Le prix du carbone grimpe, mais pas assez vite et pas assez haut

Parmi les prix des différentes formes de tarification du carbone, on constate de grands écarts entre des secteurs. Celui du transport routier plafonne parmi les plus élevés avec 126,50$ la tonne de CO2, alors que celui de l’industrie est à seulement 5,40$.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Parmi les prix des différentes formes de tarification du carbone, on constate de grands écarts entre des secteurs. Celui du transport routier plafonne parmi les plus élevés avec 126,50$ la tonne de CO2, alors que celui de l’industrie est à seulement 5,40$.

C’est l’un des grands regrets de ceux qui connaissent l’influence du marché et qui voient avec quelle difficulté progresse la lutte existentielle contre les changements climatiques. Il s’agit, bien sûr, de notre réticence à attribuer aux émissions de gaz à effet de serre (GES) un prix qui serait proportionnel aux dommages qu’elles infligent à la planète ou, à tout le moins, qui forcerait les changements de comportements nécessaires avant qu’il ne soit trop tard.

Chaque fois que les experts se penchent sur la question, ils arrivent à la même conclusion. L’un des meilleurs moyens d’inciter les consommateurs, les entreprises et les nations à réduire leurs émissions de GES est d’y accoler un prix qui pèsera ensuite sur chacune de leurs décisions, encourageant l’économie d’énergie et la recherche de voies de rechange plus vertes. Le plus beau dans cette idée est que, dans le cas d’une taxe carbone, on peut, par la suite, utiliser ses recettes comme on veut, y compris pour financer le virage vert ou, comme à Ottawa, les retourner dans la poche des ménages.

Mais bon, il ne suffit apparemment pas qu’une idée soit bonne pour qu’elle fasse rapidement son chemin, a constaté mercredi un nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les pays du G20, qui comptent pour 80 % des émissions mondiales.

Si l’on additionne les taxes carbone, le coût des systèmes de quotas d’émissions comme au Québec et même les taxes et droits d’accise qui s’appliquent aux carburants, on constate que seulement la moitié (49 %) des émissions de GES y font l’objet d’une forme ou l’autre de tarification du carbone, contre 37 % en 2018. Cette moyenne cache de grands écarts entre des secteurs comme les transports (94 %), la production d’électricité (64 %), l’industrie (24 %) ou le bâtiment (21 %), ainsi qu’entre les pays, le Canada (88 %) faisant office de chef de file en la matière, comme la Corée du Sud (97 %) et l’Allemagne (88 %), contrairement à la Chine (48 %), aux États-Unis (38 %) et au Brésil (8 %).

Le prix total de ces différentesformes de tarification du carbonen’a quant à lui pas tellement bougé, passant d’une moyenne de 17 euros (24,40 $CA) par tonne de CO2 en 2018 à 19 euros (27,30 $) aujourd’hui. Là encore, on constate de grands écarts entre des secteurs comme le transport routier (126,50 $), le bâtiment (10,50 $) ou l’industrie (5,40 $), ainsi qu’entre les pays, comme le Royaume-Uni (138 $), l’Italie (135 $) et la France (133,60 $) d’un côté, et les États-Unis (21,90 $), l’Inde (20,75 $) et la Chine (12,30 $) de l’autre. Le Canada se trouve quelque part dans le milieu, avec un prix total moyen du carbone de 58,15 $ (40,47 euros).

Loin du compte

 

Tout cela reste généralement loin du compte, non seulement en ce qui concerne les secteurs couverts, mais aussi en ce qui concerne les prix. Si les estimations des experts varient beaucoup à ce chapitre, observait ce printemps l’OCDE, ils sont nombreux à dire qu’il faudrait être arrivé à 120 euros (172,50 $) la tonne de CO2 en 2030 pour avoir des chances d’arriver à la carboneutralité pour 2050. Les plus pessimistes quant aux progrès de la technologie parlent du double, alors que ceux qui veulent que ce prix reflète les coûts sociaux et environnementaux des changements climatiques le fixaient déjà à 260 $ la tonne en 2016.

Mais ne risque-t-on pas de porter un terrible coup à la compétitivité de ses propres entreprises ou de les encourager à aller produire ailleurs si on leur impose une tarification carbone plus salée ? Pas si l’on frappe d’une taxe compensatoire à la frontière les biens produits dans les pays où le prix du carbone ne serait pas suffisamment élevé, comme plusieurs se promettent déjà de le faire, notamment en Europe. De tels « ajustements carbone aux frontières » pourraient aussi tenir compte des coûts économiques infligés par une réglementation environnementale plus ou moins sévère que la sienne, expliquait-on la semaine dernière dans le site spécialiséResources for the Future.

Bien conçues, ces taxes aux frontières pourraient même inciter les pays récalcitrants à augmenter leur propre tarification carbone plutôt que de voir leurs exportateurs devoir verser la différence à des pays étrangers, faisait valoir mercredi l’OCDE. À condition évidemment que ces récalcitrants ne soient pasdes géants, comme les États-Unis ou la Chine, auquel cas on s’expose surtout à des représailles commerciales.

 

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