L’inflation flambe aux États-Unis

L’inflation a atteint 7% en 2021, un record depuis les douze mois se terminant en juin 1982.
Photo: Michael Loccisano/Getty Images/AFP L’inflation a atteint 7% en 2021, un record depuis les douze mois se terminant en juin 1982.

Les prix à la consommation ont flambé en 2021 aux États-Unis, où l’inflation est au plus haut depuis près de 40 ans, une préoccupation majeure pour Joe Biden, mais aussi pour la banque centrale, vers laquelle les regards se tournent désormais.

L’inflation a atteint 7 % en 2021, un record sur douze mois depuis la période se terminant en juin 1982, selon l’Indice des prix à la consommation publié mercredi par le département du Travail.

Joe Biden, pour qui cette flambée du coût de la vie est un problème politique majeur, a souligné les « progrès » faits par son gouvernement, mais a reconnu qu’il « restait du travail, avec des prix encore trop élevés, qui compriment le budget des ménages ».

Le prix de l’essence a notamment grimpé de près de 50 % en 2021, et celui des voitures d’occasion, de plus du tiers. Les prix des aliments ont également augmenté, mais dans une moindre mesure.

Sur le seul mois de décembre, la hausse a cependant été moins forte qu’en novembre (0,5 % contre 0,8 %). L’augmentation des prix de l’énergie ralentissait alors pour la première fois depuis avril.

L’opposition républicaine, qui reproche au président, démocrate, une politique inflationniste comportant trop de dépenses, a fustigé ce qu’elle appelle désormais la « Bidenflation ». « Joe Biden ne semble pas se soucier du fait que les Américains ne peuvent plus rien se permettre, de l’essence à l’épicerie », a gazouillé le parti républicain.

La demande, cependant, reste très forte, les comptes en banque d’un large pan de la population ayant été renfloués par les aides gouvernementales, tandis que les propriétaires immobiliers et les détenteurs de portefeuilles d’actions ont vu bondir la valeur de leurs avoirs.

« De la patience à la panique »

« Les goulets d’étranglement persistants dans la chaîne d’approvisionnement, dans un contexte de forte demande, maintiendront le taux d’inflation à un niveau élevé au moins jusqu’au premier trimestre », prévoit Kathy Bostjancic, cheffe économiste chez Oxford Economics. Et le variant Omicron pourrait encore l’alimenter, en contraignant les salariés à se mettre en quarantaine, ce qui de fait ralentirait la production et la livraison.

Les regards se tournent désormais vers la banque centrale américaine (Fed), qui pourrait relever ses taux directeurs plus tôt et davantage que prévu pour tenter d’enrayer cette inflation, qu’elle considérait jusqu’à tout récemment comme temporaire seulement. Son objectif à long terme est une inflation annuelle de 2 %, qui donnerait une marge de manœuvre sur les taux directeurs en cas de coup dur économique.

La Fed « est passée de la patience à la panique face à l’inflation en un temps record », relève Diane Swonk, économiste chez Grant Thornton.

La puissante Réserve fédérale va donc se livrer à un délicat numéro d’équilibriste. Relever les taux vise en effet à stopper cette surchauffe de l’économie par un ralentissement de la consommation, mais cette façon de faire risque de ralentir également le redressement du marché de l’emploi. Or, en décembre, si le chômage est tombé à 3,9 %, la création d’emplois est restée à la traîne, et les inégalités, très fortes.

Le président de la Fed, Jerome Powell, qui était entendu mardi par des sénateurs, a promis d’agir « en conséquence » si cette inflation record persistait au deuxième semestre de cette année.

14,8 % d’inflation en 1980

« L’inflation peut être gérée, et les banques centrales savent comment », a déclaré mercredi matin la directrice du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva.

Ces chiffres devraient mettre encore un peu plus de plomb dans l’aile au plan d’investissement social et environnemental de Joe Biden, « Build Back Better », déjà paralysé car accusé d’être inflationniste.

Ces 7 % d’inflation restent cependant bien loin du taux de 14,8 % qu’avait connu le pays en 1980.

Récemment, c’était plutôt la faible inflation qui préoccupait les économistes. En 2020, elle avait été, sur l’ensemble de l’année, au plus bas en cinq ans, à 1,4 %.

Mais 2021 a été marquée par de très fortes pressions sur la chaîne mondiale d’approvisionnement, avec des pénuries de certains composants qui ont fait grimper les prix. Le manque de main-d’œuvre aux États-Unis a également ralenti la production et la livraison. Pour attirer les candidats, les employeurs ont proposé des salaires et des conditions de travail supérieurs. En 2021, le salaire horaire moyen a ainsi augmenté de 4,7 %. Cette hausse compense seulement en partie l’envolée des prix, en plus d’alimenter l’inflation par sa répercussion sur ceux-ci.

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