La FED presse le pas face à la menace de l'inflation

La Réserve fédérale envisage trois hausses de ses taux d’intérêt l’an prochain.
Photo: Daniel Slim Agence France-Presse La Réserve fédérale envisage trois hausses de ses taux d’intérêt l’an prochain.

La menace d’une inflation « plus forte et plus persistante » que prévu force la Réserve fédérale américaine à accélérer la réduction de ses injections de liquidités et à envisager désormais non plus une, mais trois hausses de ses taux d’intérêt l’an prochain.

Sans surprise, les membres du comité de politique monétaire de la banque centrale américaine (FOMC) ont laissé mercredi son taux directeur là où ils l’ont placé dès le début de la pandémie de COVID-19, c’est-à-dire à cette valeur plancher située dans l’étroite fourchette entre 0 % et 0,25 %. Ils ont toutefois aussi annoncé que la réduction de leur programme d’assouplissement quantitatif mise en branle le mois dernier allait se faire désormais deux fois plus vite de manière à ce que les nouveaux achats d’obligations du gouvernement et de titres hypothécaires de la Fed passent graduellement d’un montant de 120 milliards par mois en octobre dernier à zéro en mars prochain.

Mais la nouvelle qui a le plus attiré l’attention, mercredi, se trouvait dans la mise à jour des prévisions économiques et financières du FOMC du mois de septembre. Une majorité de ses 18 membres y ont indiqué qu’ils s’attendaient à trois hausses de 0,25 point de pourcentage des taux d’intérêt de la Fed plutôt qu’une seule l’an prochain. Ces trois hausses seraient suivies par trois autres en 2023, selon ces mêmes prévisions révisées, puis par deux autres encore en 2024.

La Fed avait déjà indiqué qu’elle entendait en avoir fini avec son programme d’assouplissement quantitatif avant de commencer à envisager un relèvement de ses taux d’intérêt. Elle avait aussi dit que le début de cette seconde étape de la normalisation de sa politique monétaire allait devoir remplir des conditions beaucoup plus exigeantes liées à son double mandat, notamment la menace que l’inflation reste au-dessus de sa cible de 2 % et le signe d’un retour à un niveau d’emploi maximal.

Du côté de l’emploi, les derniers mois ont été marqués par de « solides gains », et le taux de chômage devrait être revenu à sa moyenne prépandémique de 3,5 %, prévoit le FOMC. Les États-Unis comptent toujours malgré tout presque quatre millions d’emplois de moins qu’avant la COVID, ce qui fait craindre qu’une partie de la main-d’œuvre se soit retirée du marché du travail, a noté en conférence de presse le président de la Fed, Jerome Powell. « Il faudra probablement plus de temps qu’on le pensait. »

Priorité à l’inflation

Mais c’est à propos de l’inflation qu’on s’en fait actuellement le plus à la Fed. Depuis avril, la banque centrale répétait que la récente montée des prix découlait de facteurs temporaires et mondiaux, comme le grand dérangement des habitudes de consommation en période de distanciation sociale, la perturbation des chaînes d’approvisionnement et l’explosion des prix de l’essence. Mercredi, l’inflation n’était soudainement plus qualifiée de « transitoire », dans le communiqué de la Fed, mais « d’élevée ».

Jerome Powell se dit bien forcé d’admettre maintenant que l’inflation est « plus forte et plus persistante » que prévu. Les membres du FOMC continuent de croire qu’elle fondra de moitié durant la prochaine année, passant d’environ 5,3 % à 2,6 %, a-t-il souligné, mais « on n’est sûr de rien ». Il ne sera probablement pas question, dans ces circonstances, d’attendre longtemps entre la fin du programme d’assouplissement quantitatif et le début du relèvement des taux d’intérêt, comme on l’avait fait lors de la dernière crise financière.

Cette première hausse du loyer de l’argent aux États-Unis devrait venir en juin, a estimé l’économiste du Mouvement Desjardins, Francis Généreux, dans une brève analyse. Ce moment pourrait arriver dès le mois de mars, pense, quant à lui, son confrère de la Banque de Montréal, Michael Gregory. Cela dépendra notamment de la pandémie et de ses variants.

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