Des programmes d’aide qui sont revenus dans les coffres de l’État

Chrystia Freeland a réitéré mardi l’engagement de son gouvernement à réduire les déficits ainsi que le poids de la dette en proportion du PIB, à compter de l’an prochain.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Chrystia Freeland a réitéré mardi l’engagement de son gouvernement à réduire les déficits ainsi que le poids de la dette en proportion du PIB, à compter de l’an prochain.

On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, dit le proverbe. Les gouvernements en ont trouvé une nouvelle application avec leurs programmes d’aide économique durant la pandémie.

Un peu moins de trois semaines après son homologue québécois, Eric Girard, c’était au tour, mardi, de la ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, de présenter une mise à jour économique et budgétaire. Dans les deux cas, les gouvernements se sont vantés de ne pas avoir hésité à déployer les moyens financiers nécessaires pour passer àtravers la crise, même s’ils se traduisaient en plusieurs milliards de dollars de nouvelles dépenses. « Nous avons agi ainsi, car c’était la bonne chose à faire, a déclaré la ministre libérale. Nous l’avons également fait parce que nous savions qu’il s’agissait d’un investissement dans notre économie qui serait rentable, [notamment parce que] le maintien de la solvabilité des familles et des entreprises canadiennes aiderait notre économie à rebondir. »

Bien que la nature tout à fait particulière de la crise économique engendrée par la COVID-19 ait joué pour beaucoup, à la fois dans l’ampleur du choc initial, mais aussi dans celle du rebond qui a suivi tout de suite après l’assouplissement des mesures de confinement, il semble clair que l’action énergique des gouvernements a également eu un effet positif, rappelait au début du mois l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans son rapport annuel sur les statistiques des recettes publiques.

Plus grave récession mondiale depuis la Grande Dépression de 1929, la pandémie a provoqué une dégringolade de 3,5 % de l’économie mondiale et de 4,8 % de l’économie des pays de l’OCDE en 2020, alors que les reculs n’avaient été respectivement que de 0,5 % et 3,4 % en 2009 lors de la dernière crise financière. On s’attend toutefois à ce que ce bilan se renverse à plus long terme, à raison d’une perte nette de production mondiale de 3 % avec la COVID à l’horizon de 2024 contre 10 % avec la crise financière. Le fait que les pouvoirs publics aient déployé l’équivalent de 13 800 milliards de dollars américains en mesures de soutien économique en 2020 contre « seulement » 820 milliards pour les pays du G20 en 2009 a sans doute joué un rôle.

Retour dans les coffres publics

 

Cet extraordinaire coup de pouce économique n’a pas seulement aidé la reprise à long terme, il semble avoir aussi servi les revenus de l’État en endiguant « les destructions d’emplois et les fermetures d’entreprises », rapporte l’OCDE. En moyenne, les recettes fiscales de ses pays membres n’ont ainsi reculé que de 2,1 % en 2020, alors que la baisse avait été de 5,3 % lors de la dernière crise financière en 2009.

La différence entre les deux récessions est particulièrement saisissante du côté de l’impôt sur le revenu des particuliers, dont les recettes avaient baissé de 5 % de 2008 à 2009, alors qu’elles ont augmenté (sic) de 1,4 % de 2019 à 2020. Cela tient entre autres au fait que le choc a été plus court cette fois-ci, explique l’OCDE, et que les pertes d’emploi ont aussi été plus importantes en 2009, notamment parce qu’en 2020 un travailleur sur cinq jouissait d’une aide au maintien à l’emploi. Le fait que les pertes d’emploi se soient concentrées chez les travailleurs au bas de l’échelle salariale a aussi contribué à réduire le manque à gagner pour les gouvernements.

Les subventions aux entreprises et les restrictions imposées à leurs créanciers ont réduit aussi le nombre de faillites et probablement aidé aussi à limiter les pertes à l’impôt sur les bénéfices à 12 % de 2019 à 2020, contre une moyenne de presque 19 % de 2008 à 2009. En fait, il n’y a que les taxes sur l’essence qui ont moins rapporté cette fois-ci (–5,4 %) que lors de la Grande Récession en 2009 (+1,6 %), parce que les règles sanitaires ont empêché les gens de prendre leurs voitures.

Pas gratuit

 

Évidemment, ce formidable déploiement de ressources financières par les gouvernements durant la crise, qui a fini par leur profiter indirectement, n’était pas gratuit et est venu aggraver la détérioration des comptes publics qui était déjà à prévoir avec la récession. En 2020, les pays de l’OCDE ont ainsi augmenté de 60 % leurs emprunts, pour les porter à 18 000 milliards, soit près de 29 % de leur produit intérieur brut (PIB).

Chrystia Freeland a réitéré mardi l’engagement de son gouvernement à réduire les déficits (328 milliards de dollars canadiens l’an dernier) ainsi que le poids de la dette en proportion du PIB (passé de 31 % en 2019 à 48 % cette année) à compter de l’an prochain. « En octobre, nous sommes passés de programmes de soutien élargi nécessaires, mais dispendieux, à des mesures plus ciblées et moins coûteuses, comme promis. Notre gouvernement continuera d’être un gestionnaire financier responsable. »

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