La scission du géant General Electric

Des employés de General Electric observent des pales servant à la construction d’un parc éolien dans l’ouest de la France.
Photo: Sébastien Salom-Gomis Agence France-Presse Des employés de General Electric observent des pales servant à la construction d’un parc éolien dans l’ouest de la France.

En annonçant mardi la scission de ses activités, General Electric (GE) va cesser d’exister en tant que conglomérat, refermant un chapitre de l’une des plus grandes aventures industrielles de l’histoire des États-Unis.

GE va faire place à trois entreprises distinctes, cotées en Bourse, qui seront respectivement spécialisées dans l’aviation, la santé et l’énergie.

Cette décision est la suite logique de cures d’amaigrissement menées depuis plusieurs années pour faire face à une dette colossale et à une série de mauvais choix stratégiques de l’entreprise.

« Nous avons la responsabilité d’agir vite pour modeler l’avenir de l’aviation, faire avancer la médecine de précision et guider la transition énergétique », a déclaré Lawrence Culp, le p.-d.g. de GE, lors d’une conférence téléphonique.

Concrètement, GE compte créer début 2023 une nouvelle entité à partir de sa division d’équipements de santé, au sein de laquelle elle conservera une participation de 19,9 %. Les activités liées aux énergies renouvelables et aux turbines éoliennes, à gaz et à vapeur, seront regroupées au sein d’une société unique à partir du début de 2024.

À l’issue de ces transactions, le nom « General Electric » sera conservé pour désigner une troisième entreprise, spécialisée dans l’aviation, secteur crucial pour GE, qui fabrique des réacteurs et des moteurs, notamment pour Boeing.

Wall Street a bien réagi à l’annonce de la scission, l’action de GE, cotée au Nasdaq, montant de près de 4 %, à 112,40 $, vers la mi-séance. L’agence S&P Global Ratings a toutefois indiqué qu’elle envisageait de baisser la note de GE, jugeant que la séparation en trois entités rendrait le groupe « moins diversifié ». « Nous pourrions abaisser la note si la perte en diversification n’est pas suffisamment compensée par la réduction de la dette et l’amélioration des résultats financiers », a prévenu S&P.

Pour parvenir à ses fins, GE pourrait se saisir d’une occasion dans l’industrie nucléaire par le truchement de la nouvelle entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables, estime Peter McNally, du cabinet Third Bridge. « Aux États-Unis, la baisse du nombre d’usines nucléaires s’est nivelée et les usines existantes voient leur cycle de vie prolongé grâce à une fiabilité remarquable et à une demande en énergie qui continue de croître », a dit M. McNally.

« Si l’énergie nucléaire est encore controversée dans certaines parties du monde, nous voyons le nombre d’installations progresser dans des endroits comme l’Europe de l’Est ou le Moyen-Orient », a-t-il ajouté.

Ratés

 

Créé à la fin du XIXe siècle par Thomas Edison, General Electric a longtemps représenté l’un des fleurons de l’industrie américaine, avec une présence dans de nombreux secteurs, du transport d’électricité à la finance en passant par les médias ou l’informatique. On lui doit, entre autres, la popularisation de l’ampoule électrique à filament, de la lampe à fluorescence, de la transmission radio, du réfrigérateur, du silicone, du réacteur d’avion, du pilotage automatique des avions et du réacteur nucléaire civil. Jusqu’au début des années 2000, et avant l’avènement boursier de géants technologiques comme Apple, Amazon ou Google, le conglomérat a même détenu, à diverses reprises, la plus grosse capitalisation de Wall Street, pesant presque 600 milliards de dollars.

Mais l’entreprise, basée à Boston, a payé au prix fort des acquisitions ratées, dont celle de la société de prêts hypothécaires WMC en 2004 et du pôle Énergie de la multinationale française Alstom en 2015.

La branche financière de GE a, elle, accusé le coup en 2008, au plus fort de la crise dite des « subprimes », en raison d’investissements risqués dans l’immobilier commercial.

L’entreprise a été retirée en 2018 du Dow Jones, indice de référence à Wall Street, dont elle faisait partie depuis 111 ans.

M. Culp a été nommé à la tête de GE en octobre 2018 pour tenter de redresser la barre, s’engageant notamment à alléger la dette de l’entreprise.

Mardi, GE a rappelé son objectif d’avoir réduit ce fardeau de 75 milliards de dollars à la fin de 2021 par rapport à la fin de 2018, date à laquelle la dette s’élevait à 110 milliards.

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