La relance dans l’oeil d’Isabelle Hudon

Depuis l’Hexagone, Isabelle Hudon estime avoir appris de l’expérience des dirigeants français voulant contribuer à ce que la France ressorte plus forte de cette pandémie. «Ça m’a beaucoup interpellée et c’est ce qui m’a motivée à me dire: “comment est-ce que je pourrais continuer à servir mon pays d’une façon ou d’une autre?”» explique-t-elle, aujourd’hui à la tête de la BDC.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Depuis l’Hexagone, Isabelle Hudon estime avoir appris de l’expérience des dirigeants français voulant contribuer à ce que la France ressorte plus forte de cette pandémie. «Ça m’a beaucoup interpellée et c’est ce qui m’a motivée à me dire: “comment est-ce que je pourrais continuer à servir mon pays d’une façon ou d’une autre?”» explique-t-elle, aujourd’hui à la tête de la BDC.

Le cœur de la relance sera « de mieux reconstruire » notre économie, plaide la présidente et cheffe de la direction de la Banque de développement du Canada (BDC), Isabelle Hudon. Les défis sont nombreux, mais les occasions le sont tout autant, insiste la première femme à diriger l’institution, revenue cet été de Paris après avoir été ambassadrice du Canada à Monaco et en France pendant quatre ans.

« Quand la pandémie est arrivée, j’étais encore en France et je commençais à réfléchir à ce que serait mon prochain défi. Je savais que je voulais revenir dans le milieu économique, à mes premiers amours », raconte Isabelle Hudon.

Depuis l’Hexagone, Mme Hudon estime avoir appris de l’expérience des dirigeants français voulant contribuer à ce que la France ressorte plus forte de cette pandémie. « Ça m’a beaucoup interpellée et c’est ce qui m’a motivée à me dire : “comment est-ce que je pourrais continuer à servir mon pays d’une façon ou d’une autre ?” » explique-t-elle, aujourd’hui à la tête de la BDC, société de la Couronne qui contribue au développement des petites et moyennes entreprises canadiennes (PME), en leur offrant du financement et du service-conseil.

Solution viable ?

Si le ciel s’éclaircit peu à peu, certains nuages continuent de faire de l’ombre à la relance pour le monde des affaires. « Quand on sonde nos PME, nos clients, le premier défi, c’est la pénurie de main-d’œuvre », souligne Mme Hudon.

« Sur cet aspect, je pense qu’on peut aider nos entreprises à réfléchir à l’intégration de technologies pour pallier la pénurie », ajoute celle qui a déjà dirigé la Chambre de commerce du Montréal métropolitain aux débuts des années 2000. « À cette époque, il y avait un taux de chômage très élevé, et on était dans une situation économique très différente. On ne pouvait pas dire ce que je vais dire là : mais maintenant, on doit réfléchir à comment la technologie peut venir remplacer des emplois », croit Mme Hudon.

Selon elle, l’ensemble des secteurs doit réfléchir à l’automatisation, mais l’enjeu est encore plus pressant pour certains, comme le milieu du détail. « Prenons l’exemple des caisses automatiques dans une pharmacie ou dans n’importe quel commerce. C’est fort agréable de se faire accueillir par quelqu’un, mais maintenant, on peut aussi soi-même scanner ses objets et régler sa facture, sans qu’il y ait d’interaction humaine », illustre-t-elle.

« Pour certains petits commerces, l’intégration de technologies, ça veut dire une ou deux personnes en moins. Mais pour d’autres entreprises dans le manufacturier, ou dans de grosses usines, l’impact est encore plus important sur le nombre d’emplois qu’on peut remplacer », plaide Mme Hudon.

Diversité et parité

Une meilleure économie doit aussi être plus juste et plus inclusive, selon Isabelle Hudon, autant sur le plan de la parité que sur celui de la diversité. Et pour elle, cela passe par les objectifs qu’une institution se donne à elle-même et par le service fourni auprès de ses clients.

« Depuis mon arrivée, le comité de direction est presque paritaire », se félicite Mme Hudon, nuançant toutefois qu’il reste des efforts à faire. « Comme institution financière, je veux aussi qu’on accélère notre pénétration des marchés moins bien desservis, entre autres : les femmes entrepreneures, les Autochtones et la communauté noire », des clientèles qui, en plus de faire face aux mêmes défis que tous les entrepreneurs, doivent également surmonter des obstacles additionnels — notamment en raison parfois d’un manque d’historique de crédit ou d’une littératie financière moins étayée, explique la dirigeante de la BDC.

La question de la représentation des femmes est un enjeu cher à Mme Hudon, elle qui a cofondé L’effet A, une initiative visant à promouvoir la place des femmes dans le milieu du travail.

Que pense-t-elle alors du projet de loi du gouvernement Legault visant une parité dans les conseils d’administration des sociétés d’État et qui pourrait coûter le poste de certaines administratrices au sein de conseils où la représentation féminine excède 60 % — comme celui d’Hydro-Québec ? « Ça va être intéressant de voir comment ils vont gérer ça, note Mme Hudon, qui a elle-même déjà siégé au conseil d’Hydro-Québec par le passé. Moi, j’ai toujours dit que mon activisme sur le front de l’égalité femmes-hommes est lié au fait que je veux qu’il y ait une meilleure représentation des femmes, mais je ne veux pas non plus qu’on aille à l’autre extrême, et qu’on féminise à 100 % toutes les organisations. La plus grande richesse d’une équipe réside dans sa diversité de genres et d’expertises. Moi, je pense que c’est important qu’on garde cette zone paritaire entre 40 % et 60 %. »

Le virage vert du secteur privé

Un autre enjeu de taille pour une meilleure relance est le virage vert, croit Isabelle Hudon. Et pour aider les entreprises à emprunter ce virage, « on doit être là financièrement pour les appuyer dans leurs actions et contribuer à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre », note Mme Hudon, selon qui il faut aussi « donner aux PME une meilleure visibilité des actions qu’elles peuvent entreprendre. »

On doit être là financièrement pour appuyer les entreprises dans leurs actions et contribuer à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre [...] et donner aux PME une meilleure visibilité des actions qu’elles peuvent entreprendre

 

« Au début, je me demandais si on allait vraiment apprendre de cette pandémie. Il y a des cicatrices réelles, j’en conviens, mais il y a aussi de belles et bonnes leçons à en tirer. » La BDC et les entreprises avec lesquelles elle travaille doivent repenser à l’impact qu’elles ont autrement que par leur performance financière uniquement, croit la dirigeante de l’institution. « Réfléchir à notre impact sur le climat en est un exemple », conclut-elle.

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