L’équité salariale ne se résume pas au seul salaire horaire, selon la CSD

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
Si l’on compte les absences générées par les obligations familiales, une femme gagnera jusqu’à 20% de moins qu’un homme.
Photo: Getty Images Si l’on compte les absences générées par les obligations familiales, une femme gagnera jusqu’à 20% de moins qu’un homme.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le 21 novembre, la Loi sur l’équité salariale soufflera ses 25 bougies. Après plusieurs décennies de débat sur l’égalité entre les hommes et les femmes, la société québécoise se dotait ainsi d’un outil qui devait permettre aux femmes d’obtenir des salaires équivalant à ceux des hommes. Mais un quart de siècle plus tard, force est de constater que le bout du chemin est encore loin. Le président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), Luc Vachon, revient sur ce parcours non achevé.

« Cette loi, à la base, visait à réduire les écarts systémiques de salaires entre les hommes et les femmes, explique Luc Vachon. Dès le départ, nous avons d’ailleurs parlé d’emploi équivalent plutôt que d’emploi égal. En effet, le terme emploi égal introduit une fausseté. Pour deux emplois de même responsabilité, les écarts salariaux étaient importants. L’objectif était de corriger les écarts salariaux. La loi a été portée par les syndicats en appui aux mouvements féministes et à plusieurs groupes de femmes. Toutes les centrales syndicales étaient unies, et la loi fut adoptée après un combat de longue haleine. »

Au fil des ans, les écarts salariaux se sont considérablement réduits, reconnaît le syndicaliste, et cette diminution de l’écart est encore plus notable dans l’univers syndiqué. En 2020, en effet le salaire des femmes dans le milieu syndiqué correspond à 96,5 % du salaire des hommes. Pour les non-syndiqués, ce taux est seulement de 84,9 %. Même si de grands pas ont été faits dans le sens de l’équité salariale, il reste beaucoup de travail pour atteindre les 100 % au Québec, affirme-t-il.

Le problème du poids familial

 

Si l’on compte les absences générées par les obligations familiales, une femme gagnera jusqu’à 20 % de moins qu’un homme. Une situation inacceptable en 2021. « On ne devrait plus avoir à débattre de l’équité hommes-femmes en 2021, estime Luc Vachon. Tout le monde est d’accord sur le principe, et nous devons tous nous organiser pour l’appliquer pleinement. Il n’y a pas de compromis possible, mais le gouvernement caquiste, comme ses prédécesseurs, essaie de négocier en parlant de dollars et d’économies budgétaires. Il faut adapter les mesures sociales et offrir plus de congés payés pour les obligations parentales, pour que les femmes soient moins touchées. C’est en effet sur les femmes que repose encore l’essentiel du poids familial, malgré les énormes avancées obtenues dans ce domaine. »

Depuis 2010, une loi oblige les employeurs à réaliser un exercice d’équité salariale pour combler les écarts de salaire entre les hommes et les femmes. Cependant, cette loi a été modifiée et vidée de son contenu. L’entreprise doit faire cet exercice tous les cinq ans désormais, et sans rétroactivité. Ce qui fait que les femmes qui avaient droit à une réévaluation salariale régulièrement dans le passé ne l’ont plus. Les syndicats ont obtenu gain de cause pour faire évoluer cela et faire un rajustement des salaires des femmes. Cependant, celles-ci vont attendre encore plus pour avoir la paie égalitaire à laquelle elles ont droit.

« Pour l’évaluation sur l’équité salariale, l’employeur fait cela seul. Il n’a pas besoin de constituer un comité pour le maintien de cette évaluation. De plus, il est autorisé à changer d’outil d’évaluation. On mesure une situation avec un outil et, cinq ans après, avec un autre. Il est donc difficile d’avoir un résultat semblable. Cela crée plusieurs distorsions. Plusieurs employeurs, tout comme le gouvernement, considèrent cette évaluation comme un coût, ajoute le président de l’organisation syndicale . Ils la trouvent complexe et difficile à réaliser. Ils veulent avant toute chose faire des économies. L’argent reste le nerf de la guerre et le principal frein à l’équité. »

Comme en témoigne la différence de salaires entre femmes syndiquées et non syndiquées, les organisations syndicales jouent un rôle crucial dans la négociation salariale. En ce 25e anniversaire de la loi, M. Vachon croit que le moment est venu pour elles de ramener à la surface les anomalies et les failles du système pour le faire changer concrètement.

« Avoir des lois, c’est une chose, mais avoir des moyens pour les faire appliquer, c’en est une autre, conclut-il. La CSD et les syndicats en général doivent se battre encore plus fort pour défendre les femmes dans leur ensemble. On ne positionne l’équité salariale que sur le salaire horaire, mais il y a des effets collatéraux à être une femme dans un milieu de travail. La vie de famille, les congés, le bien-être, nous devons voir cela dans son ensemble. Il faut corriger complètement l’iniquité afin de construire une société plus juste pour tous. »



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