La fin de la PCRE n’a pas eu l’effet escompté

Les milieux d’affaires ne constatent pas de changements importants à leur problème de rareté de main-d’œuvre depuis la fin des programmes de soutien aux travailleurs qu’ils réclamaient.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les milieux d’affaires ne constatent pas de changements importants à leur problème de rareté de main-d’œuvre depuis la fin des programmes de soutien aux travailleurs qu’ils réclamaient.

Trois semaines après avoir été exaucés, les milieux d’affaires ne constatent pas de changements importants à leur problème de rareté de main-d’œuvre depuis la fin des programmes de soutien aux travailleurs qu’ils réclamaient.

Cela faisait des semaines qu’ils pressaient le gouvernement fédéral de mettre un terme d’abord à sa prestation canadienne d’urgence (PCU), puis au programme qui allait la remplacer, soit la prestation canadienne de relance économique (PCRE). Les milieux d’affaires trouvaient que ces mesures n’étaient plus nécessaires et les jugeaient tellement généreuses qu’elles encourageaient, selon eux, des travailleurs à rester chez eux plutôt que de retourner sur le marché de l’emploi, où les attendaient des dizaines de milliers de postes vacants. Après l’avoir réduite de moitié (de 600 dollars à 300 dollars par semaine), Ottawa a finalement laissé s’éteindre la PCRE le 23 octobre dernier.

Depuis, on ne peut pas dire que la situation se soit tellement améliorée sur le terrain, ont observé vendredi près d’une demi-douzaine de représentants des employeurs québécois, qui avaient convoqué la presse pour lancer un nouveau cri l’alarme sur la « catastrophe économique » que représente la rareté de main-d’œuvre. « Certains de nos membres disent que, dès que le programme a pris fin, il y a eu un certain intérêt pour les postes vacants dans leurs secteurs », a rapporté le président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec, Karl Blackburn.

« On entend certaines histoires, des anecdotes, de gens qui seraient revenus » sur le marché du travail, a dit Véronique Proulx, p.-d.g. de Manufacturiers et exportateurs du Québec. Mais « l’impact, on ne le sent pas tant que cela », a-t-elle admis, tout en ajoutant que seul le temps le dira. Chose certaine, a-t-elle souligné, le problème de rareté de main-d’œuvre ne cesse de s’aggraver, et un travail « d’appariement » devra être fait entre les travailleurs sans emploi et les besoins du marché du travail. « Ça, ça ne se fera pas du jour au lendemain. »

Le problème de rareté de main-d’œuvre « est tel que ce n’est pas parce qu’on enlève la PCRE que tous les restaurateurs, tous les commerces de détail vont trouver les employés nécessaires », a fait valoir François Vincent, vice-président pour le Québec à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. « C’est vraiment une série de solutions qu’il faut mettre en place […], et enlever la PCRE en faisait partie. »

Redécollage

Les dernières statistiques officielles sur l’emploi au Canada, comme au Québec, dressaient le portrait de la situation juste avant la fin de la PCRE. Le prochain coup de sonde, dont les résultats seront dévoilés par Statistique Canada au début du mois prochain, pourrait permettre d’en observer les premiers effets, a noté Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins, dans une analyse il y a une dizaine de jours. « C’est à suivre. »

Pilote de ligne dans un monde où plus personne ne faisait de voyages en avion, Manuel Zerlauth a longtemps dû mettre bout à bout les revenus assurés par la PCRE, le programme de subvention salariale ainsi de petits boulots, comme des livraisons pour Uber, en plus de piocher dans ses économies pour assurer ses fins de mois. Il a repris le travail le mois dernier, pas parce que la fin de la PCRE l’y a obligé, mais parce que l’activité a commencé à reprendre dans son domaine. « Ils ont adapté les salaires au niveau d’activité, donc je ne gagne pas beaucoup plus qu’avec les prestations gouvernementales », dit le quinquagénaire, qui travaille pour le moment de 20 à 25 heures par semaine. « Mais ça fait du bien au moral que ça reparte doucement. […] Au niveau mental, c’était compliqué de ne pas pouvoir travailler. Là, ça repart, on fait ce qu’on aime, on amène les gens en vacances. »

Avec Roxanne Léouzon

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