Une hausse des prix du lait recommandée

Les coûts associés aux aliments pour animaux, à l’énergie et aux engrais ont tous été particulièrement touchés.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les coûts associés aux aliments pour animaux, à l’énergie et aux engrais ont tous été particulièrement touchés.

La Commission canadienne du lait (CCL) recommande une augmentation de 8,4 % des prix du lait à la ferme, une hausse importante qui devrait faire croître le coût des produits laitiers sur les tablettes des épiceries au cours de la nouvelle année.

La société d’État fédérale a indiqué que l’augmentation des prix devrait être approuvée par les autorités provinciales le mois prochain et entrer en vigueur le 1er février.

Selon la CCL, la hausse des prix pour les transformateurs aidera à contrebalancer la hausse des coûts de production attribuable à la pandémie de COVID-19. Les coûts associés aux aliments pour animaux, à l’énergie et aux engrais ont tous été particulièrement touchés, a précisé la CCL, ce qui a fait chuter les revenus des agriculteurs en deçà de leur coût de production.

« On observe que les coûts de production augmentent très rapidement alors que les revenus de ne suivent pas », a mentionné en entrevue la directrice des services corporatifs à la CCL, Chantal Paul.

« On avait l'impression qu'il y avait un réel besoin de procéder à une importante augmentation cette année pour ramener un meilleur équilibre entre les dépenses et les revenus des producteurs », a-t-elle ajouté.

Soutien augmenté

Le directeur du Laboratoire des sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, a souligné que la hausse des prix était presque deux fois plus élevée que son record précédent, de 4,52 %, établi en 2017.

Selon lui, le prix de détail du lait dans les épiceries pourrait augmenter jusqu’à 10 %, tandis que les prix des produits laitiers, comme le beurre, le fromage et le yogourt, pourraient progresser de jusqu’à 15 %.

Le jeu des prédictions demeure toutefois un exercice difficile puisque, comme le souligne M. Charlebois, les produits laitiers sont souvent vendus à perte par les grandes bannières alimentaires qui s'en servent comme produits d'appel pour attirer les consommateurs.

Pendant ce temps, la commission laitière dit qu’elle reconnaît également une hausse de 5 % des coûts de transformation du lait, entre autres pour le conditionnement, la main-d’œuvre et le transport.

Pour tenir compte de ces changements, la CCL a précisé que son prix de soutien du beurre pour ses programmes d’entreposage augmentera de 12,4 %.

Cette autre hausse n'est pas à négliger, prévient Sylvain Charlebois.

« De 2016 à 2021, la hausse pour le beurre s'est élevée à 12 % pour l'ensemble de ces cinq années. Ça donne une idée de l'importance de la hausse demandée pour l'an prochain », compare-t-il.

Malgré l'ampleur de la hausse annoncée, le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron, soutient que celle-ci ne permettra de compenser qu'en partie la croissance des coûts de production associés au carburant, à la machinerie et à l'alimentation des animaux.

M. Lampron indique que la hausse de prix demandée pour le lait demeure plus faible que l'inflation qui touche de nombreux autres produits alimentaires depuis le début de la pandémie.

L'indice des prix à la consommation indique une croissance de 7,4 % chez les produits laitiers depuis cinq ans, alors que la viande a connu une croissance de 11,8 %, que les œufs ont subi une hausse de 20,6 % et que le poisson a augmenté de 7,7 %.

D'autres aliments ont vu leur prix exploser au cours des derniers mois, d'après Statistique Canada. On parle notamment de 10 % en six mois pour le coût de la viande alors que l'inflation sévit au pays cette année.

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