Aéroports de Montréal va avoir besoin d’argent

Les infrastructures actuelles ne pourront pas répondre à la demande si la relance du trafic aérien se passe «trop vite», selon le président-directeur général d'ADM.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les infrastructures actuelles ne pourront pas répondre à la demande si la relance du trafic aérien se passe «trop vite», selon le président-directeur général d'ADM.

Il faudra injecter des capitaux dans Aéroports de Montréal (ADM) lorsque le trafic aérien va revenir à la normale, sinon la « structure va craquer », a prévenu son président-directeur général, Philippe Rainville, lors d’une allocution devant le Cercle canadien de Montréal, lundi.

Les infrastructures d’ADM ne répondaient déjà plus adéquatement à la demande avant la pandémie. L’organisme sans but lucratif a toutefois été contraint de mettre sur la glace tous les projets permettant un ajout de capacité pour des raisons financières. « Nos équipes auraient pu profiter de l’accalmie pour faire une mise à niveau, a dit M. Rainville. Malheureusement, nos coffres étaient à sec, et nous nous sommes limités aux programmes de maintenance. »

Si la reprise du trafic aérien se passe « trop vite » à l’aéroport international Montréal-Trudeau, les infrastructures actuelles ne pourront pas répondre à la demande, a précisé M. Rainville en point de presse en marge de la conférence.

Il a donné en exemple le projet de réfection du débarcadère où la circulation refoulait sur l’autoroute en raison d’un manque de capacité en 2019. « Avant que j’aie l’argent pour être capable de refaire le débarcadère, juste cette partie-là, ça va grincer. On n’offrira pas le service qu’il faut. Les gens vont se plaindre, et on aura les sous, du moins je l’espère. »

Il faudra « quelques milliards » pour financer ces projets, anticipe M. Rainville. « Je ne veux pas aller pleurer pour avoir l’argent sur la place publique. On a eu l’argent pour le REM. On prend un break, mais c’est sûr que, d’ici quelques années, il va falloir s’asseoir [pour trouver une solution de financement]. »

M. Rainville a évoqué la possibilité d’obtenir des capitaux d’investisseurs privés pour financer les différents projets d’infrastructures dans ses cartons. En choisissant « judicieusement » du capital patient de la part d’un investisseur institutionnel comme un régime de retraite, ADM pourrait obtenir des capitaux privés sans devoir exercer une pression financière sur les voyageurs ou les transporteurs pour obtenir du rendement, croit-il.

REM, « désastre financier »

M. Rainville a aussi qualifié le projet de station du Réseau express métropolitain (REM) à l’aéroport Montréal Trudeau de « désastre financier ». L’organisme sans but lucratif a obtenu un financement de 100 millions $ pour un projet total de 600 millions $. Les 500 millions $ restants seront financés par ADM.

« Les gens pensent qu’on fait le REM pour faire de l’argent. On ne fait pas le REM pour faire des sous. Aussitôt que le REM arrive, on se prive de revenus de stationnement. »

ADM estime qu’elle perdra entre 5 millions $ et 10 millions $ de revenus de stationnement après l’entrée en fonction du REM. « On n’en tire aucun revenu [de la présence d’une station]. On le fait pour les passagers. On le fait pour réduire l’empreinte de carbone. On prend pour acquis que les voyageurs pensent comme nous, que de faire venir le REM à l’aéroport, c’est la bonne chose à faire. »

Relance et Omicron

 

Par une triste ironie du sort, l’allocution d’ADM portait sur la relance de ses activités au moment où la découverte du variant Omicron soulève le spectre d’un resserrement des mesures sanitaires.

« Nous avons des plans, mais l’émergence de variants comme l’Omicron peut tout chambouler, a-t-il admis en début de présentation. Aujourd’hui, on parle de relance, si vous le voulez bien. Prenons pour acquis que ce dernier variant ne résistera pas à nos vaccins. »

Au même moment où M. Rainville tenait sa conférence, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a confirmé qu’un cas de contamination au variant Omicron a été identifié au Québec. La santé publique a aussi identifié 115 voyageurs provenant des pays africains considérés comme à risque.

Le ministre a aussi prévenu que les plans des voyageurs pourraient s’en trouver perturbés. « On demande aux Québécois qui voyagent à l’étranger de demeurer excessivement vigilants parce que les exigences au retour de voyage pourraient évoluer rapidement. […] Peu importe où vous voyagez, il faut rester prudents », a dit le ministre Dubé.

En point de presse, M. Rainville a pris la découverte du nouveau variant avec philosophie. ADM suivra les consignes émises par la santé publique et composera avec les aléas de cette pandémie, sur laquelle elle n’a pas de contrôle. « Ça fait un an et demi qu’on est là-dedans, on ouvre, on ferme. Les gens réservent des voyages, ils annulent. »

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