Québec ne comprend pas l’ampleur, selon les milieux d’affaires

Les employeurs du Québec se sont réunis vendredi pour lancer un dernier appel au gouvernement avant la présentation de son minibudget du 25 novembre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les employeurs du Québec se sont réunis vendredi pour lancer un dernier appel au gouvernement avant la présentation de son minibudget du 25 novembre.

Le gouvernement Legault ne saisit pas la gravité de la crise de rareté de la main-d’œuvre en refusant notamment de relever les seuils d’immigration, dénoncent les employeurs du Québec.

Ils se sont réunis vendredi pour lancer un dernier appel au gouvernement avant la présentation de son minibudget du 25 novembre. Il y avait, côte à côte, les chefs du Conseil du patronat du Québec (CPQ), du Conseil québécois du commerce de détail, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) et même de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Le Québec traverse une « crise de pénurie de main-d’œuvre sans précédent » qui commande une réponse bien plus vigoureuse que celle que le gouvernement a mise en œuvre jusqu’à présent.

« Lorsqu’on entend le premier ministre dire que la pénurie de main-d’œuvre est un heureux problème, on n’est pas d’accord. La pénurie de main-d’œuvre est une catastrophe économique, et si le gouvernement le reconnaissait aussi fortement que le milieu économique le vit sur le terrain, ce serait déjà une grosse étape de franchie », a déclaré au Devoir, en marge de la conférence de presse, le président et chef de la direction du CPQ, Karl Blackburn, qui parle de 220 000 postes vacants.

Grands moyens d’action

Plusieurs grands moyens d’action devraient être déployés pour atténuer aussi rapidement et efficacement que possible le problème, a-t-on fait valoir, dont miser sur l’adoption de nouvelles technologies, soutenir la formation des travailleurs et mieux intégrer toute la main-d’œuvre disponible, y compris les femmes, les travailleurs plus âgés, les personnes issues des Premières Nations ainsi que celles en situation de handicap. Mais aussi augmenter les seuils d’immigration, réduire les délais de traitement des demandes de résidence permanente et se doter d’une véritable stratégie de régionalisation de l’immigration.

« Je ne sens pas que tous les leviers sont activés en même temps, a déploré le p.-d.g. de la FCCQ, Charles Milliard. En ce qui concerne celui de la requalification et celui de l’investissement en innovation, ça va bien. Mais on n’arrive toujours pas à reconnaître aussi que le nombre de travailleurs disponibles est simplement insuffisant. Ça nous prend des seuils d’immigration plus élevés. »

Même son de cloche du côté manufacturier. Selon des estimations récentes, la rareté de la main-d’œuvre aurait fait perdre 18 milliards de revenus en deux ans au secteur. « La situation ne cesse de s’aggraver sur le terrain, et pourtant, on banalise le problème », lâche avec rage la p.-d.g. de MEQ, Véronique Proulx. « Les entrepreneurs ne comprennent pas et se sentent délaissés par le gouvernement Legault. Ils se font dire qu’ils n’ont qu’à augmenter leurs salaires, mais il n’y a pas de travailleurs. On se les arrache. »

Débat stérile

 

Charles Milliard dénonce ce débat « stérile » qu’entretient le gouvernement Legault sur l’incidence négative qu’auraient les immigrants sur son objectif d’augmenter le salaire moyen au Québec. On trouve pourtant des personnes issues de l’immigration à tous les niveaux de revenus, et « même s’ils ne fournissent pas les emplois les plus rémunérés, la culture, le tourisme et les commerces de proximité sont des services essentiels à la vitalité de nos régions », a-t-il fait valoir.

La forte demande de main-d’œuvre au Québec assure aux immigrants les meilleures conditions d’intégration qui soient, a estimé François Vincent, de la FCEI. « En région, la francisation des immigrants se fait presque automatiquement par la force des choses », a pour sa part assuré le président de l’UMQ et maire de Gaspé, Daniel Côté, à condition, bien sûr, qu’on leur offre les logements et les services d’accompagnement nécessaires.

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