L'affaire Parmalat entre dans sa phase judiciaire

Milan — Le krach du groupe agroalimentaire italien Parmalat est entré hier dans sa phase judiciaire avec une première audience préliminaire des protagonistes de ce scandale financier de dimension mondiale.

L'audience a été ajournée au bout de quatre heures au 29 octobre, mais le juge Cesare Tacconi a accédé à la demande de deux prévenus de les juger selon une procédure accélérée.

Maurizio Bianchi et Lorenzo Penca, ex-dirigeants de la filiale italienne du cabinet d'audit américain Grant Thornton, seront ainsi jugés à Milan, dans le cadre de l'enquête pour manipulation de cours boursiers, lors de la première session pénale organisée à partir du 25 janvier, a indiqué leur avocat.

La procédure leur permet en cas de condamnation de bénéficier d'une réduction d'un tiers de leur peine.

Colère

La première audience préliminaire à huis clos s'est tenue en l'absence du fondateur de Parmalat, Calisto Tanzi, 65 ans, mais en présence d'une foule d'épargnants floués et rageurs.

Plusieurs centaines d'actionnaires et de détenteurs d'obligation ont laissé exploser leur colère devant la salle d'audience, l'un d'eux tenant un drapeau italien maculé par l'inscription «la honte de l'Italie».

«Nous avons perdu 78 000 euros, nous avons été conseillés par la banque qui ne nous a même pas avertis du krach. Nous l'avons appris par le journal», dit Amalia, 74 ans, expliquant avoir investi avec son mari le fruit de leurs économies de 40 ans de travail.

Vingt-neuf personnes physiques et trois personnes morales comparaissaient à Milan dans le cadre de l'enquête pour «manipulation des cours de Bourse, faux bilans et entrave à la surveillance de l'autorité boursière Consob».

L'audience préliminaire doit permettre de décider s'il y a matière à procès ou non. Son étalement dans le temps, un premier calendrier a été établi jusqu'à début décembre, s'explique par le nombre d'épargnants voulant se constituer partie civile.

«Nous espérons que les coupables seront jugés», a déclaré à son arrivée au palais de justice Me Gaetano Pecorella, député Forza Italia et représentant dans cette affaire un groupe d'épargnants.

Le patron de Parmalat, Enrico Bondi, s'est constitué partie civile, tout comme l'autorité boursière italienne Consob et plusieurs associations de consommateurs.

Quelque 135 000 personnes ont été victimes de la débâcle du groupe, considéré comme un placement de père de famille.

«Nous adopterons une attitude de collaboration complète avec les magistrats, selon le souhait exprimé par M. Tanzi, qui veut que les faits ayant conduit au défaut de paiement de Parmalat soient reconstitués à 360 degrés», a affirmé un des avocats de M. Tanzi, Me Giampiero Biancolella.

De son côté, Bank of America semble vouloir jouer la carte de l'obstruction puisque l'un de ses défenseurs a annoncé qu'il demanderait l'annulation d'un éventuel renvoi en procès de la banque, les juges n'ayant pas formellement déclaré la clôture de l'enquête.

Le groupe Parmalat est sous tutelle depuis le mois de décembre après la découverte d'un trou financier de 14,27 milliards d'euros.

Plusieurs groupes bancaires internationaux — Bank of America, Citigroup, UBS, Crédit Suisse — et les cabinets d'audit Deloitte and Touche et Grant Thornton sont impliqués dans ce scandale.

Le volet milanais du scandale Parmalat constitue l'un des deux principaux volets de l'enquête en Italie. À Parme, la justice enquête sur les comptes truqués et les malversations de la nébuleuse de sociétés ayant constitué le groupe.