Les réalités multiples de l'écart salarial entre le Québec et l'Ontario

Les causes ne sont pas aussi simples qu’il n’y paraît, et les solutions ne sont pas celles que propose le gouvernement Legault.
iStock Les causes ne sont pas aussi simples qu’il n’y paraît, et les solutions ne sont pas celles que propose le gouvernement Legault.

Le retard salarial du Québec sur l’Ontario n’est pas ce que l’on croit, ses causes pas aussi simples qu’il n’y paraît, et ses solutions pas celles que le gouvernement Legault propose, conclut une étude.

Plus du quart de l’écart salarial entre les employés à temps plein des secteurs privés des deux économies tient au choix des Québécois d’avoir des semaines de travail un peu plus courtes que celles des Ontariens, rapporte l’Institut du Québec (IdQ) dans une étude sur la question dévoilée jeudi. Pour le reste, la meilleure façon de réduire ce retard n’est pas de concentrer les efforts sur une hausse du nombre d’emplois les plus payants, mais de chercher à augmenter la productivité et les revenus de tous les travailleurs.

Le premier ministre François Legault s’est promis de réduire l’écart salarial entre le Québec et l’Ontario. Ce retard serait de 11,8 % pour les employés à temps plein du secteur public, note le rapport de l’IdQ. Mais comme il parle de relever un salaire annuel moyen qui serait de 56 000 $ au Québec, il faut en déduire qu’il pense plutôt aux travailleurs du secteur privé, où le retard du Québec était de 8,8 % en 2019.

Comme plus du quart de ce retard (28 %) tient au fait que dans le régime à temps plein, les employés québécois travaillent en moyenne plus d’une heure de moins par semaine — apparemment par choix — que les employés ontariens (38,7 heures contre 39,6 heures), il faudrait plutôt parler d’un écart de 6,8 %. Si le poids relatif de chacune des industries était le même au Québec qu’en Ontario, on tomberait à 5,8 %, poursuit l’IdQ.

Comme il est plus question, dans cette étude, de comparer les performances économiques du Québec et de sa province voisine que le niveau de bien-être de leurs travailleurs respectifs, le coût de la vie plus élevé en Ontario n’a pas été pris en compte dans tous ces calculs, ont expliqué au Devoir les auteurs de l’étude. Mais si cela avait été fait, l’écart entre les salaires horaires aurait fondu de 4 points de pourcentage, estiment-ils.

Nuances et complexité

« Tout cela montre l’importance de ne pas s’arrêter à de grandes moyennes et de creuser un peu les chiffres pour voir apparaître des nuances et comprendre que la réalité est diversifiée, et que certains écarts peuvent être le résultat de choix », a expliqué en entretien téléphonique la présidente-directrice générale de l’IdQ, Mia Homsy.

Abstraction faite des écarts dans le coût de la vie, un peu moins des deux tiers du retard qu’accusent les salaires à temps plein au Québec tiennent à des salaires horaires de 2 % (fabrication de biens durables), de 8 % (services professionnels, scientifiques et techniques), de 12 % (commerce de détail) et même de 19 % (administration publique) supérieurs en Ontario. Les rares secteurs où les Québécois ont l’avantage, comme la construction (+3 %) et les services d’enseignement (+8 %), ne sont pas assez nombreux pour compenser.

Le retard semble tenir aussi à la taille des entreprises. Les plus grandes versent, en effet, des salaires horaires moyens (29,64 $) plus élevés que les plus petites (22,09 $). On remarque qu’elles représentent une plus grande part des emplois du secteur privé en Ontario (45,9 %) qu’au Québec (38,7 %).

Prenant acte de la volonté du gouvernement Legault d’augmenter le nombre de « jobs payantes » au Québec, les experts de l’IdQ s’inquiètent de le voir accorder tellement d’importance à cette moyenne de 56 000 $ par année qu’il lui arrive de laisser entendre que son aide sera réservée aux entreprises à même d’offrir plus.

Ils rappellent notamment qu’une telle attitude exclurait près des deux tiers des travailleurs à temps plein du secteur privé et même plus de 80 % dans certains secteurs comme le commerce de détail et le secteur agroalimentaire. Ils soulignent que plusieurs emplois bien payés dépendent de l’existence d’autres emplois plus faiblement rémunérés, souvent dans la même entreprise. Ils font valoir que l’approche gouvernementale favoriserait les grandes entreprises alors que l’objectif devrait plutôt être d’aider les PME à réduire leur retard.

« La finalité est bonne, mais à trop vouloir être mécanique dans son approche, le gouvernement court le danger important de faire beaucoup de perdants », prévient Mia Homsy.

Il serait plus avisé de chercher à relever les salaires de tout le monde, estime l’IdQ. Et le meilleur moyen à long terme est de stimuler l’innovation et la productivité tout en favorisant la formation de la main-d’œuvre, l’investissement en capital et la transition énergétique.

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