Une pandémie payante… jusqu’à présent

L’avoir net des Québécois s’est apprécié dans toutes les tranches de revenus.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’avoir net des Québécois s’est apprécié dans toutes les tranches de revenus.

La crise économique engendrée par la COVID-19 n’a pas été comme les autres. La plupart des Québécois en sont ressortis plus riches qu’ils n’y étaient entrés, du moins jusqu’à présent.

Vous parlez d’une récession ! L’avoir net des individus a augmenté en 2020 pour toutes les tranches de revenus, tous les groupes d’âge, tous les statuts d’emploi et toutes les régions au Québec, a rapporté jeudi une brève analyse du Mouvement Desjardins.

Cet enrichissement, alors que l’économie rétrécissait de 5,5 %, était le résultat d’un ensemble de facteurs souvent liés à la nature particulière de la crise. Empêchés de consommer comme à leur habitude, et même confinés dans leurs maisons, les Québécois ont vu les fonds dans leur compte chèques bondir de 60 % et ont pu rembourser les soldes de leurs cartes de crédit et leur marge de crédit. Les 30 % d’employés qui ont été en télétravail entre avril 2020 et juin 2021 se sont retrouvés à « conserver le même niveau de revenu, tout en réduisant fortement leurs dépenses liées au travail, au transport, aux loisirs et aux voyages ».

Certains en ont profité aussi pour investir en Bourse, la valeur de leur portefeuille moyen, selon Ipsos, s’appréciant de 65 % alors que le rendement de l’indice boursier canadien n’a pas atteint 6 % l’an dernier. Et puis, ceux qui avaient une maison ont profité de la forte augmentation de sa valeur, l’avoir net moyen des propriétaires passant d’un coup de 373 000 $ à 428 000 $. Les locataires se sont aussi enrichis, quoique beaucoup moins, leur valeur nette moyenne passant de 27 000 $ à 40 000 $.

60%
C’est le pourcentage d’augmentation des fonds détenus dans les comptes-chèques des Québécois durant la pandémie.

Il y a eu d’autres facteurs. Le rehaussement des programmes sociaux et la création de mesures d’aide financière spéciale, comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU), sont venus au secours de ceux qui ont été plus directement touchés par la crise au point, parfois, de se traduire par une amélioration de leurs revenus, rappellent dans leur analyse les économistes du Mouvement Desjardins Hélène Bégin et Lorenzo Tessier-Moreau. En fait, ce sont les chômeurs et les travailleurs sans emploi qui ont vu leurs revenus personnels moyens augmenter le plus, toutes proportions gardées, en 2020.

L’avoir net des Québécois s’est ainsi apprécié dans toutes les tranches de revenus, y compris chez ceux qui ont gagné moins de 30 000 $ cette année-là (+16 %), dans tous les groupes d’âge — quoique de façon plus modeste chez les moins de 29 ans, plus nombreux à s’endetter pour acheter leur première maison — ainsi que dans toutes les régions, quoique proportionnellement un peu plus dans la grande région de Montréal ainsi que dans les petites communautés de moins de 10 000 habitants qui ont profité de l’engouement des acheteurs pour les résidences secondaires et les maisons à la campagne.

Essoufflement

 

La plupart de ces tendances se sont poursuivies cette année, mais avec une intensité moindre. « Même si la croissance des revenus a ralenti et que le taux d’épargne a diminué par rapport à la première année de pandémie, la croissance de la valeur des actifs financiers et immobiliers s’est poursuivie en 2021 », à raison d’une hausse de 15 % des indices boursiers et de 12,5 % du prix des propriétés durant les trois premiers trimestres seulement.

16 %
C’est le pourcentage d’augmentation de l’avoir net des personnes gagnant moins de 30 000 dollars par année, durant la pandémie.

La hausse des prix fait de plus en plus hésiter les éventuels acheteurs de maisons, selon une vaste enquête sur le secteur immobilier québécois dévoilée jeudi. La proportion des ménages québécois qui envisagent l’acquisition d’une propriété dans les cinq prochaines années a ainsi légèrement retraité cette année. Elle est passée de 25 % à 23 % dans l’ensemble de la population, mais de 52 % à 47 % chez les jeunes de 18 à 34 ans. Si les prix viennent freiner les ambitions d’achat de presque les deux tiers de ces derniers, un peu moins de la moitié pensent au télétravail qu’ils pourront y faire. À en croire 40 % de ses adeptes, il permettrait d’économiser entre une et deux heures de transport quotidiennement et d’épargner entre 100 $ et 200 $ par mois (28 %), voire plus encore (13 %).

Pendant ce temps, la taille des emprunts hypothécaires en proportion des revenus des ménages ne cesse d’augmenter, constate la Banque du Canada. « D’ici la fin de 2021, la part des ménages fortement endettés dépassera probablement son sommet de 2019, défaisant ainsi tous les progrès réalisés au début de la pandémie, et même plus », observait l’un de ses sous-gouverneurs, Paul Beaudry, lors d’un discours, il y a une dizaine de jours. Et si les dettes de consommation restent inférieures à leur niveau prépandémique, elles n’ont pas cessé d’augmenter tout au long de l’année, rapportait le même jour Equifax.

Attention au virage !

Or, il faut désormais tenir compte de l’effet de la remontée de l’inflation sur la valeur réelle de son épargne, rappelle Desjardins. Sans parler du fait que 2022 amènera probablement les premières hausses des taux d’intérêt de la Banque du Canada.

Il n’y a pas que l’atténuation des effets de la pandémie et la reprise économique qui pourraient amener la Banque du Canada à remonter ses taux dans les prochaines années, a prévenu Paul Beaudry. La faible inflation des 20 dernières années a aussi été le résultat d’une conjonction de facteurs, dont la mondialisation et l’entrée de la Chine dans l’économie mondiale, qui pourraient « s’inverser », ce qui forcerait les banques centrales à intervenir plus lourdement pour empêcher une envolée de prix.

« S’il fallait qu’une de ces éventualités se matérialise, les ménages très endettés auraient des problèmes. »

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