Rémunération élevée des patrons malgré la pandémie

Un dirigeant moyen parmi les 100 mieux payés au pays aurait déjà gagné ce que le travailleur canadien moyen gagnera pendant toute l’année 2022.
Photo: iStock Un dirigeant moyen parmi les 100 mieux payés au pays aurait déjà gagné ce que le travailleur canadien moyen gagnera pendant toute l’année 2022.

Les 100 chefs de la direction les mieux payés du Canada ont connu une année très lucrative en 2020, au deuxième rang sur le plan de la rémunération, bien que la pandémie de COVID-19 ait imposé au pays son pire ralentissement économique depuis la Grande Dépression.

« Même si la pandémie a été une assez mauvaise année pour la plupart des Canadiens, en particulier pour ce qui est du chômage, ça n’a vraiment pas été si mal pour les p.-d.g. les plus riches du Canada », a souligné David Macdonald, économiste principal au Centre canadien de politiques alternatives.

M. Macdonald est l’auteur d’un rapport publié mardi qui examine les sommes gagnées par les 100 patrons les mieux payés des sociétés inscrites à la Bourse en 2020. Selon le rapport, dès mardi, à midi, le chef de la direction moyen de ces entreprises aurait déjà gagné ce que le travailleur canadien moyen gagnera pendant toute l’année 2022.

En 2020, alors que de nombreux Canadiens voyaient leurs heures coupées ou perdaient leur emploi lors de confinements répétés et de fermetures forcées, les 100 patrons les mieux payés des sociétés cotées en Bourse ont gagné en moyenne 10,9 millions de dollars. Cette somme représente une baisse par rapport au record de 11,8 millions de 2018, mais une augmentation de 95 000 $ par rapport à 2019.

Selon M. Macdonald, le fait que les grands patrons ont reçu le deuxième salaire en importance jamais enregistré constitue « tout un exploit » puisque la pandémie s’est avérée assez dommageable pour plusieurs des entreprises qu’ils dirigent.

Plus de 82 % de la rémunération moyenne provenait de primes, notamment en espèces ou en options d’achat d’actions. D’après l’économiste, les entreprises ont dû faire preuve de créativité dans leurs calculs pour s’assurer que les mauvais rendements observés pendant la pandémie n’affecteraient pas la rémunération de leurs patrons.

« Cela n’arrive que dans les mauvais moments. Lorsque les choses virent mal pour l’entreprise, dans bien des cas, les chefs de la direction sont protégés. Lorsque les choses vont bien pour l’entreprise, il n’y a pas de limite. »

M. Macdonald a indiqué que les chefs de la direction justifiaient souvent leurs primes par leur travail exceptionnel, mais il a souligné que la moitié des patrons qui ont obtenu des primes en 2020 soit dirigeaient des entreprises ayant reçu une aide gouvernementale, comme la Subvention salariale d’urgence du Canada, soit n’avaient obtenu une prime qu’en raison d’une révision de la formule.

« Je pense que cela illustre vraiment la faillite de l’idée voulant que la rémunération s’appuie en quelque sorte sur le mérite », a-t-il affirmé.

Écart substantiel

 

Les p.-d.g. les mieux payés gagnaient 191 fois plus que le travailleur moyen en 2020, une baisse par rapport au multiplicateur de 202 pour l’année 2019. Il s’agit en outre du plus petit écart en six ans.

Ce rétrécissement de l’écart n’est cependant pas attribuable à des augmentations du salaire des travailleurs. En fait, a expliqué l’économiste, si le revenu moyen des travailleurs a grimpé en 2020, c’est plutôt parce que plusieurs employés parmi les moins bien payés ont été mis à pied, ce qui les a exclus du portrait lors du calcul des moyennes.

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