Malgré les scandales, Facebook fait plus de 9 milliards de profits

«Le nombre d’ados qui utilisent l’application de Facebook aux États-Unis a reculé de 13% depuis 2019 et pourrait plonger de 45% pendant les deux prochaines années», relate le média «The Verge». 
Photo: Leon Neal Agence France-Presse «Le nombre d’ados qui utilisent l’application de Facebook aux États-Unis a reculé de 13% depuis 2019 et pourrait plonger de 45% pendant les deux prochaines années», relate le média «The Verge». 

Facebook a dévoilé lundi avoir dégagé 9,2 milliards de dollars de bénéfice net au troisième trimestre, soit 17 % de plus qu’il y a un an, rare bonne nouvelle pour le géant des réseaux sociaux pris dans l’un de ses pires scandales de réputation.

Révélation après révélation, les petits secrets de la plateforme, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 29 milliards de dollars sur la période, sont étalés au grand jour, dressant le portrait d’un géant machiavélique qui ne convainc plus que les investisseurs. Mais ceux-ci pourraient être plus sensibles au risque d’érosion des jeunes audiences.

Jusqu’à présent, les déboires de Facebook dans la presse les ont laissés de marbre. Depuis plus d’un mois, les journaux américains égrènent des articles fondés sur les « Facebook papers », des milliers de documents internes remis à la SEC, l’autorité boursière des États-Unis, par Frances Haugen, une lanceuse d’alerte et ancienne ingénieure du groupe californien.

En fil rouge des polémiques : le géant des réseaux sociaux connaissait les problèmes — contenus toxiques sur Instagram pour les adolescents, désinformation sur Facebook qui nuit à la démocratie, etc. — mais a choisi, en partie, de les ignorer, par souci de préserver ses profits.

Les articles du Wall Street Journal, du New York Times ou du Washington Post portent principalement sur des sujets politiques ou sociétaux.

Mais, lundi, le site spécialisé The Verge a publié un rapport montrant que Facebook s’inquiète d’une baisse d’intérêt des adolescents et jeunes adultes dans ses marchés occidentaux, une audience lucrative et essentielle aux revenus de la firme.

De quoi rassurer Wall Street, qui regarde avant tout si les plateformes continuent d’attirer le public, et donc les annonceurs.

Facebook détient 23,7 % du marché publicitaire numérique mondial en 2021, selon le cabinet eMarketer, juste derrière son voisin Google, numéro un du secteur avec 28,6 % de parts du gâteau.

La firme « fait face à son pire déluge de presse négative, et cela va continuer » a noté Debra Aho Williamson, une analyste de eMarketer. Mais pour l’instant, ses revenus « ont l’air aussi bons qu’attendus », a-t-elle ajouté.

Où sont les jeunes ?

« Le nombre d’ados qui utilisent l’application de Facebook aux États-Unis a reculé de 13 % depuis 2019 et pourrait plonger de 45 % pendant les deux prochaines années », relate le média, d’après un mémo interne. « Pire encore, plus les utilisateurs sont jeunes, moins ils sont présents sur l’appli. »

Lors d’une présentation, toujours selon The Verge, des employés ont estimé que les adolescents passent 2 à 3 fois plus de temps sur TikTok que sur Instagram, et qu’ils préfèrent Snapchat comme moyen de communication entre eux (plutôt que WhatsApp ou Messenger, les messageries de Facebook).

Facebook ne publie pas ces chiffres dans les détails. D’après ses compteurs, au 30 juin dernier, la famille de plateformes était fréquentée par 2,76 milliards de personnes tous les jours, et 3,5 milliards au moins une fois par mois.

Le nombre d’utilisateurs du géant des réseaux sociaux n’a jamais diminué ces dernières années malgré les scandales, depuis celui de Cambridge Analytica (un cabinet britannique qui avait détourné les informations personnelles de dizaines de millions d’utilisateurs de Facebook à des fins de propagande).

Mais la colère des autorités et des ONG monte, elle, en puissance.

En fin de semaine, des quotidiens américains ont braqué les projecteurs sur le rôle de Facebook dans la polarisation des sociétés. D’après des chercheurs employés par la firme, des utilisateurs américains et indiens, aux vues politiques a priori modérées, sont surexposés à des contenus extrémistes ou conspirationnistes.

En cause : des algorithmes cherchant à maximiser l’attention des consommateurs, moteur essentiel de la croissance du groupe.

Rassurer

Face à cette nouvelle vague de critiques, Facebook se défend en rappelant ses investissements conséquents pour assainir ses plateformes, lutter contre les contenus trompeurs, haineux et problématiques et soutenir le processus démocratique, y compris dans des langues autres que l’anglais.

Lors de la conférence téléphonique aux investisseurs lundi, après la publication des résultats financiers, le patron, Mark Zuckerberg, et les autres dirigeants seront attendus sur ces sujets, mais aussi sur les autres défis économiques auxquels les plateformes de l’entreprise font face.

« La réalité, c’est que les réseaux sociaux ne sont pas les principaux responsables de ces problèmes et ne peuvent pas les réparer tous seuls », a insisté Mark Zuckerberg.

Il a aussi tenté de rassurer les investisseurs sur le principal sujet d’inquiétude financière du groupe, en ce moment : la dernière mise à jour du système d’exploitation de l’iPhone, qui donne plus de contrôle aux utilisateurs sur leurs données confidentielles et complique la tâche aux réseaux sociaux en matière de mesures d’efficacité.

Jeudi dernier, le titre du groupe a perdu près de 5 %… à cause de vents contraires du côté de la publicité.

Snap, maison mère de Snapchat, venait en effet de publier des résultats décevants à cause de la mise à jour du système d’exploitation de l’iPhone, qui rend les outils de mesure d’efficacité de leurs campagnes publicitaires « inopérants ».

Un problème dont souffre aussi Facebook, en plus de toute cette mauvaise presse.

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