Canada Carbon pourra explorer des terres agricoles dans les Laurentides

Le graphite produit par l’entreprise vancouvéroise permettrait de répondre à une demande mondiale grandissante pour la fabrication de batteries au lithium-ion et de conducteurs électriques.
Photo: iStock Le graphite produit par l’entreprise vancouvéroise permettrait de répondre à une demande mondiale grandissante pour la fabrication de batteries au lithium-ion et de conducteurs électriques.

La minière Canada Carbon détient les autorisations pour entamer l’exploration sur un territoire agricole de près 58 hectares dans le cadre de son controversé projet minier de graphite situé dans la municipalité de Grenville-sur-la-Rouge.

La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) — organisme provincial chargé de l’application de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles — a donné le feu vert à la minière de Vancouver, à la mi-septembre.

Sous certaines conditions, Canada Carbon pourra donc, au cours des deux prochaines années, explorer un territoire d’une superficie de 57,89 hectares sur des terres agricoles, là où se trouvent des érables à sucre.

Le graphite produit permettrait de répondre à une demande mondiale grandissante pour la fabrication de batteries au lithium-ion et de conducteurs électriques. Traité et valorisé, le minerai pourrait atteindre le « grade de pureté nucléaire » d’une « très haute valeur économique », qui lui permettrait de servir à la fabrication de réacteurs nucléaires de nouvelle génération, comme les petits réacteurs nucléaires, selon l’entreprise.

Or, l’exploration sur des terres agricoles continue de susciter des craintes. Dans une lettre envoyée à la CPTAQ le 20 août dernier, la division Outaouais-Laurentides de l’Union des producteurs agricoles (UPA) indique être « en désaccord avec l’orientation préliminaire » de la CPTAQ.

L’entreprise minière de Vancouver a minimisé le « potentiel acéricole » présent sur « presque la totalité du site visé par la demande », indique l’UPA, qui déplore également l’impact environnemental « du traitement à l’acide du minerai » sur la nappe phréatique, si le projet va de l’avant.

« Le sol fertile repose sur une roche-mère granitique fissurée d’étanchéité très variable, le risque de déversement et de contamination de la nappe de surface et phréatique est donc élevé », écrit-on.

Cet aspect a été « rapidement esquivé » dans les documents déposés par Canada Carbon, estime l’UPA. « Pourtant, l’improvisation n’a pas sa place dans l’utilisation d’un procédé de concentration utilisant des acides. »

Une poursuite

Le projet Miller de Canada Carbon suscite la controverse depuis de nombreuses années. En 2018, Grenville-sur-la-Rouge a adopté un règlement qui interdit l’activité extractive sur son territoire. Dans les semaines qui ont suivi, Canada Carbon a déposé une poursuite de 96 millions de dollars contre la municipalité.

En février 2020, après deux ans de procédures judiciaires, l’entreprise et la Ville sont parvenues à une entente. La société d’exploration s’est alors engagée à soumettre le projet Miller à un examen par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

Tom Arnold, maire de Grenville-sur-la-Rouge, rappelle qu’une partie de la population s’oppose toujours au projet. « Je pense que, pour éviter de recevoir des obligations du gouvernement [du Québec], la CPTAQ a décidé d’être sage, de leur laisser terminer les études nécessaires afin de faire une nouvelle demande. C’est lors de la nouvelle demande qu’on verra comment va réagir la CPTAQ. »

Dans sa décision, la CPTAQ exprime plusieurs réserves en ce qui concerne le projet minier. Elle impose des conditions quant au déroulement de l’exploration. Si elle autorise l’exploration pour une période de deux ans, elle a par ailleurs refusé la demande d’un droit d’exploitation pour une période de 25 ans. Ces restrictions, Tom Arnold les voit d’un bon œil. « Mais ce qui est triste, c’est que ça a été la municipalité, nos citoyens, qui ont dû payer pour faire les études qui permettent de dévoiler le réel impact du projet à la Commission et à l’UPA. »

« Je ne sais pas ce qui manque là-bas [à la CPTAQ] pour comprendre le danger dans ce type de projet là. Et ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas les experts pour les aider », dit-il.

Norman Éthier, un des porte-parole de SOS Grenville-sur-la-Rouge, perçoit aussi positivement ces conditions : « La menace reste, mais dans les faits, elle est moins forte qu’elle l’était. »

M. Éthier rappelle que l’entreprise a connu de nombreuses transformations au cours des dernières années et des dernières semaines. Rien n’indique qu’elle pourra mener à terme son projet, selon lui. « Ça donne l’impression que l’entreprise bat de l’aile. »

Administrateur de la société, le sénateur conservateur Michael L. MacDonald, qui était vice-président d’un comité sénatorial qui étudiait un projet de loi devant encadrer l’évaluation environnementale du secteur des ressources, a démissionné du CA en 2018.

En 2020, à la suite du décès du fondateur et p.-d.g. Bruce Duncan, son épouse, Olga Nikitovic, a pris la tête de l’entreprise. Elle a annoncé la semaine dernière son départ de la direction pour des raisons « familiales personnelles ». Elle quittera officiellement ses fonctions le 15 décembre prochain. L’entreprise n’a pas donné suite aux appels du Devoir.

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