Spot, le robot-chien, trouve sa niche au Québec

Thierry Marcoux, développement commercial, Ivana Markovic, talent et culture, et Robin Kurtz, développeur «full stack», aux bureaux de l’entreprise montréalaise Osedea, qui contrôle le chien-robot Spot.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Thierry Marcoux, développement commercial, Ivana Markovic, talent et culture, et Robin Kurtz, développeur «full stack», aux bureaux de l’entreprise montréalaise Osedea, qui contrôle le chien-robot Spot.

Il a connu plusieurs succès viraux sur les réseaux sociaux. Il a inspiré un épisode un brin inquiétant de la série d’anticipation Black Mirror. Il incarne une nouvelle génération de solutions technologiques qui visent à accroître la productivité des entreprises. Et il fait depuis peu ses premiers pas au Québec : Spot, le robot-chien de la société américaine Boston Dynamics.

La robotisation est perçue par plusieurs secteurs industriels comme une solution durable à la pénurie de main-d’œuvre et comme un moyen d’accroître la productivité de certaines opérations où les gains sont plus difficiles, dans les usines, sur les chantiers ou dans les mines, par exemple.

Flairant la bonne affaire, le développeur montréalais d’applications pour entreprises Osedea a fait l’acquisition d’un exemplaire de Spot, vendu à un prix de détail de 75 000 $US.

Spot est un appareil informatique avancé qui peut se déplacer sur quatre pattes. Bien des internautes ont pu le voir en action dans divers contextes sur YouTube ces derniers mois : il peut monter des escaliers, esquiver de grosses roches, ouvrir des portes et bondir par-dessus des clôtures.

Il est muni d’un bras articulé, d’une caméra et de différents capteurs qui en font un petit robot mobile et polyvalent qui peut attirer l’attention de certaines entreprises intéressées par le virage numérique qui a cours dans plusieurs industries ces temps-ci.

Sur mesure

Ce virage numérique repose en bonne partie sur une collecte d’informations qui se fait généralement à l’aide d’objets connectés à Internet. Spot est en quelque sorte un objet connecté à la fois mobile et semi-autonome… à condition d’avoir développé les bonnes applications pour qu’il puisse accomplir sa mission au sein de l’entreprise qui décide de l’adopter.

C’est là où Osedea (prononcer « osez-dé-ah ») entre en scène. Le spécialiste montréalais d’applications en entreprise offre à ses clients d’essayer Spot sans avoir à l’acheter, et leur propose évidemment des outils numériques sur mesure pour l’exploiter convenablement.

« On voit des applications dans des secteurs aussi variés que le manufacturier, les mines, la construction et la santé, énumère Thierry Marcoux, directeur du développement des affaires pour Osedea. Plusieurs de nos clients sont touchés par un manque de personnel et voient l’automatisation comme une solution à ce problème. On va donc voir émerger de nombreux robots en entreprise au cours des prochaines années. Spot s’adresse à ceux qui désirent être en avant de la parade. » Spot est vendu avec plusieurs accessoires optionnels, mais il y en a un qui est essentiel : sa télécommande. Un opérateur peut le diriger à distance, mais il a été initialement conçu par Boston Dynamics pour être relativement autonome.

Une fois qu’il est programmé, il peut parcourir lui-même un itinéraire convenu d’avance et quand sa pile montre une charge un peu faible, il peut se diriger lui-même vers sa borne pour refaire le plein.

En cours de route, ses capteurs font des relevés en tout genre qui peuvent être acheminés sur-le-champ à des serveurs informatiques. Avec les bons algorithmes, l’entreprise qui l’emploie peut donc suivre de façon instantanée, ou sur une plus longue période de temps, l’évolution de la qualité de l’air, l’état d’une conduite souterraine ou tout autre paramètre qui s’avère important dans le quotidien de ses travailleurs, explique Thierry Marcoux.

« L’intelligence artificielle, pour bien fonctionner, a besoin des bonnes données et ce qu’on croit, c’est qu’un robot mobile comme Spot est capable de collecter des données très précises », dit-il. D’autres entreprises utilisent des capteurs statiques ou des drones, mais Spot sous sa forme de quadrupède pourrait servir dans des centaines de scénarios, croit M. Marcoux.

Osedea procédera d’ailleurs au cours des prochaines semaines à divers projets pilotes pour illustrer le potentiel de son robot à quatre pattes.

Utile sur les chantiers

Son arrivée chez Osedea n’est pas la seule apparition du robot-chien de Boston Dynamics — dont le géant coréen Hyundai est devenu le principal actionnaire plus tôt cette année — au Canada. Les entreprises de construction PCL et Pomerleau ont leur propre exemplaire de ce quadrupède mécanisé depuis 2019 et l’utilisent déjà sur certains chantiers.

Muni d’une caméra à 360 degrés, de capteurs GPS et d’autres accessoires électroniques, ce Spot parcourt les sites de construction pour tester la qualité de l’air et certains autres paramètres associés à la santé et à la sécurité des travailleurs présents sur ces sites.

Le Spot de Pomerleau et de PCL visitera d’ailleurs ces prochaines semaines le projet de tour de bureaux du 160, Front Street West, à Toronto, du géant torontois Cadillac Fairview. Ces visites sont dirigées conjointement avec une société technologique affiliée à Microsoft et à Intel appelée Latium et qui se spécialise dans les objets connectés pour le secteur industriel.

Un marché lucratif à saisir

Avant la pandémie, ces objets connectés, des appareils dotés de différents capteurs et d’une connexion à Internet qui leur permettent de transmettre en temps réel à un centre de données une foule d’indicateurs sur l’avancement de processus industriels en tout genre, étaient annoncés comme la prochaine grande révolution technologique en entreprise. L’accélération du virage numérique ces deux dernières années et une importante pénurie de main-d’œuvre postpandémique relancent l’intérêt envers ces appareils.

Selon la firme spécialisée Meticulous Research, les objets connectés industriels pourraient représenter un secteur d’investissement valant 260 milliards $US d’ici 2027.

Ce n’est pas pour rien qu’il intéresse des acteurs de tous les horizons… y compris des fabricants de quadrupèdes automatisés.

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