Des véhicules électriques vietnamiens arrivent au Québec

VinFast s’ajoutera dans les prochains mois à la courte liste des nouvelles marques de véhicules vendus au Québec.
Photo: Patrick T. Fallon Agence France-Presse VinFast s’ajoutera dans les prochains mois à la courte liste des nouvelles marques de véhicules vendus au Québec.

Malgré l’annulation des salons automobiles prévus cet hiver en raison d’Omicron, l’année démarre en trombe pour les fabricants de voitures électriques. Surtout pour la marque vietnamienne VinFast, qui profite du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas pour officialiser son intention de s’imposer dans le portrait nord-américain de l’automobile … y compris au Québec.

Avec Vancouver et Toronto, Montréal sera l’une des trois premières villes à accueillir un des 38 points de vente que VinFast compte ouvrir au pays d’ici la fin de 2023. Aucune surprise là : le Québec et la Colombie-Britannique mènent la charge de l’électrification dans le secteur automobile canadien, tandis que l’Ontario reste la plus grande consommatrice de véhicules passagers, toutes motorisations confondues.

Ce qui surprend, c’est l’origine de cette marque. Elle a été créée il n’y a pas tout à fait cinq ans par le géant industriel Vingroup JSC. Des sociétés asiatiques aux noms plus familiers, tels Hyundai ou Mitsubishi, illustrent ce à quoi ressemble le groupe basé à Hanoï, au Vietnam. Ses activités vont de la construction et de la gestion d’immeubles commerciaux et résidentiels à la création de systèmes d’analyse et d’interprétation de mégadonnées informatiques.

L’entreprise vaut quelque 20 milliards de dollars canadiens à la Bourse de Hô Chi Minh-Ville.

Cinq véhicules en 2022

 

VinFast s’ajoutera dans les prochains mois à la courte liste des nouvelles marques de véhicules vendus au Québec. L’automne dernier, la marque chinoise de véhicules électriques Imperium Motors a présenté des nouveautés destinées au marché canadien, mais leur mise en vente n’a pas encore débuté. « Nous sommes assez contents de voir cet intérêt envers le marché canadien de la part des nouveaux venus », dit Simon-Pierre Rioux, directeur général de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ). M. Rioux dit avoir un peu plus confiance dans les chances de succès de VinFast, qui est soutenue par une société mère déjà bien établie en Asie.

Le premier objectif de VinFast est de vendre 45 000 véhicules à l’échelle mondiale d’ici la fin de 2022, principalement en Amérique du Nord. Son approche pour y parvenir s’apparente à celle qui a permis à Tesla de s’établir dans l’industrie automobile mondiale ces dernières années : vente directe sans commerçants locaux pour écouler sa marchandise.

Anecdote intéressante : Hans Ulsrud, qui a été nommé l’an dernier directeur de la croissance de VinFast au Canada, a été en 2009 le premier employé que Tesla a embauché au pays. Son rôle est de convaincre les automobilistes canadiens d’acheter dès cette année un VUS plein format VF 8 ou une espèce de fourgonnette appelée VF 9. Leur autonomie maximale annoncée est de 510 et 684 kilomètres par charge. Trois autres VUS électriques révélés au CES le 5 janvier dernier s’ajouteront au catalogue d’ici la fin de 2023.

Leur prix n’a pas encore été établi, mais VinFast a des véhicules grand public comme le Mustang Mach E de Ford dans sa mire. Hans Ulsrud indique que ses deux premiers modèles vendus chez nous devraient se conformer aux exigences gouvernementales pour que les acheteurs puissent bénéficier de l’aide à l’achat, qui, au Québec, équivaut à 13 000 $ en tout, après taxes. VinFast ajoute deux autres arguments pour séduire les acheteurs : une garantie de 10 ans sur ses batteries et la possibilité d’acheter un véhicule à moindre coût puis d’en louer la batterie, moyennant une mensualité avoisinant les 50 $, à condition de respecter une certaine limite de kilométrage.

« Notre volonté est d’offrir des véhicules durables et équipés des dernières technologies, à un prix qui les rend plus accessibles », assure à son tour Sang Hong Bae, directeur de la technologie pour VinFast. C’est aussi pourquoi les versions de base de ses véhicules électriques seront alimentées par des piles au lithium-fer-phosphate (LFP), plus sûres et moins coûteuses à produire que les piles au nickel-cobalt-aluminium utilisées dans ses véhicules plus haut de gamme. Cette même approche a d’ailleurs été adoptée par Tesla l’automne dernier pour réduire ses propres coûts de fabrication.

Le coût des piles demeure le nerf de la guerre dans l’électrification des transports. Plusieurs constructeurs promettent que, d’ici la fin de la décennie, ce coût baissera suffisamment pour que les véhicules électriques se détaillent au même prix que des véhicules à essence comparables, sans aide à l’achat.

L’idée de louer la pile pour réduire plus rapidement le prix d’achat des véhicules s’apparente à une fausse bonne idée, croit Simon-Pierre Rioux. « Renault a tenté le coup il y a quelques années et les clients n’ont pas aimé ça », rappelle-t-il. Il ajoute que la garantie de dix ans offerte par VinFast devrait rassurer les acheteurs sur la fiabilité des véhicules.

Nouvelle technologie de piles

 

À terme, VinFast espère être parmi les premiers groupes à miser sur une nouvelle technologie de piles à l’état solide, promises comme étant à la fois plus efficaces et moins coûteuses. L’automne dernier, l’entreprise a présenté un plan d’investissement de 500 millions de dollars pour mettre au point de telles batteries, une technologie explorée par la plupart des constructeurs, mais qui ne devrait pas être mise en marché avant 2028 au plus tôt.

Pour accélérer son développement, VinFast se dit ouverte à s’établir en Amérique du Nord et ne cache pas non plus son intérêt de s’approvisionner localement. « Il est très logique de produire nos véhicules là où nous les vendrons, alors si nous trouvons des fournisseurs à proximité, ce sera encore mieux », affirme M. Hong Bae.

Il reste donc à VinFast à imiter ses prédécesseurs et à vendre ses premiers véhicules au Québec…

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