Les restaurateurs sont atterrés par les nouvelles restrictions

Les restaurateurs québécois font face à un casse-tête monstrueux pour s’adapter aux nouvelles restrictions sanitaires.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les restaurateurs québécois font face à un casse-tête monstrueux pour s’adapter aux nouvelles restrictions sanitaires.

Un deuxième temps des Fêtes extrêmement difficile s’amorce pour les restaurateurs et les commerces du Québec, dans la foulée de la remontée des cas de COVID-19 et des nouvelles restrictions sanitaires.

Environ 150 personnes avaient réservé pour vendredi soir dans les deux restaurants de Goppy Sandhu sur le Plateau-Mont-Royal. Au lendemain de l’annonce de nouvelles mesures sanitaires dans la province, le restaurateur n’en attendait plus que 30.

« Tout le monde panique. Je n’ai jamais vu autant d’annulations de dernière minute », signale le propriétaire des restaurants Sandhu et India Rosa, qui se dit très stressé par la situation.

Que faire avec toute la nourriture qui était prête à être servie et avec le personnel mobilisé ? Il se le demande bien. Les conséquences financières sont inévitables.

Des partys de Noël devaient remplir ses salles toute la semaine prochaine. Or, si les clients n’annulent pas eux-mêmes, c’est l’équipe de M. Sandhu qui devra en écarter la moitié pour se conformer aux règles édictées par le gouvernement, qui exigera dès lundi que les salles à manger ne soient remplies qu’à 50 %.

La situation est similaire dans les restaurants État-Major et Quartier général. « Le temps des Fêtes est super important. Tout le monde attendait ce moment pour se sortir la tête de la boue », souligne Constance Tassé-Gagnon, gestionnaire des réseaux sociaux et ancienne cheffe pour l’État-Major. « La marchandise ne peut pas être retournée. Il faut réorganiser les équipes, réinstaller les salles à manger. C’est beaucoup à faire pour un si court laps de temps », ajoute-t-elle.

Alors qu’ils ne pouvaient accueillir les clients sans restrictions que depuis novembre, les restaurateurs sont replongés dans leurs mauvais souvenirs de Noël 2020. La différence est que leurs salles étaient complètement fermées l’an dernier, depuis le mois d’octobre.

« Ce qui est dur, c’est la proximité de ces changements avec Noël. Tout a été acheté, commandé. L’an passé à pareille date, on avait fait seulement des commandes pour emporter, et on avait tout vendu. On travaillait à la chaîne, les équipes étaient en place pour ça. Cette année, tout est incertain », déplore Mme Tassé-Gagnon.

Des obstacles qui s’empilent

De nombreux restaurateurs ont d’ailleurs le sentiment terrifiant qu’une fermeture pourrait être imminente. Ils soulignent aussi que ces nouveaux déboires s’ajoutent à ceux vécus pour s’approvisionner en boissons alcoolisées, dans le contexte du conflit de travail à la Société des alcools du Québec.

« C’est absurde comment c’est compliqué de s’approvisionner en vin. On en a commandé en fou parce qu’on craignait de ne pas en avoir assez pour les Fêtes », rapporte Nikolas Da Fonseca, sommelier propriétaire du bar Vinvinvin.

« On risque de rester pris avec beaucoup d’alcool et de nourriture », dit la directrice générale du resto-bar Le Darling, Helena Sokoloff.

Mais pour plusieurs restaurateurs, le plus crève-cœur, c’est de devoir mettre encore à pied des employés. Dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre, c’est un problème majeur.

« J’ai peur de perdre mon équipe et de ne jamais la retrouver. Beaucoup de gens vont changer de carrière. Après une fois, deux fois, trois fois qu’ils perdent leur travail, ils ne vont pas revenir et je les comprends », se désole M. Sandhu.

Que peuvent faire les consommateurs pour les aider ? Appeler le plus tôt possible lorsqu’ils doivent annuler, question d’aider les restaurateurs à planifier leurs horaires. Acheter des plats pour emporter est un autre moyen de les encourager.

