La Banque du Canada cible l’inflation, et garde un oeil sur l’emploi

La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, et le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, se sont vigoureusement défendus lundi d’avoir fait le choix d’un double mandat comme l’ont fait les États-Unis pour la Réserve fédérale américaine.
Justin Tang La Presse canadienne La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, et le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, se sont vigoureusement défendus lundi d’avoir fait le choix d’un double mandat comme l’ont fait les États-Unis pour la Réserve fédérale américaine.

La Banque du Canada « continuera » d’avoir pour mission de maintenir l’inflation à long terme à 2 %, tout en surveillant l’emploi.

La ministre fédérale des Finances, Chrystia Freeland, et le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, se sont vigoureusement défendus lundi d’avoir fait le choix d’un double mandat comme l’ont fait les États-Unis pour la Réserve fédérale américaine. « Il est question aujourd’hui de continuité », a souligné la ministre lors d’une déclaration concernant le processus de renouvellement du cadre de politique monétaire pour les cinq prochaines années.

« Maintenir un environnement stable pour les prix que les Canadiens payent est l’objectif central de la politique monétaire canadienne. Cela a été le cas au cours des 30 dernières années. Cela restera le cas pour les cinq prochaines années », a-t-elle déclaré en réponse à une question des journalistes. Mais lorsque les circonstances le commanderont et que la flexibilité de son cadre le permettra, la Banque devrait aussi « continuer de soutenir l’atteinte du niveau d’emploi durable maximal », a ajouté Mme Freeland, précisant qu’il ne s’agirait là que d’une « reconnaissance explicite de ce que la Banque faisait déjà, à raison ».

« Cette entente est vraiment à propos de continuité et de clarté », a indiqué Tiff Macklem.

L’annonce arrive dans le contexte où une série de facteurs que la Banque du Canada qualifie de « temporaires » — comme les perturbations et les goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, les sécheresses et l’envolée du prix du pétrole — pousse fortement à la hausse les prix à la consommation depuis quelques mois, mais où la banque centrale hésite à remonter son taux directeur pour calmer la flambée inflationniste de peur de plomber la reprise économique en cours. Aux dernières nouvelles, l’inflation était de 4,7 % sur 12 mois au Canada, et le taux de chômage (6 %), à quelques dixièmes de point de son niveau prépandémique.

La Banque conservera ainsi sa mission de maintenir l’augmentation moyenne de l’Indice des prix à la consommation (IPC) sur 12 mois au « niveau bas, stable et prévisible » de 2 %, défini comme « le point médian d’une fourchette qui va de 1 % à 3 % ». Depuis qu’elle a adopté cette approche, il y a trois décennies, elle s’est d’ailleurs remarquablement bien acquittée de sa tâche, s’est-elle félicitée, maintenant une inflation moyenne de 1,9 % depuis 1991.

Changements dans la continuité

 

Mené conjointement et « sans a priori » par le gouvernement fédéral et la Banque, le dernier réexamen du cadre de la politique monétaire a commencé il y a deux ans et a été le plus exhaustif des 30 dernières années, a expliqué Tiff Macklem. Les deux instances ont comparé une demi-douzaine d’approches possibles, dont le double mandat, et ont procédé à des simulations. De nombreux experts et la population ont aussi été consultés : 53 % des Canadiens disent privilégier une inflation stable et prévisible, 27 %, une croissance économique soutenue, et 20 %, le niveau d’emploi durable maximal.

D’après les conclusions de l’examen, le mieux serait de rester avec le modèle actuel de « ciblage flexible de l’inflation », en raison, entre autres, de son efficacité, de son incidence sur la stabilité financière et économique et de sa compréhension facile par le plus grand nombre.

On continue de s’attendre à ce que le taux directeur de la Banque du Canada puisse, en période de crise, arriver rapidement à son niveau plancher et forcer l’institution, à l’instar des dernières années, à recourir à d’autres outils d’intervention monétaire, comme l’injection massive de liquidités (assouplissement quantitatif). La Banque devra aussi, dit-on, tenir compte dans ses analyses de l’influence grandissante sur l’économie et la finance de facteurs tels que les changements climatiques, la rareté de la main-d’œuvre et les inégalités.

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