Hausse du ratio des travailleurs étrangers temporaires

Ce rehaussement du seuil touchera particulièrement les postes qui requièrent moins de qualifications.
Photo: iStock Ce rehaussement du seuil touchera particulièrement les postes qui requièrent moins de qualifications.

C’est lundi qu’est entré en vigueur le nouveau seuil qui permet aux entreprises dans des secteurs désignés d’employer jusqu’à 20 % de travailleurs étrangers temporaires, plutôt que 10 %.

Ce rehaussement du seuil touchera particulièrement les postes qui requièrent moins de qualifications dans le commerce de détail, la restauration, l’hôtellerie et le secteur manufacturier, a précisé en entrevue lundi le ministre du Travail et de l’Emploi, Jean Boulet. « On m’en parlait dans toutes les régions de l’importance de ces travailleurs étrangers temporaires », a relaté le ministre Boulet.

La rapidité d’action du gouvernement fédéral en la matière a souvent été critiquée. Par exemple, au cours des derniers jours, l’entreprise de transformation de poulets Exceldor avait annoncé devoir euthanasier des milliers de poulets, faute de travailleurs étrangers dans ses installations. Le traitement des dossiers a tardé. Tant l’entreprise que le syndicat qui représente des travailleurs de ce secteur, les Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC, affiliés à la FTQ), avaient dénoncé l’allongement des délais de traitement des dossiers par le gouvernement fédéral, de trois mois à six mois, voire un an.

Rapatriement demandé

Québec a-t-il des garanties qu’avec l’augmentation du seuil de 10 à 20 % annoncée conjointement par Ottawa et Québec, le gouvernement fédéral accélérera le processus ? « La garantie, je n’en ai pas », admet le ministre Boulet. « La délivrance de permis de travail est faite par Ottawa. Moi, je revendique le rapatriement de ce programme-là des travailleurs étrangers temporaires, pour que ce soit géré plus efficacement et de manière plus compatible avec notre marché de l’emploi », a ajouté le ministre québécois.

Le syndicat des TUAC va même plus loin. Lorsqu’il s’agit de travailleurs étrangers temporaires, mais qui occupent un emploi qui serait disponible toute l’année — chez un transformateur de poulets, par exemple —, pourquoi ne pas tout simplement faciliter son immigration ?

Le programme, « c’est une solution temporaire pour un problème qui est permanent. Alors qu’on sait que dans les usines de transformation alimentaire, on opère sur 12 mois, donc on aurait besoin d’avoir des travailleurs de façon permanente. Nous, ce qu’on préconise et ce qu’on demande au gouvernement fédéral depuis des années, c’est d’accompagner ces travailleurs-là et leurs familles à immigrer ici, au Canada, pour pouvoir justement occuper des postes à temps plein », explique Roxane Larouche, porte-parole des TUAC.

« La beauté de la chose, dans une usine de transformation alimentaire, c’est qu’on peut embaucher le couple, parce que du travail, on en a autant pour les hommes que pour les femmes », ajoute-t-elle.

Employeurs soulagés

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui représente des milliers de PME, s’en réjouit. « Cette mesure représente une des solutions mises en avant par la FCEI pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre. Ce sont 64 % des PME du Québec qui vivent une situation de manque d’employés. Celles-ci sont frappées de plein fouet et il était temps que des annonces concrètes voient le jour », a commenté son vice-président pour le Québec, François Vincent.

De même, le regroupement Manufacturiers et exportateurs du Québec a salué le rehaussement. « Dans un contexte important de pénurie de main-d’œuvre, avec plus de 30 365 postes vacants dans le secteur manufacturier, l’augmentation de la limite du nombre d’embauches de travailleurs étrangers à 20 % est une bonne nouvelle pour plusieurs de nos manufacturiers québécois », a commenté sa p.-d.g., Véronique Proulx.

Il importe de souligner que le rehaussement fait partie d’un projet pilote conclu entre Ottawa et Québec. Il a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2024.

« Une main-d’œuvre solide est un élément essentiel de la reprise économique et de la croissance à long terme du Canada. C’est pourquoi notre gouvernement met à jour le Programme des travailleurs étrangers temporaires pour aider à combler immédiatement les pénuries de main-d’œuvre au Québec », a fait savoir la ministre fédérale de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes en situation de handicap, Carla Qualtrough.

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