L’inflation à son plus haut niveau depuis 2003

L’augmentation du coût de la vie a été particulièrement prononcée en matière d’énergie (+25,5 %), à raison notamment d’une augmentation de 41,7 % du prix de l’essence.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne L’augmentation du coût de la vie a été particulièrement prononcée en matière d’énergie (+25,5 %), à raison notamment d’une augmentation de 41,7 % du prix de l’essence.

Les prix ont encore augmenté dans presque tous les domaines le mois dernier au Canada.

L’Indice des prix à la consommation (IPC) a bondi de 4,7 % au mois d’octobre par rapport à la même période il y a 12 mois, a rapporté mercredi Statistique Canada. Cette hausse s’avère plus marquée que les 4,4 % enregistrés en septembre et constitue un sommet depuis février 2003.


 

L’augmentation du coût de la vie a été particulièrement prononcée en matière d’énergie (+25,5 %), à raison notamment d’une augmentation de 41,7 % du prix de l’essence, de 48,1 % de celui du mazout et autres combustibles et de 18,7 % de celui du gaz naturel. Dans le cas de l’essence, a expliqué Statistique Canada, « les pénuries d’autres sources d’énergie, comme le charbon et le gaz naturel, [ont] poussé les principales économies du monde à utiliser plus de pétrole pour la production d’électricité, ce qui a entraîné une augmentation des prix à la pompe ».

Transport, aliments, logement…

La hausse ne se limite toutefois pas à ce seul secteur de l’économie: les prix des huit principales composantes du panier de biens et services entrant dans la mesure de Statistique Canada ont toutes augmenté. C’est le cas notamment pour les éléments de base de la vie quotidienne, comme le logement (+4,8 %), les aliments (+3,8 %) et le transport (+10,1 %), qui représentent ensemble un peu moins des deux tiers de son panier de consommation analysé.

Dans le domaine de l’alimentation, le coût des produits de la viande (+9,9 %) a poursuivi sa hausse, particulièrement pour le bœuf (+14 %) et la viande transformée (+8,5 %), dont le bacon (+20,2 %). « La pénurie de main-d’œuvre qui a nui à la production, les défis persistants liés à la chaîne d’approvisionnement et les augmentations des prix des aliments pour le bétail continuent de contribuer à la hausse des prix de la viande », a-t-on expliqué.


 

La hausse des prix des véhicules automobiles (+6,1 %) reste également élevée en raison notamment de la pénurie mondiale de puces à semi-conducteurs.

D’un mois à l’autre, l’IPC a augmenté de 0,7 % en octobre, sa hausse la plus prononcée depuis juin 2020, mois où les prix de l’énergie avaient commencé à se redresser après la dégringolade subie durant les premiers mois de la pandémie de COVID-19.



 

« On est bien forcé d’admettre que l’inflation canadienne n’a toujours pas atteint de plateau », a observé en entretien téléphonique avec Le Devoir Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins, qui continue de croire que ce phénomène est largement le fait de « phénomènes transitoires » découlant de la crise sanitaire. Les données provisoires sur l’essence pour novembre laissent même croire que l'inflation pourrait nous réserver une autre hausse avant de se stabiliser. « Il faudra probablement patienter ensuite pendant quelques mois avant que ça ne commence à redescendre. »

Hausse des taux d’intérêt en vue

La Banque du Canada avait déjà indiqué qu’elle s’attendait à une inflation élevée pour la fin de l’année, ont rappelé Matthieu Arseneau et Alexandra Ducharme de la Banque Nationale, dans une brève analyse. Il faudra s’habituer à une inflation plus élevée qu’à la normale au cours des prochains mois, « les chaînes d’approvisionnement étant toujours perturbées et les pénuries de main-d’œuvre laissant présager une inflation poussée par les salaires », ont-ils prévenu.
 



Dans ce contexte, « c’est presque un soulagement que ces nouvelles mesures d’inflation ne soient pas plus élevées qu’on s’y attendait », a commenté l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter. S'étendant, au mois d’octobre, de 1,8 % à 3,3 %, pour une moyenne de 2,7 %, les différents indicateurs de la Banque du Canada qui isolent les facteurs les plus volatils et circonstanciels révèlent une inflation fondamentale plus proche de sa cible de 2 % qu’il n’y paraît.

La banque centrale ne tardera toutefois pas à relever son taux directeur actuellement à son niveau plancher de 0,25 %, pensent les économistes du Mouvement Desjardins. En septembre dernier, ils prévoyaient que cette première hausse des taux d’intérêt viendrait à l’automne 2022. Le mois dernier, ils penchaient pour le mois de juillet. Aujourd’hui, ils prévoient que ce moment viendra dès le mois d’avril. « La Banque du Canada augmentera ses taux prudemment parce qu’elle sait les Canadiens très endettés et qu’elle voudra leur laisser le temps de s’ajuster », dit Benoit P. Durocher.


 

Avec Clémence Pavic



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