Comment expliquer la hausse fulgurante du prix de l’essence?

Une augmentation de la demande et une diminution de l’offre multiplient la pression sur les coûts à la pompe.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Une augmentation de la demande et une diminution de l’offre multiplient la pression sur les coûts à la pompe.

Reprise économique aidant, le prix de l’essence a grimpé de façon fulgurante ces derniers temps, et tout particulièrement au cours des dernières semaines.

Le coût des carburants suit une courbe ascendante depuis octobre 2020, après avoir connu un creux au début de la pandémie qui avait même fait basculer dans le négatif le prix de certains contrats d’approvisionnement de pétrole. Mais l’augmentation des prix s’accélère encore davantage depuis le mois d’août dernier, et ce, bien que ces derniers soient déjà largement au-dessus des moyennes prépandémiques.

« On a des consommateurs assoiffés d’essence et de diesel. On pense qu’on a une électrification des transports, mais ce n’est pas vrai ; on a un ajout de véhicules électriques dans un parc automobile à essence qui continue de croître. Il y a donc même un enthousiasme pour les produits pétroliers qui se manifeste à la pompe », note Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

 

 

À l’échelle du Canada, le prix de détail pondéré moyen de l’essence ordinaire a atteint un record la semaine dernière, selon la firme Kalibrate, qui récolte ces données depuis 2007, avec un litre d’essence ordinaire à 1,45 $. Ça correspond à une hausse de plus de 0,40 $ par rapport à la même date l’an dernier.

Ces fluctuations s’expliquent bien sûr par une augmentation de la demande, mais aussi par une diminution de l’offre. Puisque le prix du pétrole a chuté en même temps que les déplacements lors de l’émergence de la pandémie de COVID-19, beaucoup moins d’investissements ont été faits dans l’exploration et les projets pétroliers. « On se retrouve avec un manque de diversité à court terme dans l’offre et dans les capacités de production de pétrole, ce qui donne du pouvoir aux producteurs pour augmenter les prix », explique le professeur Pineau.

1,45 $

C'est le prix de détail pondéré moyen de l’essence ordinaire. À l’échelle du Canada, selon la firme Kalibrate, une hausse de plus de 0,40 $ par rapport à la même date l’an dernier.

On voit aussi une pression à la hausse du côté du raffinage, note l’expert. Depuis le début des années 2000, le marché s’est consolidé à l’échelle mondiale pour des questions de rentabilité ; il est maintenant composé de plus gros acteurs, qui ont ainsi une plus grande marge de manœuvre dans l’établissement des prix.

D’une station-service à l’autre

Les prix varient à l’échelle mondiale, bien sûr, mais aussi localement. À Montréal, par exemple, plusieurs raisons propres à la métropole permettent d’expliquer une partie de cette hausse de la facture à la pompe.

D’abord, la Ville impose une taxe de 3 ¢ par litre d’essence afin de financer le transport en commun. L’enthousiasme pour les produits pétroliers y est aussi moindre ; les distributeurs doivent alors compenser le manque de volume en augmentant les prix. Et, finalement, les frais d’exploitation y sont plus élevés que pour des distributeurs situés en dehors de la métropole.

 

 

Le niveau de concurrence joue aussi un rôle dans l’établissement des prix. Lorsque les automobilistes sont plus riches et qu’il y a de la congestion, ils n’ont pas tendance à se déplacer vers une station-service plus loin qui aurait un meilleur prix. « Les Montréalais n’ont pas envie, en général, de faire une demi-heure de route pour économiser un cent le litre. En région, les gens font plus de kilomètres, ils peuvent donc s’arrêter à une station-service sur leur chemin. Ils sont donc plus enclins à magasiner », explique le professeur Pierre-Olivier Pineau.

Un hiver rude en perspective

Les prix des différents types d’énergie s’annoncent très élevés cet hiver, selon l’expert. Le monde connaît présentement une crise d’approvisionnement en gaz naturel, ce qui pousse son prix à la hausse, mais aussi celui de ses solutions de rechange, dont le pétrole.

L’offre risque donc d’être insuffisante pour satisfaire à la demande des prochains mois, croit l’économiste. « Il n’y aura pas non plus de sauveurs, de nouveaux producteurs de pétrole qui vont apparaître dans les prochains mois pour produire davantage de pétrole », ajoute-t-il. Le professeur Pineau estime toutefois que la demande pourrait se calmer à moyen ou à long terme si certains automobilistes choisissent de se tourner vers d’autres options, comme le transport en commun ou la voiture électrique, par exemple.

Avec La Presse canadienne



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