La Banque du Canada fera «son travail» pour freiner l’inflation

Le gouverneur de la banque centrale, Tiff Macklem, dévoilait mercredi l’édition automnale de son rapport.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le gouverneur de la banque centrale, Tiff Macklem, dévoilait mercredi l’édition automnale de son rapport.

La Banque du Canada fera « son travail » devant la menace d’inflation, a-t-elle assuré au moment d’annoncer une accélération du retour à la normale de sa politique monétaire.

Le gouverneur de la banque centrale canadienne avait un message à faire passer mercredi. « Je veux assurer aux Canadiens que nous pouvons et que nous allons garder l’inflation sous contrôle, a martelé Tiff Macklem en conférence de presse lors du dévoilement de l’édition automnale de son Rapport sur la politique monétaire. Nous comprenons en quoi consiste notre travail. Notre travail est de nous assurer que les hausses de prix auxquelles nous assistons dans plusieurs domaines ne se traduisent pas en inflation. Et nous ferons notre travail. »

Si la Banque n’était pas encore prête à commencer à relever le loyer de l’argent au Canada — son taux directeur ayant été maintenu à son niveau plancher de 0,25 % —, elle a toutefois avancé le moment probable de son premier relèvement.

D’abord fixé, durant les jours les plus sombres de la crise, à 2023, le début de cette remontée des taux d’intérêt avait été ramené, ce printemps, à la seconde moitié de 2022. Ces « indications prospectives » sont désormais fixées au milieu de l’année prochaine, c’est-à-dire « quelque part entre avril et septembre » 2022, a précisé Tiff Macklem.

Pour le moment, la Banque du Canada met fin à ses injections exceptionnelles de liquidités dans le marché financier. Réduit graduellement de 5 milliards par semaine à 2 milliards, son programme d’assouplissement quantitatif se contentera désormais de racheter des obligations du gouvernement fédéral au même rythme que celles qu’elle détient déjà arriveront à échéance, soit à un rythme moyen de 4 à 5 milliards par mois. Le bilan de la Banque a presque été multiplié par cinq depuis le début de la pandémie de COVID-19, et il s’élève actuellement à environ 500 milliards.

Envolée des prix

 

La Banque du Canada a admis mercredi que l’inflation « devrait rester plus élevée pendant plus longtemps » que ce qu’elle avait prévu en juillet, dans la version précédente de ses prévisions économiques.

Aujourd’hui, elle s’attend à ce qu’elle flirte avec les 5 % d’ici la fin de l’année avant de commencer à redescendre lentement autour de sa cible de 2 % vers la fin de 2022.

Attribuables pour plus des deux tiers à la poussée des prix de l’énergie, aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et à d’autres « goulots d’étranglement » qui contraignent la reprise, ces hausses de prix ne semblent heureusement toujours pas se transmettre à des facteurs plus généraux, comme les salaires ou les attentes des consommateurs et des entreprises.

500
C’est le bilan de la Banque, en milliards de dollars, qui a presque été multiplié par cinq depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Les contraintes logistiques et économiques qui soufflent sur les braises inflationnistes viennent aussi plomber le redémarrage des économies canadienne et mondiale, a remarqué la Banque du Canada.

 

En dépit d’un beau rebond en seconde moitié d’année après un passage à vide au deuxième trimestre, cette dernière se voit forcée de réviser fortement à la baisse ses prévisions de croissance économique du mois de juillet pour le Canada, de 6 % à 5,1 % cette année et de 4,6 % à 4,3 % l’an prochain, avant d’entrevoir un renversement de situation en 2023 (de 3,3 % à 3,7 %).

Quelques embûches

 

« Je suis agréablement surpris des progrès de notre économie depuis le début de la crise », a tout de même déclaré Tiff Macklem, soulignant notamment les progrès de la vaccination. « Nous n’avions jamais fermé et rouvert l’économie auparavant, alors il fallait nous attendre à quelques embûches. »

C’est largement le même phénomène qui se produit dans le marché de l’emploi, selon la Banque du Canada. Là encore, on peut constater, et s’en réjouir, un retour au nombre d’emplois d’avant la pandémie et un récent rattrapage de la part de travailleurs plus affectés par la crise, comme les femmes et les jeunes.

Je suis agréablement surpris des progrès de notre économie depuis le début de la crise

 

D’un autre côté, les travailleurs vulnérables tirent encore de l’arrière et le nombre de chômeurs à long terme se maintient à des niveaux records. Paradoxalement, le problème de rareté de main-d’œuvre s’est aussi exacerbé. Mais, là encore, Tiff Macklem croit « qu’il faut simplement du temps pour que les employeurs trouvent du personnel ayant les qualifications désirées et que les travailleurs dénichent l’emploi qui leur convient ».

Hausse des taux d’intérêt

L’annonce d’un relèvement plus rapide que prévu du taux directeur de la Banque du Canada a surpris mercredi les marchés financiers comme les analystes. « C’est le retour des temps normaux », a indiqué l’économiste en chef de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, qui dit s’attendre désormais à ce que le taux de la Banque passe de 0,25 % à son niveau prépandémique de 1,75 % « pour la fin 2022 ou le début 2023 », soit un peu plus tôt que les prévisions de ses confrères de la Banque Nationale, qui parlent maintenant d’une hausse totale des taux d’intérêt d’un point de pourcentage en 2022.

 

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