Le taux de chômage est revenu à son niveau prépandémique au Québec

La reprise de l’emploi est complète au Québec. Le taux de chômage est revenu à son niveau prépandémique, et les salaires augmentent un peu partout. Seule ombre au tableau : le spectre de l’inflation.

Le taux de chômage au Québec s’est établi à 4,5 % en novembre 2021, soit le même taux qu’en février 2020, selon les dernières données de Statistique Canada.

Ce vent favorable s’accompagne d’une hausse des salaires, souligne l’économiste de renom Pierre Fortin. « Globalement, les salaires augmentent plus vite, parce que justement il y a pénurie de main-d’œuvre ». L’organisme fédéral calcule que les salaires ont augmenté en moyenne de 7,5 % entre octobre 2019 et octobre 2021.

Les femmes s’affichent comme grandes gagnantes de ce retour à la normale. Le taux d’emploi des femmes de 25 à 54 ans a atteint un sommet inégalé de 80,7 %, selon Statistique Canada. « Depuis 20 ans, le salaire des femmes a augmenté en pouvoir d’achat de 35 %. Pour les hommes, on parle de 18 % », remarque M. Fortin. L’omniprésence du télétravail devrait favoriser davantage l’égalité des sexes dans le marché du travail, ajoute celui qui est aussi professeur d’économie à l’UQAM.

Cette reprise économique réussie s’explique largement par l’argent accumulé par les Québécois depuis deux ans. La consommation « a repris à train d’enfer depuis un an », explique Pierre Fortin, grâce à « l’épargne accumulée en raison du confinement volontaire ou obligatoire et de subventions de secours direct des gouvernements pendant la récession ».

« Ce qu’il faut espérer, c’est que le salaire moyen augmente, mais pas au point de réveiller le chien qui dort, qui est l’inflation », prévient l’économiste d’expérience. « Autrement, la Banque du Canada va faire augmenter les taux d’intérêt pour refroidir les économies, et là, le chômage va augmenter. »

L’ombre de l’inflation

Si les salaires augmentent, les prix augmentent eux aussi très rapidement depuis quelques semaines. Or, selon Pierre Fortin, il n’y a pas de quoi paniquer. « L’inflation a baissé en dessous de 1 % en 2020, ce qui explique en partie qu’elle soit remontée au-dessus de 3 ou 4 %, pour compenser, en 2021. Globalement, au Canada, si on fait le pont par-dessus la pandémie, on constate que les prix à la consommation ont augmenté de 5,3 % d’octobre 2019 à octobre 2021 au Canada, pour une hausse moyenne de 2,6 % par année depuis deux ans, soit tout à fait dans la fourchette de 1 à 3 % visée par la Banque du Canada. »

L’éminence grise de l’économie québécoise appelle cependant à la prudence. « La pandémie n’est pas complètement finie, de sorte qu’on ne connaît pas encore tous les changements qui vont s’ensuivre. »

Le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, a lui aussi mis en garde ses concitoyens la semaine dernière contre des cris de victoire trop hâtifs en déclarant que le variant Omicron posait « des risques de baisse de l’emploi » et menaçait la reprise.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 6 décembre 2021. Pour vous abonner, cliquez ici.

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