Des trous dans le filet de la formation continue

On savait déjà que l’automatisation, les technologies numériques et le vieillissement de la population étaient en voie de bouleverser le marché du travail, mais la pandémie a accéléré ces tendances.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne On savait déjà que l’automatisation, les technologies numériques et le vieillissement de la population étaient en voie de bouleverser le marché du travail, mais la pandémie a accéléré ces tendances.

Trop de travailleurs glissent encore « entre les mailles » des politiques de formation continue, constate une étude, dont justement ceux qui ont le plus besoin d’aide.

« Alors que le marché du travail est en train de se remettre de la pandémie, la formation des adultes sera un facteur clé dans la capacité des individus de s’adapter aux nouvelles compétences qui y seront requises », ont observé les auteurs d’une nouvelle étude sur le sujet dévoilée par l’Institut C.D. Howe mardi. Or, « toujours sans vision d’ensemble de la formation tout au long de la vie, le Canada tire encore de l’arrière par rapport aux meilleurs pays en matière d’aide au développement des compétences. [Quant] aux chômeurs de longue durée et aux travailleurs faiblement qualifiés, ils glissent entre les mailles ».

On savait déjà que l’automatisation, les technologies numériques et le vieillissement de la population étaient en voie de bouleverser le marché du travail, y rappelle-t-on. Puis est survenue la pandémie, qui a accéléré ces tendances en plus de semer dans son sillage un cortège de chômeurs dont plusieurs sont maintenant sans emploi depuis des mois.

On devrait normalement pouvoir compter sur les programmes d’aide à la formation professionnelle, comme cette nouvelle Allocation canadienne pour la formation (ACF) mise sur pied en 2019 ou ces 2,5 milliards de dollars d’investissement en cinq ans dans le développement des compétences promis dans le dernier budget fédéral. Seulement, l’ACF ne s’adresse pas aux personnes sans emploi qui cherchent une façon de réintégrer le marché du travail, et les montants offerts (250 $ par année) peuvent paraître bien chiches.

Quant aux milliards des programmes de développement des compétences, ils passent largement par les entreprises, qui ont tendance, en la matière, à privilégier leurs employés les plus qualifiés, parce qu’offrir aussi de la formation continue aux autres représente un retour sur investissement moins intéressant. Pourtant, c’est loin d’être le cas pour la société, non seulement en matière de croissance économique et de productivité, mais aussi en ce qui concerne les retombées sociales.

Les données pour voir clair

Dans ce contexte, dit le C.D. Howe, le Canada devrait s’inspirer des meilleurs dans le domaine, comme les pays d’Europe du Nord, l’Allemagne ou Singapour, en se donnant une vision d’ensemble et en offrant, si nécessaire, directement de l’aide aux travailleurs plus vulnérables ou plus à risque. Mais, pour ce faire, il devra commencer par collecter les données qui lui manquent encore et toujours pour avoir une image précise de la situation sur le terrain comme de l’efficacité de ses politiques.

250$
C’est le montant annuel offert aux personnes sans emploi qui cherchent une façon de réintégrer le marché du travail.

Ce manque de données, pourtant élémentaires, découle notamment d’une autre lacune, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir Emna Braham, directrice adjointe de l’Institut du Québec. Le monde de la formation professionnelle est autrement plus riche et diversifié que celui des écoles ou même celui des universités. Il y reste encore beaucoup de travail à faire pour définir les mille et une compétences possibles et établir une forme d’attestation des acquis reconnue partout.

Si les travailleurs les plus vulnérables et un grand nombre de PME se retrouvent souvent laissés sur le carreau, c’est que les gouvernements ne tiennent pas toujours compte des coûts que leur imposent leurs programmes, en matière d’heures de travail perdues, de conciliation travail-famille ou simplement de transport dans les lieux de formation, note l’experte de l’Institut du Québec. « Plus généralement, je dirais que les gouvernements sont encore à apprendre comment lier leurs politiques de développement économique et d’aide aux entreprises aux enjeux de formation de la main-d’œuvre et de transformation de l’emploi. »

À voir en vidéo