« Si les gens veulent aider, ils peuvent venir meubler les débuts et les fins de service. On ouvre à 15 h, et les fins de soirée, c’est d’arriver vers 22 h ou plus tard. Dans notre cas, ça peut changer les choses », estime M. Da Fonseca.

Difficultés dans les commerces de détail

 

Les commerces de détail ne sont pas non plus épargnés, puisqu’ils devront limiter leur achalandage à 50 % de leur capacité.

« C’est le scénario de l’an passé qui se répète, déplore le président-directeur général des boutiques de lingerie La vie en rose, François Roberge. Au moins, on reste ouvert et on essaie de convaincre le gouvernement qu’on n’est pas le vecteur de la COVID-19. »

M. Roberge s’attend à un retour des files d’attente devant ses magasins et à une baisse importante de ses ventes. Ses clients ne pourront pas se rabattre sur les commandes en ligne pour leurs cadeaux, car il n’est pas garanti qu’ils les recevront à temps pour le réveillon.

J’ai peur de perdre mon équipe et de ne jamais la retrouver. Beaucoup de gens vont changer de carrière. Après une fois, deux fois, trois fois qu’ils perdent leur travail, ils ne vont pas revenir et je les comprends.

« Comme beaucoup de détaillants, c’est notre plus gros mois de l’année, et ça allait bien jusqu’ici », indique celui qui craint aussi de perdre des employés pour de bon.

Le vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) espère que les Québécois se montreront solidaires et encourageront leurs boutiques locales plutôt que de se tourner vers les multinationales comme Amazon. François Vincent rappelle que les PME québécoises se trouvent toujours dans une situation précaire. Selon un sondage effectué auprès des membres de la FCEI, 55 % d’entre eux n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de ventes prépandémique, et environ un quart craignent de ne pas survivre plus d’un an.

Des mesures d’aide en vigueur

Heureusement, les entreprises dont les affaires sont compromises par les mesures sanitaires peuvent bénéficier d’importantes subventions salariales et d’aides au loyer, conformément au projet de loi fédéral C-2, adopté jeudi, au dernier jour avant le congé des Fêtes.

Les entreprises de certains secteurs, comme le tourisme, l’hébergement, la restauration ou les arts et la culture, peuvent éponger jusqu’à 75 % de leurs factures de main-d’œuvre et de locaux par l’intermédiaire du Programme de relance pour le tourisme et l’accueil. Elles doivent toutefois démontrer une perte d’au moins 40 % en moyenne cette année, et de 40 % pour le mois en cours. Les entreprises de tous secteurs qui sont les plus durement touchées peuvent bénéficier d’une subvention similaire, dont le taux est fixé à 50 %.

Mais selon la FCEI, ces mesures ne sont pas suffisantes dans la situation actuelle. Beaucoup d’entreprises qui vivent des difficultés vont « tomber dans les craques », croit M. Vincent, en raison des seuils requis pour obtenir de l’aide.

« On est dans une situation aujourd’hui où les restrictions vont avoir un effet négatif pour les entreprises visées, alors on demande au gouvernement fédéral de faire preuve de la même agilité que par le passé et d’adapter ses programmes », déclare M. Vincent, qui souhaite que les montants des subventions soient aussi augmentés.

Il demande également au gouvernement provincial de fournir de l’aide directe aux entreprises, car ces dernières ne sont plus en mesure de s’endetter, affirme-t-il.

Pour les travailleurs eux-mêmes, il n’existe plus de programme d’aide pandémique accessible à tous, comme la Prestation canadienne de relance économique (PCRE). Le gouvernement fédéral ne prévoit ce type d’aide, chiffré à 300 $ par semaine, qu’en cas d’un nouveau confinement régional.

Faute d’un ordre de fermeture d’entreprises non essentielles ou d’un ordre de rester à la maison, les nouvelles mesures sanitaires du Québec ne sont pas techniquement un « confinement », a confirmé le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, vendredi. « On n’est pas encore là, et on espère ne pas y arriver. »

Avec Boris Proulx



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