Le Canada devra apprendre à vivre avec le géant chinois

Qu’on le veuille ou non, la Chine fait maintenant partie des superpuissances, et comme toute superpuissance, lorsqu’elle rencontre des obstacles, elle répond à ses «pulsions» sans considération pour «les dommages collatéraux», a observé l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest.
Photo: Noel Celis Agence France-Presse Qu’on le veuille ou non, la Chine fait maintenant partie des superpuissances, et comme toute superpuissance, lorsqu’elle rencontre des obstacles, elle répond à ses «pulsions» sans considération pour «les dommages collatéraux», a observé l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest.

La question était pour le moins symptomatique. Lors d’une conférence organisée jeudi par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain sur les enjeux entre le Canada et la Chine, son président, Michel Leblanc, a demandé à ses panélistes si les gens d’affaires qui se rendent aujourd’hui en Chine doivent craindre d’être arrêtés et emprisonnés arbitrairement comme l’on été « les deux Michael » dans l’affaire Meng Wanzhou.

Directeur des représentations du Québec en Chine jusqu’à tout récemment, Jean-François Lépine était l’un de ces panélistes. Il a assuré qu’un cas aussi « extrême » de « diplomatie d’otages » n’est quand même pas chose courante et que les Québécois qui vivent « dans ce marché au potentiel extraordinaire » « ne sont pas inquiets dans leur vie quotidienne ». Il n’a toutefois pas pu s’empêcher de citer le ministère des Affaires étrangères, qui conseille aux Canadiens de faire « preuve d’une grande prudence en Chine en raison du risque d’application arbitraire des lois locales ».

Assis à ses côtés sur la scène, l’ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, a d’abord invité à remettre l’évolution du pays dans son contexte historique et regretté que les pays occidentaux connaissent encore si mal sa réalité et ses enjeux. « On assiste à un dialogue de sourds », a déploré celui qui est aujourd’hui associé au cabinet d’avocats McCarthy Tétrault à titre notamment de spécialiste en commerce international et qui y conseille des entreprises chinoises.

Une meilleure compréhension de la situation en Chine permettrait, entre autres, de prendre la mesure des « grandes tensions politiques internes » qui la secouent actuellement, a noté Jean-François Lépine.

Problèmes internes

On a pu voir des signes de ces tensions et difficultés internes dans des données économiques dévoilées cette semaine. On y rapportait un ralentissement marqué de la croissance économique chinoise de presque 8 % sur 12 mois, à moins de 5 % au dernier trimestre. Ce coup de frein semble bien avoir été largement auto-infligé. Bien décidé à imprimer sa marque et à assurer, l’an prochain, sa reconduction à la tête du pays, le président Xi Jinping s’est fait le défenseur d’un projet de « prospérité commune » dont le but déclaré est d’éviter les échecs du capitalisme à l’américaine. On vise, notamment, à freiner l’accroissement des inégalités en serrant la vis aux spéculateurs immobiliers, tout en poursuivant des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effet de serre.

Mais voilà, la guerre contre les promoteurs immobiliers et le plus endetté de tous, Evergrande, a secoué l’un des principaux piliers de la croissance. Par ailleurs, on a tant fermé de centrales au charbon pour des raisons environnementales et de sécurité que l’approvisionnement en énergie vient à manquer et que son prix a explosé, forçant des fermetures temporaires d’usines et la réouverture de mines de charbon. Heureusement, les consommateurs de la nouvelle classe moyenne chinoise ont continué de faire tinter les clochettes des caisses enregistreuses des magasins, mais sont menacés à tout moment d’être forcés au reconfinement par une nouvelle vague de la COVID-19. Et il n’y a pas de raison de croire que cette situation s’améliorera beaucoup les prochains mois.

Comme la Chine est la deuxième économie mondiale et encore et toujours son principal moteur de croissance, ces difficultés sont un peu l’affaire de tout le monde. Comme cela devient aussi un peu l’affaire de tout le monde lorsque son comportement se fait erratique sur la scène internationale.

Vivre avec des superpuissances

Qu’on le veuille ou non, « la Chine est aujourd’hui une superpuissance », a observé Jean Charest, et l’on sait ce que peuvent faire les superpuissances lorsqu’elles rencontrent des obstacles : répondre à leurs « pulsions » sans considération pour « les dommages collatéraux » qu’elles peuvent infliger aux autres. « Le Canada a beaucoup d’expérience avec les superpuissances. Nous en avons une comme voisin ». « Le plus tôt nous serons réalistes là-dessus, le mieux nous serons capables de gérer efficacement notre relation avec la Chine. »

Le gouvernement du Québec devrait dévoiler bientôt sa nouvelle politique à l’égard du continent asiatique, a rappelé Jean-François Lépine. Il y sera sûrement beaucoup question d’économie et de la Chine. L’ancien diplomate craint toutefois que les relations avec elle restent difficiles. « La Chine adoptera-t-elle un comportement plus responsable lorsqu’elle deviendra la première puissance économique mondiale ? Cela reste à voir. Mais pour l’instant, le climat politique en Chine ne le favorise pas. »

 

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