Hausse prévue de 5 à 7% du panier d’épicerie canadien en 2022

Selon le rapport sur le prix des aliments 2022, plusieurs produits connaîtront une augmentation «disproportionnée».
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Selon le rapport sur le prix des aliments 2022, plusieurs produits connaîtront une augmentation «disproportionnée».

Le panier d’épicerie des Canadiens va continuer de coûter plus cher en 2022, prédisent des chercheurs de quatre universités du pays.

Alors que les prix de la nourriture ont connu une hausse moyenne de 3,8 % en 2021, le rapport annuel sur le prix des aliments publié jeudi prévoit une inflation de 5 à 7 % pour la prochaine année.

C’est la première fois depuis 12 ans que les chercheurs prédisent une hausse aussi élevée, souligne le chef de projet Sylvain Charlebois, professeur aux facultés de gestion et d’agriculture de l’Université Dalhousie, à Halifax. Vingt-sept chercheurs font partie de l’équipe, aussi issus des universités de Guelph, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique. Ils ont notamment utilisé l’intelligence artificielle pour analyser un grand nombre de facteurs influençant le prix des denrées.

Les catégories de produits les plus touchées sont les produits laitiers, avec une croissance attendue de 6 à 8 %, ainsi que les légumes, la boulangerie et la pâtisserie, avec 5 à 7 %.

Le prix de la viande, qui a augmenté de 9,9 % dans les 12 derniers mois, devrait par contre être plus raisonnable. « C’est très rare que ça augmente si rapidement, deux années d’affilée. On commence à atteindre un seuil critique pour ce qui est des prix, et les gens commencent à acheter autre chose que de la viande », explique M. Charlebois.

Pour nourrir une famille de quatre personnes formée d’un homme, d’une femme, d’un adolescent et d’une préadolescente, il faudrait en moyenne débourser 14 767,36 $, soit 966,08 $ de plus qu’en 2021. L’augmentation devrait toutefois être un peu moins marquée au Québec que la moyenne canadienne, selon le rapport.

Transport, main-d’œuvre et changements climatiques

Plusieurs facteurs qui ont poussé les prix vers le haut cette année vont demeurer, évaluent les chercheurs. Il y a d’abord la pénurie de main-d’œuvre, qui sévit à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, des agriculteurs aux épiceries en passant par les usines de transformation.

Par ailleurs, le transport devrait continuer de coûter cher en raison des perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et du prix du pétrole. Certains effets des changements climatiques, comme les sécheresses et les incendies, ont pour leur part nui à la productivité.

« Les petites récoltes et les faibles rendements des cultures ont fait et continueront de faire augmenter le prix des produits de boulangerie, tandis que la rareté de l’eau et la chaleur ont contraint les agriculteurs à réduire temporairement la taille des troupeaux, entraînant une hausse du prix de la viande », indique le rapport au sujet de la dernière année.

Comme explication à la hausse spectaculaire pour les produits laitiers, le rapport cite « l’augmentation des coûts de production due à la COVID-19, en particulier pour les aliments pour animaux, l’énergie et les engrais, ainsi que d’autres coûts majorés de la transformation du lait (p. ex. l’emballage, la main-d’œuvre et le transport) ».

Des craintes pour les familles

Or, comme les salaires ne progressent pas aussi vite, les chercheurs craignent une aggravation de l’insécurité alimentaire au pays. Ajoutant les prix du logement à l’équation, les auteurs du rapport qualifient la situation de « tempête économique parfaite ».

« Les programmes alimentaires pourraient se voir confrontés à des difficultés liées à l’augmentation de la demande et à la hausse du coût des aliments, et les détaillants alimentaires pourraient voir leur nombre de vols à l’étalage se multiplier », affirme le document.

M. Charlebois se dit d’ailleurs peu étonné de voir apparaître des conflits de travail, parce que les travailleurs constatent que leur pouvoir d’achat diminue.

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