Le marché du travail sans frontières rencontre encore bien des obstacles

Au Canada, cette forme de recrutement semble surtout intéresser les grandes entreprises qui font déjà des affaires dans les autres provinces ou les autres pays où elles comptent s’adjoindre de nouveaux employés grâce au télétravail.
Photo: Matija Keber Getty Images Au Canada, cette forme de recrutement semble surtout intéresser les grandes entreprises qui font déjà des affaires dans les autres provinces ou les autres pays où elles comptent s’adjoindre de nouveaux employés grâce au télétravail.

Il n’est pas facile, malgré les avancées du télétravail, d’avoir des employés au-delà des frontières. Surtout au Canada, et encore plus au Québec, rapporte une étude.

Face à la rareté de la main-d’œuvre et à une concurrence féroce dans la chasse aux talents, près de deux tiers des entreprises canadiennes sondées par la firme de consultants PricewaterhouseCoopers (PWC) pour l’Association canadienne de la paie ont déjà recours ou se disent à tout le moins ouvertes à l’embauche d’employés qui télétravailleraient depuis une autre province. Presque deux sur cinq ne s’arrêteraient pas aux frontières du Canada et iraient ainsi recruter leurs travailleurs à distance dans des pays étrangers.

Ces proportions sont plus élevées encore dans le secteur des services professionnels, où 78 % des répondants considèrent le télétravail interprovincial ou y sont déjà passés, dans celui de la finance et de l’assurance, où cette proportion est de 86 %, ou encore dans celui des technologies de l’information et de la communication, où la proportion est de 100 % pour le recrutement interprovincial et de 67 % pour le recrutement à l’international, rapporte l’étude d’une soixantaine de pages de PWC dévoilée mercredi.

Les entreprises canadiennes sont loin d’être les seules à être prêtes à embaucher des employés à distance. Une enquête similaire réalisée aux États-Unis a révélé que 88 % des compagnies cherchaient à la grandeur du pays et 36 % au-delà de ses frontières, alors qu’un autre sondage, mené celui-là dans sept pays, arrivait respectivement à des moyennes de 71 % et 63 %.

Loin de la coupe aux lèvres

Au Canada, cette forme de recrutement semble surtout intéresser les grandes entreprises qui font déjà des affaires dans les autres provinces ou les autres pays où elles comptent s’adjoindre de nouveaux employés grâce au télétravail. Et il y a une bonne raison à cela.

Souvent conçues à une époque où la façon normale de travailler était de se rendre quotidiennement dans une usine ou un bureau situés à quelques minutes de distance de la maison, les normes du travail et les règles fiscales s’accommodent parfois mal au travail par-delà les frontières.

Les façons de se partager entre pays les recettes de l’impôt sur le revenu, d’allouer les cotisations au bon fonds de sécurité sociale et de diriger les cotisations dans le bon régime public de retraite peuvent varier d’un pays à l’autre.

Elles semblent particulièrement différentes au Canada, où les exigences sont « parfois plus complexes qu’ail-leurs », les règles en matière de recrutement international « plus strictes », les directives moins claires et le fardeau administratif « relativement lourd », rapporte PWC en comparaison avec cinq autres pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie.

La situation au Québec n’est pas plus simple, même pour les entreprises canadiennes qui voudraient y engager des travailleurs depuis une autre province. « Il y a consensus chez tous les employeurs [canadiens] interrogés sur le fait que le Québec, avec son régime fiscal distinct, est un obstacle majeur dans la décision d’embaucher du personnel dans la province, lorsque l’employeur n’y assure pas déjà une présence », indique l’étude.

La gestion des relations avec son agence du revenu et son régime des rentes distincts, des programmes d’assurance parentale, de son impôt santé et des autres différences avec le reste du Canada devient rapidement « chronophage » et trop compliquée.

Mais n’est-ce pas une façon indirecte de protéger ses faibles réserves de main-d’œuvre dans un monde où la concurrence, à ce chapitre, est féroce et où l’on sait, notamment, que « les employeurs établis aux États-Unis offrent généralement des salaires beaucoup plus élevés » ?

Peut-être, mais le recrutement de travailleurs locaux par des compagnies extérieures limite aussi l’exode des cerveaux, maintient sur place une base d’imposition sur le revenu, « peut créer des retombées positives au sein des communautés professionnelles, et grossit les rangs des employés qualifiés, que les employeurs canadiens pourront par la suite embaucher à leur tour », estiment les auteurs de l’étude.

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