Des écouteurs de Québec pour oublier les AirPods

Les trois entrepreneurs derrière Sounds Good: Yan, Philippe et Gabriel
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les trois entrepreneurs derrière Sounds Good: Yan, Philippe et Gabriel

Il existe un lien entre le protocole informatique Bluetooth, l’asclépiade et le bois recyclé. Il prend la forme de trois jeunes entrepreneurs de Québec qui viennent de commercialiser avec un succès étonnant de petits écouteurs sans fil appelés Sounds Good et qui se distinguent dans un marché dominé par les AirPods d’Apple.

L’astuce des écouteurs Sounds Good : leur prix de vente de 99,99 $, moins de la moitié de celui des AirPods. À ce prix, les écouteurs québécois jouent du coude avec des produits très bon marché vendus en ligne par des commerçants étrangers peu connus ou par des marques de produits électroniques très grand public. Pour se distinguer, Sounds Good a pris le pari d’offrir un service à la clientèle humain et personnalisé (et en français) et d’honorer une garantie de satisfaction de 15 jours et une garantie de fabrication d’un an.

Mis en vente en octobre 2019, d’abord dans un kiosque du marché Jean-Talon, à Québec, puis directement sur Internet, les écouteurs Sounds Good se vendent à un bon rythme. Les trois partenaires dans l’aventure, Gabriel Gouveia-Fortin, Phil Langlois et Yan Poirier, disent avoir dépassé plus tôt cette année le million de dollars en chiffre d’affaires total. Pas mal, pour un projet dans lequel ils n’ont investi initialement que 500 $ chacun !

La popularité de Sounds Good s’explique simplement : l’engouement envers les petits écouteurs Bluetooth est mondial. Ce marché croît de plus de 20 % tous les trois mois depuis au moins deux ans. Selon la firme spécialisée Canalys, il s’en est vendu 58,3 millions d’exemplaires dans le monde au second trimestre de 2021. Les AirPods d’Apple occupent 25 % de ce marché, ce qui laisse quand même suffisamment de place pour les nouveaux venus.

« Il y a vraiment une demande énorme sur Internet pour des écouteurs Bluetooth de ce type », affirme Gabriel Gouveia-Fortin. « Il y a beaucoup de vente en ligne par parachutage de produits de moins bonne qualité, des écouteurs de moins de 100 dollars qui brisent rapidement. On a vu une occasion dans le créneau d’offrir un meilleur produit. Nous avons un agent en Chine qui s’assure de la qualité de fabrication, ce qui nous permet d’acheter en lot puis de vendre des écouteurs uniques. »

La vente par parachutage, ou dropshipping en anglais, est un fléau sur les réseaux sociaux. De petites entreprises éphémères y écoulent des stocks de produits d’une qualité incertaine à un prix de liquidation et disparaissent ensuite sans laisser de traces. Les acheteurs n’ont plus aucun recours si le produit livré ne correspond pas aux attentes, ce qui est très souvent le cas.

L’expérience acquise en personne au Marché Jean-Talon a permis aux trois jeunes anciens du programme Startup Fuze de l’Université Laval de bien comprendre l’importance d’un bon service à la clientèle, même sur Internet. « On fait vraiment de l’anti-dropshipping ! » clame M. Gouveia-Fortin.

Bois recyclé et asclépiade

 

Le succès de Sounds Good a un peu dépassé les attentes de ses jeunes créateurs, qui ont tous trois transformé ce projet de fin de semaine en un travail à temps plein. L’argent ainsi obtenu va à l’achèvement de deux autres produits qu’ils développent en parallèle : des vêtements d’hiver faits à partir d’asclépiade et une ceinture écoresponsable faite de bois recyclé. Cette dernière, qui sera vraisemblablement mise en marché d’ici la fin de 2022, est produite essentiellement à partir de déchets industriels recyclés, notamment des rejets provenant d’un fabricant de mobilier de cuisine.

« Cela fait cinq ans qu’on y pense », dit Yan Poirier. Le projet, nommé Aubier, espère surfer sur la popularité de l’achat local et de l’économie circulaire pour se tailler une place dans la mode québécoise… à condition qu’il finisse par se concrétiser. Les embûches sont nombreuses. Il faut à tout le moins s’assurer que le bois transformé en ceinture peut être à la fois souple, durable et résistant. « Ça s’use vite, une ceinture », constatent d’une même voix les trois intervenants.

L’asclépiade, de son côté, est surnommée « la soie d’Amérique » par ses adeptes. La plante qui pousse très facilement de façon naturelle dans le climat québécois plaît tant aux monarques, les fameux papillons migrateurs, qu’aux producteurs de vêtements qui souhaitent rendre leurs produits un peu plus écologiques. Depuis quelques années, on en tire un textile presque idéal : il est à la fois léger et isolant, en plus d’être à l’épreuve de l’eau. Tout ce qu’il faut pour servir de doublure dans des vêtements d’hiver. Ce qui explique l’apparition, aux côtés d’Aubier et de Sounds Good, de la marque Lasclay. Sous cette marque, les trois Québécois vendent des mitaines et un foulard. Une glacière devrait s’ajouter au catalogue prochainement.

« Il y a beaucoup de choses qu’on peut fabriquer à partir de l’asclépiade », dit Phil Langlois. « Comme vêtement, elle peut nous protéger du froid. Elle peut conserver la fraîcheur si on en fait un sac. Et on voit déjà une bonne demande pour nos mitaines : on pensait en produire une centaine cet automne et on en a finalement produit un millier. »

La production de mitaines Lasclay sera doublée en 2022, ajoute-t-il. Et elle sera financée à même les ventes d’écouteurs Sounds Good. Si tout se passe bien, l’entreprise à trois têtes espère centraliser sa production au Québec au cours des prochains mois. Comme elle engrange déjà des revenus, elle peut plus facilement planifier sa croissance future.

Peu importe où elle se trouve. Du côté des enceintes Bluetooth, peut-être ? C’est dans les plans. « C’est bien de s’être diversifié. Si un produit fait moins bien, on peut miser sur les autres », conclut Gabriel Gouveia-Fortin.

À voir en vidéo