Énergir testera l'injection d’hydrogène dans son réseau

La porte n’est pas fermée à ce que les réseaux d’Énergir puissent accueillir l’hydrogène provenant de producteurs installés au Québec.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La porte n’est pas fermée à ce que les réseaux d’Énergir puissent accueillir l’hydrogène provenant de producteurs installés au Québec.

Énergir pourra se positionner dans le marché prometteur de l’hydrogène. La Régie de l’énergie du Québec vient d’autoriser le distributeur de gaz naturel à injecter de l’hydrogène dans une partie de son réseau en circuit fermé pour évaluer les effets du transport de la ressource sur ses infrastructures.

Mais avant d’en introduire dans les 11 000 kilomètres de gazoducs de son réseau, Énergir veut tout d’abord mesurer « l’interchangeabilité de l’hydrogène vert [hydrogène produit à partir d’énergies renouvelables] avec le gaz naturel », soit les effets potentiels de la combinaison des deux gaz sur les composantes de ses réseaux de distribution.

Pour ce faire, l’entreprise commencera par en introduire de petites quantités, en circuit fermé, sous forme de mélange avec le gaz naturel. Ces tests se feront sur deux sites qu’elle détient : un situé près de la Cité du Multimédia, à Montréal, et le Quartier de l’énergie, à Boucherville.

Les deux « postes d’injection mobiles » — conçus et fabriqués pour ce projet de 5,9 millions de dollars — devraient introduire les premières quantités d’hydrogène dès le mois de mai 2022. Les tests s’étaleront sur une période d’un an.

« On va commencer par de très petites quantités, et on pourrait injecter jusqu’à une quantité qui représente 20 % d’un réseau », explique Olivier Pineau, directeur Ingénierie et gestion des actifs chez Énergir.

Et si les tests sont concluants ? « Le but, c’est de pouvoir faire une cartographie de notre réseau. Quelles sont les zones où l’hydrogène pourrait être injecté si on faisait les adaptations nécessaires ? Quelles sont les zones où il ne devrait pas y en avoir, à cause de certaines caractéristiques ? » explique M. Pineau.

Non seulement cette technique faciliterait le transport du plus léger des éléments de la planète, mais elle permettrait aussi de stocker les surplus d’électricité, note-t-il, soulignant que le réseau a une capacité de stockage importante : « [...] des excédents d’électricité pourraient servir à produire de l’hydrogène vert qui pourrait aller dans le réseau pour ensuite être distribué. »

Est-ce dire que l’hydrogène produit au Québec pourrait sous peu être distribué à l’échelle continentale ? M. Pineau tient ici à faire la distinction entre les réseaux de distribution et les réseaux de transport. Les réseaux de distribution — souvent régionaux — servent à acheminer la ressource jusqu’aux clients.

Les réseaux de transport, quant à eux, doivent être vus comme « des autoroutes gazières ». Leur pression est plus forte, et le volume de gaz est plus grand. Mais surtout, les matériaux ne sont pas les mêmes, rappelle-t-il : « Nos réseaux de distribution sont généralement construits en polyéthylène, qui est un plastique. Les réseaux de transport sont construits en acier. » Du coup, des tests devraient aussi être effectués sur ceux-ci pour évaluer, avant l’injection d’hydrogène, la réaction des matériaux.

La porte n’est pas fermée à ce que les réseaux d’Énergir puissent accueillir l’hydrogène provenant de producteurs installés au Québec. Deux des plus importants centres de production d’hydrogène au monde se trouvent dans la province. L’usine de Bécancour d’Air Liquide produit quotidiennement près de 8,5 tonnes d’hydrogène vert. Pour sa part, Hydro-Québec compte construire à Varennes une usine d’électrolyse d’une capacité de 88 mégawatts.

Le marché de la distribution

 

De plus en plus de distributeurs de gaz naturel à travers le monde tentent de se positionner sur le marché de l’hydrogène. Au Canada, l’opérateur de gazoducs Enbridge pilote depuis un an un projet d’injection d’hydrogène dans une partie de son réseau qui alimente 3600 clients à Markham, dans la banlieue nord de Toronto.

En Outaouais, Gazifère a annoncé en février vouloir produire de l’hydrogène et l’introduire dans son réseau. L’entreprise ATCO devrait sous peu en injecter dans son réseau de gaz naturel dans un quartier résidentiel de Fort Saskatchewan, en Alberta.

Bien que l’intérêt des distributeurs soit important, ces initiatives n’en sont qu’à leur début. Les tests que les entreprises de distribution mènent visent l’adaptation de leur réseau respectif à la demande croissante d’hydrogène. Rappelons que les réseaux de transport de gaz sont, dans les faits, interconnectés à l’échelle du continent.

D’autant plus que l’essor du marché de l’hydrogène devrait, dans les prochaines années, être soutenu financièrement par les gouvernements. En janvier, Ottawa a présenté une stratégie pour l’hydrogène qui a comme visées de « maximiser la décarbonisation » et d’aider le fédéral à atteindre son objectif de carboneutralité d’ici 2050.

Dans son plus récent budget, le gouvernement du Québec a pour sa part réitéré sa volonté de développer la filière en annonçant des investissements de 20 millions de dollars. Une stratégie provinciale pour l’hydrogène devrait être annoncée.

À voir en vidéo