Pas d’épiphanie à Glasgow

Manifestation en marge de la COP26, à Glasgow
Photo: Agence France-Presse Manifestation en marge de la COP26, à Glasgow

La crise climatique commande des changements qui ne se produiront pas sans une action vigoureuse des gouvernements qui se fait toujours attendre. Seulement 18 % des entreprises estiment que les gouvernements leur donnent les indications claires qui leur seraient nécessaires pour atteindre la cible d’un réchauffement climatique maximal de 1,5 °C que le monde s’est fixée, a rapporté un sondage en lever de rideau de la COP26, à Glasgow.

Réalisée auprès de 1100 p.-d.g. de grandes sociétés par la firme d’experts-conseils Accenture et les Nations unies, l’enquête montre qu’il n’y a qu’en Asie (34 %) où les cadres seraient peut-être un peu moins flous, contrairement à l’Europe (14 %) ou à l’Amérique du Nord (13 %). Les entreprises avaient l’habitude de dire que les technologies requises n’étaient pas mûres ou que les investisseurs et les marchés n’étaient pas prêts à les suivre dans cette transition, mais tout cela n’est plus vrai aujourd’hui, a plaidé Peter Lacy, d’Accenture. « Ce qui n’a pas changé, c’est l’urgence de la situation. Les gouvernements doivent agir, les p.-d.g. sont prêts à en faire plus. »

18%
C’est la mince proportion des entreprises qui estiment que les gouvernements leur donnent les indications claires qui leur seraient nécessaires pour atteindre la cible d’un réchauffement climatique maximal de 1,5 °C que le monde s’est fixée, selon un sondage présenté à la COP26.

Il faudra, en effet, en faire beaucoup plus. S’il fallait seulement se fier aux engagements pris jusqu’à présent volontairement par l’ensemble des entreprises inscrites en Bourse, la planète se dirigeait vers un réchauffement d’au moins 3 °C, ont récemment estimé les experts du Net Zero Tracker.

Le fait que plusieurs de ces entreprises se prêtent, en parallèle, à d’intenses campagnes de lobbying pour décourager les pouvoirs publics de resserrer leurs règles environnementales n’aide pas, remarquait jeudi le Financial Times.

L’inévitable coup de barre

Les gouvernements ne resteront pas aussi timorés devant la menace climatique éternellement, assuraient le mois dernier les experts des Principes pour l’investissement responsable (PRI), une initiative menée en partenariat avec les Nations unies et regroupant un peu moins de 4000 acteurs financiers, lesquels représentent 121 000 milliards de dollars d’actifs.

Rattrapés, dit-on, « par la réalité des changements climatiques », les gouvernements seront bientôt brutalement « réveillés » et forcés de passer aux choses sérieuses par d’immenses pressions « environnementales, sociales et économiques [qui sont] alimentées par des craintes en matière de sécurité nationale, créées par les avancées technologiques et exercées de manière de plus en plus forte par les électeurs et les entreprises » .

Il y a deux ans, nos experts prédisaient que cette « inévitable réponse politique » à la crise des changements climatiques se produirait entre 2023 et 2025 et pressaient les entreprises à amorcer tout de suite leur transition pour atténuer le choc. Aujourd’hui, ils parlent de 2025, tout en admettant que ce réveil ne permettra vraisemblablement pas de faire mieux que de limiter le réchauffement climatique à 2 °C.

On a cherché des signes de ce réveil des gouvernements à Glasgow ces deux dernières semaines. Plusieurs dirigeants et plusieurs experts se sont réjouis de voir les deux plus grands émetteurs de GES, la Chine et les États-Unis, promettre de collaborer face à « l’enjeu existentiel » des changements climatiques. Plusieurs pays se sont aussi engagés à en faire plus en matière de réduction des émissions de méthane, d’adoption de l’automobile électrique et d’arrêt du financement des projets d’énergie fossile à l’étranger.

Au moment où ces lignes étaient écrites, les parties étaient dans le dernier sprint d’une négociation qui semblait devoir se prolonger au-delà de la fin de la conférence, prévue pour vendredi. Signe que l’on part parfois de très loin, on n’était pas encore sûr si la déclaration finale allait comprendre un engagement sur la sortie du charbon ou la fin des quelque 5000 milliards de subventions allouées annuellement à l’industrie des énergies fossiles.

Jeudi, les experts du Climate Action Tracker estimaient que la planète se dirigeait vers un réchauffement d’environ 2,7 °C si l’on ne tenait compte que des politiques et des actions officiellement annoncées par les gouvernements, de 2,4 °C si l’on ajoutait les cibles qu’ils se sont fixées pour la fin de la décennie, et de 1,8 °C si l’on croit toutes leurs promesses y compris celle d’atteindre la carboneutralité. Analysé en septembre, le cas du Canada était pire encore si l’on ne tenait compte que des mesures officiellement annoncées : la trajectoire serait conforme à un réchauffement de 4 °C.

Le moment « oh m… ! »

« Je suis partagé », a déclaré jeudi le climatologue Peter Stott au quotidien britannique The Guardian. « Je suis soulagé de voir que les choses ont commencé à bouger, mais je m’en fais avec leur lenteur. » 

L’humanité et ses gouvernements n’ont toujours pas eu leur épiphanie, où ils se diront « oh merde ! » en prenant soudainement conscience de l’ampleur des coûts des changements climatiques, a affirmé sa consœur Katherine Hayhoe. « On n’est pas encore arrivés à ce moment “oh merde !”, mais ça s’en vient. »

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