Vers une gestion plus humaine des organisations?

Un grand travail reste à faire dans plusieurs secteurs traditionnellement masculins pour atteindre une meilleure représentation entre les hommes et les femmes.
Photo: iStock Un grand travail reste à faire dans plusieurs secteurs traditionnellement masculins pour atteindre une meilleure représentation entre les hommes et les femmes.

La pandémie a entraîné un certain changement de culture dans des organisations, qui ont commencé à plus se préoccuper du bien-être de leurs employés. Plusieurs veulent maintenant s’engager dans cette voie sur plusieurs années, un phénomène « très nouveau », affirme une spécialiste.

« On n’a jamais eu autant de demandes d’organisations pour les aider à mesurer ce qu’elles font pour le bien-être de leurs employés », souligne Marie-Claude Pelletier, présidente et fondatrice du réseau Global-Watch, une plateforme collaborative internationale de bonnes pratiques en santé et en qualité de vie au travail. « On nous demande de proposer des plans sur les prochaines années. C’est très nouveau », ajoute-t-elle.

Ces questions soulèvent aussi des préoccupations sur la scène internationale. « Le forum économique mondial à Davos a appelé les dirigeants d’entreprise à faire attention à la santé du capital humain dans les organisations, dit-elle. Il y a un comité qui s’est mis en branle pour ajouter aux conseils d’administration des représentants de la santé et du personnel, afin de prendre en considération ce nouveau risque qui est beaucoup plus présent qu’auparavant. »

On n’a jamais eu autant de demandes d’organisations pour les aider à mesurer ce qu’elles font pour le bien-être de leurs employés

Marie-Claude Pelletier a fait part de ces constats dans le cadre d’un symposium organisé sous le thème « Féminisation du leadership », qui a réuni cette semaine des chercheurs, des gens d’affaires et des leaders des milieux politique, économique et social. L’idée derrière ? Voir comment les entreprises peuvent être plus diversifiées et intégrer un leadership plus humain et bienveillant dans les organisations, des traits habituellement associés aux femmes.

« C’est un catalyseur. Nous voulons mettre ensemble tous ces esprits et avoir une voix porteuse », lance une des organisatrices, Élisabeth Deschênes, de ZA Cabinet d’architecture de marques et communication.

Plusieurs dirigeants d’organisation ont noté la mise en place, de façon accélérée, d’une « culture de la bienveillance », dans laquelle, dans l’urgence, les employés et les gestionnaires ont pris soin les uns des autres. Mais la préserver sera un défi, estime-t-on.

Femmes sous-représentées

Un grand travail reste également à faire dans plusieurs secteurs traditionnellement masculins pour atteindre une meilleure représentation entre les hommes et les femmes.

La semaine dernière, Josée Dufour, présidente et fondatrice d’Axiomatech, une entreprise spécialisée en ingénierie du bâtiment, a reçu des images « inappropriées » d’un fournisseur, dont elle se « serait bien passée ». « Ma journée a continué, mais plus tard quelqu’un m’a dit : “Voyons Josée, c’était une agression”, raconte-t-elle. J’ai répondu que j’étais tellement habituée d’entendre des propos grossiers et de voir des cochonneries. » Selon elle, il y a une grande banalisationde la violence dans l’industrie de la construction.

Il n’y a pas seulement de la violence verbale ou psychologique, ajoute-t-elle. « Il y a des violences sexuelles, il y a encore des viols sur les chantiers », dit-elle.

L’industrie de la construction est composée d’un maigre 2,7 % de femmes, et elles sont 54 % à abandonner leur métier après cinq ans, contre 40 % des hommes. « C’est un milieu très dur, agressif et macho, lance-t-elle. C’est une industrie où on va privilégier l’embauche d’hommes principalement blancs, francophones et catholiques. »

Du travail reste également à faire dans l’industrie du jeu vidéo et du divertissement, même s’il y a eu des avancées depuis cinq ans grâce à des mesures incitatives, note Brigitte Monneau, directrice générale de Pôle Synthèse. « Les personnes qui conçoivent et produisent ces créations doivent refléter la société », dit-elle, étant donné leur impact majeur. L’industrie du jeu vidéo est à la traîne. « Sur 120 jeux, il y en aura 115 où le héros est masculin et 5 où c’est une héroïne », dit-elle.

Changer les choses est un travail continu et les organisatrices du symposium comptent en organiser un deuxième en septembre de l’année prochaine, qui permettra de faire à nouveau le point. « Ça permet de créer un éveil des consciences chez tous les acteurs », affirme Danièle Bergeron, de la Société des leaders de marques. Elle espère qu’il y aura plus de dirigeants d’entreprise masculins présents lors de la prochaine rencontre. D’ici là, une « DéclarAction » avec des recommandations sera écrite et diffusée à la fin du mois de janvier, notamment aux différents ordres de gouvernement.

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