Des produits et des services qui défient l’inflation

En raison de l’avènement constant de nouvelles technologies, les produits audiovisuels échapperaient généralement à l’inflation, estime Marc Bélanger.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En raison de l’avènement constant de nouvelles technologies, les produits audiovisuels échapperaient généralement à l’inflation, estime Marc Bélanger.

Derrière la récente envolée de l’inflation se cache le quotidien de millions de ménages au Québec. On y trouve aussi certains produits qui sortent du lot, soit parce que leurs prix sont partis en orbite, soit parce qu’ils résistent obstinément à la tendance. Troisième texte de notre série : des produits et les services dont les prix défient la tendance à la hausse.

D’année en année, les consommateurs du Centre Hi-Fi en ont plus pour leur argent, affirme Marc Bélanger, responsable des opérations à Montréal.

« Prenez l’exemple d’un monsieur qui vient de m’acheter une télévision. Il y a dix ans, il avait payé 1600 $ pour un téléviseur de 49 pouces. Aujourd’hui, il voulait encore un téléviseur à 1600 $ environ, mais c’est un 65 pouces. Le 49 pouces d’aujourd’hui se vend 600 $. Il a donc payé le même prix qu’il y a 10 ans, mais pour un plus grand téléviseur et une meilleure technologie », explique M. Bélanger.

En raison de l’avènement constant de nouvelles technologies, les produits audiovisuels échapperaient généralement à l’inflation, estime-t-il. « Les technologies, quand elles sortent, elles sont dispendieuses, car elles sont nouvelles. Ensuite, elles se vendent en plus grande quantité et deviennent moins chères à produire. J’ai des catégories de produits très similaires qui apparaissent et [leur] font concurrence, donc ça devient plus abordable en magasin », ajoute M. Bélanger.

En effet, selon l’indice des prix à la consommation de Statistique Canada, le prix de l’équipement vidéo est en baisse depuis au moins dix ans.

Un autre produit en baisse, cette fois-ci de manière spectaculaire, c’est le cannabis récréatif. Celui-ci a perdu près de 23 % de sa valeur en trois ans.

Cette situation est essentiellement due à une hausse de la demande, indique Sid Hathiramani, associé des conseils en gestion des risques pour la firme Deloitte.

« En 2018, il n’y avait qu’une poignée d’entreprises capables de fournir le volume nécessaire aux besoins des provinces et des distributeurs. Depuis trois ans, beaucoup de nouvelles entreprises ont fait leur entrée sur le marché. Cette concurrence entraîne les prix vers le bas », souligne M. Hathiramani.

Par ailleurs, les producteurs ont baissé aussi leurs prix pour rejoindre ceux du marché noir, qui attirerait encore près de 50 % des consommateurs de cannabis. Mais les prix devraient remonter à terme, croit l’analyste, car ils ne permettent pas à un grand nombre de producteurs d’avoir une entreprise rentable.

Plusieurs autres produits ont subi des baisses somme toute légères depuis deux ans, dont l’hébergement des voyageurs, les chaussures, les vêtements, le savon personnel, les produits d’hygiène buccale et le transport en commun.

Sur le terrain, la réalité n’est toutefois pas toujours conforme aux chiffres. La vice-présidente des boutiques Tony Pappas, Manon Gauthier, affirme que les bottes et les souliers qu’elle vend ont plutôt subi des augmentations de 5 $ à 20 $ en 2021. Elle attribue surtout cette hausse au prix du transport par conteneur et à la rareté des produits, qui découle des perturbations de la chaîne de production et d’approvisionnement en Asie.

Les Laboratoires Druide, qui fabriquent des savons artisanaux, ont pour leur part réussi à maintenir leurs prix au même niveau depuis deux ans, affirme la directrice commerciale de l’entreprise familiale québécoise, Catherine Pilon. Les coûts de fabrication, liés notamment au transport et à la main-d’œuvre, ont augmenté, mais la demande aussi.

« On a eu une croissance de 25 à 30 % de la production. On est donc capables de mieux négocier le prix de nos matières premières. En fin de compte, ça s’égalise », explique Mme Pilon. Cette constance de leurs prix leur permet aussi de garder leur clientèle, qui pourrait choisir les aubaines des grandes chaînes comme Dove et Ivory.

Le sans-fil prend d’une main ce qu’il redonne de l’autre

Le coût des forfaits sans fil, lui, a baissé au Canada de 17 % de 2019 à 2021. Pourquoi autant de consommateurs se plaignent-ils alors encore de leur facture de téléphonie cellulaire ?

L’une des raisons se trouve peut-être du côté des appareils téléphoniques eux-mêmes, dont les prix ont augmenté. À titre d’exemple, l’iPhone X lancé en 2018 a été le premier de la gamme à franchir la barre des 1000 $ en version d’entrée de gamme. L’iPhone 13, la version lancée plus tôt cet automne, se vend à partir de 1100 $.

Ces appareils plus gros et plus coûteux ainsi que la mise en service des nouveaux réseaux numériques de cinquième génération (5G) incitent probablement les acheteurs à opter pour des forfaits plus généreux et forcément plus chers eux aussi, puisque tout cela les mène à consommer davantage de données mobiles chaque mois. Cela fausse le portrait et crée l’impression que le sans-fil coûte finalement plus cher, conclut Nadir Marcos Mechaiekh Simon, p.-d.g. du site de comparaison des prix PlanHub.

Avec Alain McKenna



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