La pénurie de main-d’œuvre devrait se poursuivre en 2022

En 2022, les entreprises québécoises continueront de se battre pour attirer des travailleurs.
Photo: Adil Boukind Le Devoir En 2022, les entreprises québécoises continueront de se battre pour attirer des travailleurs.

L’année 2022 commence mal pour le milieu des affaires en ce qui a trait à la pénurie de main-d’œuvre, accentuée par la hausse des cas de COVID-19. Et la situation risque peu de s’améliorer dans les 12 prochains mois, selon l’opinion quasi unanime des employeurs.

« On s’attend à ce que ce soit similaire à 2021, alors on va répéter les mêmes stratégies », indique Patrick Lavoie, vice-président du marketing et des communications pour Point S Canada, un grand réseau de détaillants de pneus et de mécanique.

Ces stratégies consistent à se battre pour attirer des travailleurs.

« On essaie par tous les moyens d’aller chercher de nouveaux employés. On a besoin de mécaniciens, de livreurs, de comptables… C’est très large. Les poseurs de pneus de saison, c’est ce qui manque le plus », précise M. Lavoie.

Salaires rehaussés, avantages sociaux, mesures antistress, Point S ne recule devant rien pour séduire. « Chaque magasin peut choisir parmi 70 mesures antistress à offrir à ses employés, comme des fruits au bureau, le remboursement d’une partie de leurs activités physiques ou de la télémédecine », explique M. Lavoie.

Le recrutement sera encore, en 2022, « le nerf de la guerre » pour les services d’entretien de bâtiment de GDI Services aux immeubles, selon son président-directeur général, Claude Bigras. Ce dernier juge qu’il pourrait accueillir de 500 à 1000 employés supplémentaires dans ses rangs.

M. Bigras dit réussir à répondre présentement à la demande, parce que le télétravail réduit le niveau d’occupationd’une partie des immeubles. « Mais quand certains secteurs vont redevenir opérationnels, possiblement en 2022, on craint d’avoir des défis, alors il faut se préparer », dit-il.

GDI a notamment fait pour la première fois de la publicité dans les transports publics, redouble d’efforts sur les réseaux sociaux et offre des horaires plus flexibles.

GardaWorld, qui recherche activement des agents de sécurité et detransport de valeurs, développe en ce moment sa marque employeur, c’est-à-dire la définition de la personnalité de l’entreprise, pour mieux en faire la promotion auprès d’employés potentiels.

Presque un copier-coller

Selon l’économiste principale de Desjardins, Joëlle Noreau, 2022 ne sera pas très loin d’un copier-coller de 2021 en ce qui a trait à la pénurie de main-d’œuvre.

L’un des principaux indicateurs, l’indice du taux de remplacement, n’est pas sur le point de se corriger rapidement.

« Pour 100 personnes qui ont de 55 à 64 ans, susceptibles de se retirer du marché du travail, on en a 82,5 de 20 à 29 ans qui pourraient les remplacer. On voit déjà que ça ne se rejoint pas, sur le plan démographique », expose Mme Noreau.

À titre d’exemple, Bombardier aéronautique prévoit qu’au-delà de 3000 employés prendront leur retraite au Canada dans les cinq prochaines années et que ce sera un défi de les remplacer. L’entreprise amplifie déjà son marketing autour du recrutement de stagiaires et la promotion de son secteur d’activité auprès des étudiants postsecondaires.

On peut toutefois s’attendre à une amélioration graduelle, puisque cetindice du taux de remplacement atteindrait 90,5 en 2026, selon les données de Desjardins basées sur les projections de l’Institut de la statistique du Québec.

Par ailleurs, le taux de postes vacants a sans cesse augmenté au Québec depuis la fin de 2019, pour atteindre 6,1 % au troisième trimestre de 2021. Cela représente 238 050 postes vacants.

Des gestes concrets

Quelques actions demandées par les milieux d’affaires pourraient tout de même alléger un peu le fardeau des entreprises. La principale est le rehaussement des seuils d’immigration et la réduction des délais de traitement des demandes.

Point S souhaiterait pouvoir bénéficier du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), géré conjointement par les gouvernements fédéral et provincial. « On aimerait faire venir des travailleurs pour des périodes de deux mois de changements de pneus de saison, à l’automne et au printemps », réclame M. Lavoie.

Chez GDI, la majorité des employés sont issus de l’immigration permanente. Or, jusqu’à 70 500 immigrants sont attendus par Québec en 2022. Cela représenterait au moins 20 000 personnes de plus qu’en 2021.

M. Bigras ose aussi croire que les gouvernements poseront des gestes concrets pour réduire les délais de traitement du PTET et le rendre plus accessible.

« La pénurie de main-d’œuvre prendra des années à se résorber », reconnaît pour sa part le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, qui est aussi ministre del’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration. M. Boulet affirme qu’il continuera de réclamer « plus de pouvoirs en immigration afin de mieux répondre aux besoins du marché du travail du Québec ».

Le Conseil du patronat du Québec a également salué les mesures de requalification et de rehaussement de compétences annoncées par le ministre Boulet, mesures qui ont pour objectif de rediriger des travailleurs vers certains secteurs, dont l’agroalimentaire, l’aéronautique, l’économie verte et l’électrification des transports. L’Opération main-d’œuvre du gouvernement vise par ailleurs à attirer, à former et à requalifier 170 000 travailleurs dans les secteurs de la santé, l’éducation, les services de garde à l’enfance, les technologies de l’information, le génie et la construction.

Peu de domaines échappent toutefois à la pénurie de main-d’œuvre, et certains, comme la restauration, craignent de perdre des travailleurs au profit d’autres industries.

Plusieurs entreprises miseront également sur l’automatisation de certaines tâches, mais plutôt à moyen terme. Chez Point S, ce n’est pas encore en 2022 qu’une partie de la pose de pneus sera robotisée.



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