L’économie canadienne n’est pas prête pour un monde sobre en carbone

La transition vers une économie sobre en carbone, comme le réclamaient les jeunes lors de la marche pour le climat en septembre 2019, essentielle pour éviter les pires répercussions des changements climatiques, est en marche et le Canada doit s’adapter.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La transition vers une économie sobre en carbone, comme le réclamaient les jeunes lors de la marche pour le climat en septembre 2019, essentielle pour éviter les pires répercussions des changements climatiques, est en marche et le Canada doit s’adapter.

Le Canada n’est pas prêt pour le virage vert de l’économie mondiale, selon l’Institut canadien pour des choix climatiques. Des actions pour l’adaptation des entreprises et des communautés vulnérables doivent être prises dès maintenant, pour éviter le risque de payer le lourd prix de l’inaction, plaident les auteurs d’un nouveau rapport.

La transition vers une économie sobre en carbone, essentielle pour éviter les pires répercussions des changements climatiques, est en marche et le Canada doit s’adapter, selon le rapport intitulé Transformer l’économie canadienne pour un monde sobre en carbone : ça passe ou ça casse.

Il y a un an, le Canada s’est engagé à devenir carboneutre d’ici 2050 — et comme lui, « plus de 60 pays se sont engagés à atteindre cette carboneutralité d’ici le milieu du siècle, souligne Renaud Gignac, associé de recherche principal à l’Institut canadien pour des choix climatiques. Ce sont 60 pays qui représentent près de 70 % du PIB mondial et 70 % de la demande mondiale de pétrole. C’est majeur. » Selon lui, « les efforts déployés vont transformer les marchés en profondeur », raison pour laquelle l’économie canadienne doit se transformer rapidement pour ne pas être pénalisée. Or, à l’heure actuelle, elle n’est pas préparée, selon des analyses de simulation effectuées par l’Institut.

Des efforts à faire, vite

Selon le rapport, une partie importante des entreprises canadiennes — notamment dans les secteurs pétroliers et gaziers ou dans l’industrie automobile — ne sont toujours pas prêtes pour la transition, alors qu’elles devront faire face à des marchés mondiaux en pleine transformation.

« Considérant qu’environ 70 % des exportations du Canada et environ 60 % de ses investissements directs étrangers sont associés à des secteurs vulnérables, il est primordial d’améliorer le niveau de préparation du Canada », plaide M. Gignac.

Entre autres, il ne suffit pas de travailler à diminuer les émissions de gaz à effets de serre des différents domaines de l’économie, défendent les auteurs du rapport. Certains secteurs, dont la demande est amenée à augmenter au cours des prochaines années, doivent être encouragés afin d’assurer leur compétitivité alors que d’autres, dont la demande est quant à elle amenée à baisser — comme le pétrolier —, doivent se transformer en s’orientant vers de nouvelles branches d’activité, tandis qu’une requalification des travailleurs s’impose.

Des travailleurs à risque

Si l’Alberta trône en tête de liste quant à la part de main-d’œuvre qui travaille dans des secteurs vulnérables à la transition (9,1 %), aucune province ni aucun territoire n’est épargné. Au Québec par exemple, près de 4 % de la main-d’œuvre serait vulnérable. En Ontario, le taux est de 5 %.

« On compte plus de 800 000 travailleurs dans des secteurs vulnérables à la transition au Canada. Au Québec, ce sont à peu près 150 000 travailleurs », note Renaud Gignac, ajoutant que ce sont souvent les populations les moins scolarisées et celles qui vivent de la discrimination qui sont susceptibles d’être les plus touchées.

Dans certaines municipalités où les revenus fonciers et les emplois sont fortement dépendants de secteurs vulnérables, il y a des risques quant à la viabilité du financement des services publics, ajoute le chercheur. « Il y a un réel besoin de développer des plans de transition locaux et de diversifier ces économies », défend-il.

Transparence sur les marchés

 

Concernant la transparence des entreprises sur leur bilan environnemental, là aussi des améliorations restent à faire pour permettre aux investisseurs de faire la différence entre les entreprises qui font de réels efforts et les autres, indique-t-on dans le rapport.

« Il y a toutes sortes de risques qui doivent être divulgués de façon obligatoire par les entreprises cotées en Bourse. Mais sur le plan des changements climatiques, les normes restent encore insuffisantes », souligne M. Gignac. Si des États étrangers adoptent de meilleures mesures de divulgation de l’information, les entreprises canadiennes pourraient ainsi moins bien tirer leurs épingles du jeu face à leurs concurrentes, explique le chercheur.

Si l’économie veut passer le test de la transition, des actions concrètes et immédiates doivent être prises, réitère-t-il. « Ça coûtera plus cher de ne pas agir que d’agir maintenant », conclut-il.

La carboneutralité coûtera 2000  milliards, selon la RBC

Un nouveau rapport de la RBC indique que le Canada aurait besoin d’environ 2000 milliards de dollars pour mener l’économie vers l’atteinte de la cible « zéro émission nette » d’ici 30 ans. Le rapport des Services économiques RBC estime que les gouvernements, les entreprises et les collectivités devraient dépenser au moins 60 milliards par année pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 75 % par rapport aux niveaux actuels et atteindre l’objectif de carboneutralité d’ici 2050.

Ces investissements de « transition verte » comprennent notamment les dépenses des gouvernements pour des programmes comme la formation professionnelle et les soutiens pour stimuler les investissements nécessaires. Des investissements seront par exemple nécessaires dans le réseau électrique pour faire face à l’augmentation prévue des véhicules électriques, qui auront aussi besoin de subventions pour les construire et les mettre sur les routes canadiennes, selon le rapport.

Il faudra également investir pour moderniser les vieux édifices plus rapidement que ce que prévoit Ottawa, pour « recycler » 100 000 travailleurs afin qu’ils acquièrent de nouvelles compétences dans les industries vertes, à croissance rapide, et pour offrir des programmes de formation professionnelle afin d’ajouter 200 000 personnes supplémentaires à la population active avant 2030.

Le rapport met par ailleurs en garde contre une trop grande précipitation. S’il y avait une baisse soudaine et importante de la production de pétrole et de gaz, les recettes fiscales du gouvernement chuteraient d’environ huit milliards par année, ce qui, selon le rapport, pourrait entraver la transition verte, et non y contribuer.

La Presse canadienne


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