Pour toutes les voitures et les appareils électriques qui vont demander des batteries au lithium, il n’y a pas assez de production dans le monde. Les prix vont exploser, et les projets de lithium vont être très recherchés. Le Québec va être bien placé et, nous, on essaie de se placer à l’intérieur du Québec », indique M. Rougerie.

Beaucoup de forages en 2022

Vision Lithium n’est pas la seule à rêver d’être à l’origine d’une mine de lithium en Abitibi-Témiscamingue. Plus à l’est, à La Corne, se trouve la mine North American Lithium (NAL), l’un des projets de Sayona Québec, qui doit redémarrer d’ici un an et demi. Non loin de cette propriété, quatre autres entreprises canadiennes ont annoncé le début ou la poursuite de forages pour ce minerai dans les cinq derniers mois.

Mercredi, Musk Metals a annoncé l’amorce en janvier ou en février, sur sa propriété nommée Elon, d’un plan d’exploration en quatre phases qui s’étalera sur l’ensemble de 2022. Les autres sont First Energy Metals, avec le projet Augustus, Jourdan Resources, avec la propriété Vallée, et Newfound-land Discovery, avec le projet Chubb.

« Cette zone est l’une des ceintures de lithium les plus prolifiques au Canada et pourrait bientôt être le prochain centre de production de lithium au pays », indique Newfoundland Discovery dans un communiqué. L’entreprise vante également « des infrastructures comme des lignes électriques et des routes entourant le projet » ainsi que la proximité de deux projets de Sayona, NAL et Authier.

Yves Rougerie partage cet enthousiasme pour le potentiel de la région, mentionnant également l’expertise humaine qui s’y trouve. Il estime qu’il y a de la place pour plusieurs acteurs du secteur en Abitibi-Témiscamingue. « Il faut que les sociétés qui ont les projets les plus avancés, comme Sayona, démarrent la production de façon à créer un emballement. »

Des étapes préliminaires

Le professeur d’exploration minérale Georges Beaudoin, de l’Université Laval, n’est pas étonné par cet engouement. « Quand Mines Virginia a découvert le gisement d’or Éléonore [à la Baie-James], il y a beaucoup de compagnies [débutantes] qui ont pris des claims à proximité en espérant trouver des extensions et des gisements similaires », raconte-t-il.

Le géologue rappelle que tous ces projets d’exploration en sont à leurs débuts et que le risque d’échec est encore élevé. Le p.-d.g. de Vision Lithium reconnaît ce risque. Il souligne que dans le meilleur des cas, il faudra de six à huit ans pour qu’une mine soit construite sur sa propriété.

L’acceptabilité sociale est également en jeu, alors que certains projets de Sayona se sont heurtés à de l’opposition. « L’exploitation de lithium doit respecter l’environnement et ne doit pas permettre la destruction de structures géologiques uniques comme les eskers et les moraines riches en eau pure », a notamment demandé le porte-parole du Regroupement vigilance mines de l’Abitibi-Témiscamingue, Marc Nantel.

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