Ottawa joue les équilibristes avec ses nouveaux programmes d’aide pandémiques

«Le projet de loi nous permet d’aller de l’avant tout en gardant en tête que la relance est encore inégale, et que les mesures de santé publique qui permettent de sauver des vies continuent de restreindre certaines activités économiques», a expliqué Chrystia Freeland.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «Le projet de loi nous permet d’aller de l’avant tout en gardant en tête que la relance est encore inégale, et que les mesures de santé publique qui permettent de sauver des vies continuent de restreindre certaines activités économiques», a expliqué Chrystia Freeland.

Les boîtes de nuit, les ciné-parcs et les camps de vacances bénéficieront d’une nouvelle subvention fédérale couvrant une partie des salaires et des loyers, tout comme une panoplie d’entreprises des secteurs du tourisme et de l’hébergement, précise un projet de loi déposé mercredi aux Communes.

Ce premier texte déposé par le gouvernement depuis les élections de septembre 2021 donne des précisions supplémentaires sur l’avenir de certains programmes d’aide pandémiques. Les grandes lignes avaient toutefois été annoncées le mois dernier, dont en particulier la mort de la prestation canadienne de relance économique (PCRE).

« Le projet de loi nous permet d’aller de l’avant tout en gardant en tête que la relance est encore inégale, et que les mesures de santé publique qui permettent de sauver des vies continuent de restreindre certaines activités économiques », a expliqué la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland. Dans la liste des entreprises touristiques et d’accueil dont le fédéral paiera temporairement jusqu’aux trois quarts des dépenses en main-d’œuvre et en locaux, on peut compter les bars, les restaurants et les hôtels, mais aussi toute une variété d’entreprises de loisirs, comme les campings, les centres de ski, les cinémas, les casinos, les zoos et les musées.

Les agences de voyages, les transporteurs par autobus nolisés, les boutiques hors taxes et d’autres entreprises liées aux aéroports ou aux ports de croisière sont aussi admissibles. Sont explicitement exclus les dépanneurs, les épiceries et les terrains de golf (mais pas de minigolf).

Les artistes doivent attendre

Comme annoncé précédemment, les entreprises d’autres secteurs qui sont tout de même fortement touchées par la pandémie bénéficieront d’un programme spécial de subventions salariales et de loyer à hauteur de 50 %. En cas de confinement régional, les travailleurs pourraient aussi toucher une nouvelle prestation de 300 $ par semaine.

Lors de sa conférence de presse, organisée avant que le texte du projet de loi ne soit rendu disponible, la ministre Freeland a longuement souligné que « quand [le gouvernement] impose un confinement sur l’économie pour des raisons de santé publique, il est approprié que le gouvernement soit là pour fournir un soutien aux entreprises et aux gens qui ne peuvent travailler à cause de cela ».

Pourtant, son projet de loi intitulé C-2 ne prévoit aucune aide directe pour les artistes, même si le revenu de plusieurs d’entre eux est encore compromis par la lente reprise de la scène. À moins d’un nouveau confinement, ils ne sont présentement admissibles à aucune prestation d’urgence, une situation qui perdure maintenant depuis plus d’un mois.

Selon les explications de la ministre, le dossier des aides individuelles aux artistes est « trop compliqué » pour être inclus dans ce premier projet de loi. Elle promet toutefois que les artistes n’auront pas à attendre la réforme de l’assurance-emploi pour obtenir l’aide promise lors de la campagne électorale.

« Pour rassurer les travailleurs du secteur culturel : Pablo Rodriguez [le ministre du Patrimoine] est en train de préciser les détails », a-t-elle indiqué. Plus tôt dans la journée, le ministre Rodriguez a dit que l’aide transitoire aux artistes était « une priorité absolue » de son gouvernement.

Source d’inflation

Le tout premier projet de loi du troisième gouvernement Trudeau devrait bénéficier du soutien du Bloc québécois. Le chef du parti, Yves-François Blanchet, a précisé peu avant le dépôt du texte être « d’accord avec le principe », tout en exprimant sa « préoccupation » d’y voir exclus les travailleurs des arts et de la culture. Le NPD a déjà annoncé qu’il s’y opposerait, sous le prétexte que le projet de loi ampute des aides pandémiques toujours nécessaires.

« Nous voulons des garanties que le gouvernement ne va pas payer des gens à ne pas travailler, alors qu’il y a un demi-million de postes vacants », a lancé pour sa part l’ex-ministre conservateur Pierre Poilievre, porte-parole de son parti en matière de finances.

En chambre, mercredi, M. Poilievre a critiqué le peu d’intérêt pour la question de l’inflation dans le dernier discours du Trône, problème qu’il impute aux importantes dépenses fédérales. Devant ses collègues hilares, il a fait un jeu de mots avec le prénom du premier ministre, qu’il a renommé « Justinflation ».

La ministre Freeland, responsable des finances du pays, a rétorqué que l’inflation était un problème mondial et plutôt attribuable au blocage des chaînes d’approvisionnement. « Fermer l’économie mondiale s’est avéré être un processus plus simple que de remettre l’économie en route. »

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