Les banques numériques canadiennes s’imposent… mais peu au Québec

Brim Financial propose trois versions de sa carte Mastercard entièrement numérique comportant un programme de fidélisation et de remises adapté aux finances de l’utilisateur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Brim Financial propose trois versions de sa carte Mastercard entièrement numérique comportant un programme de fidélisation et de remises adapté aux finances de l’utilisateur.

Les technologies financières et les applications mobiles s’imposent de plus en plus dans le secteur bancaire canadien pour offrir des services numériques partout au pays. Partout, ou presque : les règles québécoises encadrent plus sévèrement ce secteur et ralentissent son déploiement à travers la province.

Ces règles touchent la protection des consommateurs face aux sociétés de crédit. Le Québec est la région d’Amérique du Nord où cet encadrement est le plus strict, constate Rasha Katabi, fondatrice de la société torontoise Brim Financial. « La barre est assurément plus élevée pour entrer au Québec qu’ailleurs au Canada ou même aux États-Unis », dit-elle. Cet encadrement n’a toutefois pas empêché sa société de se plier aux exigences provinciales sur les services financiers pour offrir son service dans les deux langues et d’un océan à l’autre.

« Le Québec est un marché assez important, et nous tenons à y être, comme partout ailleurs au Canada », assure-t-elle. Brim Financial est ainsi la première, et la seule, société en son genre à pouvoir délivrer en moins de trois minutes une carte de crédit Mastercard à ses utilisateurs autorisés et à l’intégrer sur-le-champ à leur portefeuille numérique d’Apple. Les propriétaires d’un produit Apple peuvent dès lors payer des achats en ligne ou en magasin par l’entremise d’un terminal de paiement sans contact. Une version pour les appareils Android de Google est présentement en développementet sera offerte plus tard.

Crédit instantané

 

Brim propose trois versions de sa carte Mastercard entièrement numérique, qui comportent toutes un programme de fidélisation et de remises adapté à la situation financière de l’utilisateur. Ce programme de fidélisation est également unique en son genre : les commerçants intéressés peuvent s’y inscrire en quelques minutes à peine et proposer des produits que leurs clients peuvent acheter avec les points qu’ils accumulent en utilisant la carte Brim.

« Nous voulions offrir une solution technologique aux commerçants qui n’ont pas ou qui ne veulent pas développer d’expertise technologique », résume Mme Katabi. Déjà, Brim compte parmi ses partenaires des sociétés comme Apple et Rona. Une ligne aérienne de calibre international et d’autres détaillants canadiens et québécois également seront annoncés sous peu.

« La pandémie a vraiment accéléré l’adoption du paiement sans contact, qui est devenu une nécessité pour bien des consommateurs. Notre nouveau service de carte de crédit instantanée veut profiter de ce changement rapide », résume Rasha Katabi.

Nous voulions offrir une solution technologique aux commerçants qui n’ont pas ou qui ne veulent pas développer d’expertise technologique

 

Aux États-Unis, cette pratique existe déjà depuis plusieurs mois. En fait, Apple offre depuis plus d’un an déjà sa propre carte de crédit à ses clients américains, appelée l’Apple Card. Celle-ci propose des modalités de crédit plus généreuses que les cartes traditionnelles et encourage ses détenteurs à acheter des produits Apple, au moyen d’un programme de fidélisation conçu en ce sens.

Épargne mobile

 

Brim n’est pas la seule technologie financière (ou « fintech », dans le jargon) à tenter de s’imposer sur le mobile des consommateurs canadiens. La société albertaine Neo Financial est devenue au printemps 2021 la première banque canadienne exclusivement numérique. Avec son application, Neo propose aux mobinautes canadiens différents services financiers, et elle inclut elle aussi la délivrance d’une carte de crédit Mastercard.

Mais c’est surtout la possibilité d’y ouvrir son propre compte d’épargne qui distingue Neo. C’est un des facteurs qui lui ont permis de boucler, à la mi-septembre, une étape de financement de 64 millions de dollars, menée par l’investisseur américain Peter Thiel, une des figures les plus connues de la Silicon Valley californienne et un ancien investisseur dans Facebook et PayPal, entre autres.

Contrairement à Brim, Neo Financial concentre toutefois ses activités dans l’Ouest canadien. L’entreprise dit néanmoins compter sur plus de 4000 commerçants partenaires de son propre programme de fidélisation, qui sont répartis partout au Canada.

Son service bancaire le plus prometteur, le compte d’épargne, est pour sa part offert partout au Canada… sauf au Québec. Cela n’empêche pas Neo Financial de promettre qu’un jour l’ensemble de ses services seront offerts dans la province, d’autant plus que l’entreprise basée à Calgary compte à terme étendre ses activités à l’ensemble des produits qu’on peut se procurer en visitant une succursale d’une grande banque canadienne.

En attendant, Neo utilisera les capitaux fraîchement récoltés pour améliorer son offre numérique en vue de s’imposer rapidement en tant que « géant canadien des services financiers numériques qui sera utilisé par des millions de Canadiens », comme le résume par communiqué un porte-parole de Valar Ventures, la firme de capital-risque dirigée par Peter Thiel.

À voir en vidéo