Des entreprises créées durant la pandémie implorent de l’aide

Barista au Café des habitudes, Gabrielle St-Onge est en plein ménage de fermeture. Faute de personnel, le commerce doit fermer ses portes à 14h plutôt qu’à 19h.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Barista au Café des habitudes, Gabrielle St-Onge est en plein ménage de fermeture. Faute de personnel, le commerce doit fermer ses portes à 14h plutôt qu’à 19h.

Des entreprises qui ont ouvert leurs portes durant la pandémie se désolent de ne pas avoir accès à de l’aide financière d'Ottawa, alors que Québec vient d’imposer de nouvelles restrictions sanitaires qui risquent de pénaliser leur chiffre d’affaires. N’ayant pas de revenus antérieurs à la crise pour justifier leurs pertes, certains entrepreneurs se retrouvent démunis et appellent Ottawa à revoir les critères de l’aide fédérale pour qu’elle puisse aussi bénéficier à ceux qui ont osé se lancer en affaires en pleine pandémie.

Andréanne Murdaca est la propriétaire du Café Léo, situé à quelques pas de la station Berri-UQAM, à Montréal. L’ingénieure de formation s’est lancée en entrepreneuriat l’été dernier, décidée à vivre son rêve, bien que consciente des coups durs que le milieu de la restauration connaît depuis mars 2020.

« Les nouvelles consignes sanitaires sont un nouveau casse-tête pour nous. J’ai appelé à l’Agence du revenu du Canada, et on m’a répondu que je n’étais pas admissible à l’aide financière fédérale », explique  Andréanne Murdaca, désemparée. Ouvert seulement depuis le mois d’août, son établissement n’a pas accumulé un historique de revenus antérieurs à la crise, à partir duquel chiffrer ses pertes.

Or, dans ce petit café du centre-ville, qui accueille travailleurs et étudiants, la baisse du nombre de clients — et donc de revenus — est inévitable. « Il va falloir couper dans les dépenses et faire des choix déchirants », déplore Mme Murdaca, que ce soit en réduisant les heures d’ouverture ou en mettant à pied des employés temporairement.

« Fermer est une autre option, mais comment est-ce qu’on va faire pour payer le loyer, sans revenu et sans aide ? C’est super stressant », confie la jeune entrepreneure.

D’autres établissements se retrouvent dans la même situation. C’est le cas du Café des habitudes dans Rosemont–La Petite-Patrie. « On vient d’ouvrir en septembre, on est déjà endettés comme jamais », confie Joanna Nisenbaum, propriétaire du café, la gorge nouéeau téléphone.

« Même si les restaurants ne ferment pas, mes ventes viennent de s’écrouler. Il n’y a plus personne dans le café», explique celle qui travaillait depuis dix ans en marketing, avant de démarrer son entreprise. « J’ai tout lâché. C’était vraiment une grosse reconversion, un projet de vie, un projet de famille… On a tout, tout, tout investi dans ce projet-là », laisse tomber celle qui indique voir une baisse de 80% dans son chiffre d'affaires.

« Tous nos clients nous disent que le café est pour eux une oasis dans le quartier. Je sais qu’ils ne veulent pas qu’on ferme. Moi non plus d’ailleurs. Mais les dépenses sont tellement importantes, si on n’a pas d’aide… Je ne sais pas comment on va faire », se désole Mme Nisenbaum.

Élargir l’accès à l’aide ?

« Les entreprises qui ont démarré leurs activités après mars 2020 sont exclues des principaux programmes d’aide », résume Jasmin Guénette,vice-président aux affaires nationales à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. « C’est malheureux et inéquitable. Ces jeunes entreprises sont soumises aux mêmes règles que les autres, mais n’ont pas le droit aux mêmes aides », déplore-t-il.

Les risques sont toujours importants lorsqu’on se lance en affaires, mais ils le sont encore plus depuis deux ans. « Pour que l’économie roule, il faut que de nouvelles entreprises se créent. Il y a des entrepreneurs qui ont eu l’audace de se lancer durant la pandémie… Mais on ne se sent pas soutenus », déplore Andréanne Murdaca, du Café Léo.

« Est-ce qu’ils nous ont oubliés ? Est-ce que le gouvernement va faire quelque chose pour nous aider prochainement ? » s’interroge la propriétaire du café. « On était optimistes, ou peut-être un peu naïfs. On pensait être capables de surmonter rapidement la pandémie. Mais le gouvernement ne peut pas juste dire : “tant pis, vous n’aviez qu’à vous en douter et ne pas ouvrir un commerce pendant la pandémie”. Il faut nous aider. Sinon, les gens ne choisiront plus ce type de métier », croit Mme Murdaca.

Adopté jeudi au Parlement fédéral, le récent projet de loi C-2 comporte une série d’aides ciblées pour les entreprises contraintes de fermer leurs portes et pour les travailleurs renvoyés chez eux à cause d’un confinement. Il n’offre toutefois pas d’aide aux entreprises récemment créées. Questionné par Le Devoir sur la possibilité que le fédéral élargisse l’accès à l’aide pour les entreprises qui ont ouvert leurs portes durant la pandémie, le ministère des Finances a répondu « [évaluer] activement si des ajustements réglementaires sont nécessaires pour offrir une plus grande souplesse aux mesures de soutien contenues dans le projet de loi C-2 ».

Avec Boris Proulx

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