Les riches émettent 20 fois plus de GES par personne que la moitié des Canadiens les plus pauvres

L’empreinte climatique individuelle de la moitié des Canadiens les plus pauvres est déjà inférieure à la cible que s’est fixée le pays pour 2030, estiment des experts.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir L’empreinte climatique individuelle de la moitié des Canadiens les plus pauvres est déjà inférieure à la cible que s’est fixée le pays pour 2030, estiment des experts.

L’empreinte climatique individuelle de la moitié des Canadiens les plus pauvres est déjà inférieure à la cible que s’est fixée le pays pour 2030, estiment des experts. La moyenne pour le 1 % des plus riches est quant à elle 20 fois plus élevée.

Les inégalités de richesse s’accompagnent de toutes sortes d’impacts y compris environnementaux, soulignent les chercheurs du Laboratoire sur les inégalités mondiales (LIM) dans leur plus récent rapport sur le sujet dévoilé à Paris mardi. Il n’est pas seulement question ici des pays riches, dont les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont généralement beaucoup plus élevées que celles des pays pauvres, mais aussi, et même plus encore, de chacun des ménages dont l’empreinte climatique augmente en même temps que ses revenus.

Cela tient, bien sûr, à la quantité de biens et services consommés (vêtements, appareils électroniques, voitures…) ainsi qu’à leur nature (logement en ville ou résidence secondaire à la campagne, transport en commun ou auto, vacances en région ou voyages en avion à l’étranger…). Cela tient aussi pour beaucoup dans la capacité d’investir en Bourse dans des compagnies qui sont souvent loin d’être vertes.

Les experts du LIM ont ainsi calculé que derrière des émissions mondiales équivalentes à 6,6 tonnes de CO2 par personne en 2019, la moitié la plus pauvre de la population humaine affichait en réalité une moyenne de seulement 1,6 tonne, contre 6,6 tonnes pour les 40 % suivant, 31 tonnes pour les 10 % les plus riches et 110 tonnes pour le 1 % des plus riches. Le phénomène se répète aux États-Unis — où les 50 % des plus pauvres ont une empreinte moyenne de 9,7 tonnes par individu contre presque 75 tonnes pour les 10 % des plus riches —, en France (5 tonnes contre 25), et même en Chine (3 tonnes contre 36).

20 fois plus

 

Le Canada ne fait pas exception,observent les auteurs du rapport, parmi lesquels on trouve plusieurs spécialistes connus en matière d’inégalités, comme les économistes Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman. L’un des pays les plus polluants avec une moyenne de 19,4 tonnes de GES par habitant, contre 21 aux États-Unis, 11 en Allemagne, moins de 9 en France et 8 en Chine, il n’est parvenu, jusqu’à présent, à réduire ces émissions que de 3,1 tonnes par personne depuis 1990. Il s’est toutefois engagé à passer sous la barre des 12,3 tonnes d’ici 2030.

Or, les 50 % des Canadiens les plus pauvres affichent déjà une moyenne de 10 tonnes par personne, contre le double (21 tonnes) pour les 40 % suivants, plus de 60 tonnes pour les 10 % des plus riches et plus de 190 tonnes pour le 1 % de leurs compatriotes les plus fortunés.

Le revenu individuel moyen d’un adulte appartenant au groupe des 50 % des Canadiens les plus pauvres est de 20 440 $CAN par année, dit le rapport, contre 267 000 $ pour les 10 % des plus riches et 964 000 $ pour le 1 % supérieur.

Des différences qui comptent

 

Dans ce contexte, les experts du LIM proposent qu’on commence par cesser de prétendre que tous les citoyens sont égaux face au devoir de réduire leur empreinte carbone, mais aussi quant à leur capacité de faire plus. Cela permettrait notamment aux pouvoirs publics de développer des cibles et moyens d’action mieux adaptés à la réalité des différentes tranches de la population. Il y aurait lieu, selon eux, de ne pas se borner à taxer les consommateurs au moyen d’une tarification du carbone, mais d’aborder aussi le problème sous l’angle des investisseurs en visant tous ces placements que certains font dans des entreprises au bilan environnemental peu reluisant, alors qu’ils pourraient investir leurs fortunes ailleurs.

190
C’est le nombre moyen de tonnes de gaz à effet de serre émises par le 1 % des Canadiens les plus riches.

Une taxe de 10 % sur les avoirs que les multimillionnaires détiennent dans les grandes compagnies pétrolières et gazières suffirait à produire 100 milliards de dollars américains de revenus par année, soit une fois et demie ce qu’on a promis aux pays en développement pour les aider à s’adapter aux changements climatiques.

« Les inégalités économiques mondiales alimentent la crise écologique et affaiblissent la résilience des sociétés face à ce défi. Il est difficile d’amplifier les efforts de lutte contre le changement climatique sans une plus grande redistribution des revenus et des richesses », a déclaré l’auteur principal du Rapport sur les inégalités mondiales 2022, Lucas Chancel.

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