Plus confiants, les travailleurs se permettent de regarder ailleurs

Consommateurs et entreprises s’attendent à une hausse des prix plus forte qu’avant la pandémie, du moins à court terme.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Consommateurs et entreprises s’attendent à une hausse des prix plus forte qu’avant la pandémie, du moins à court terme.

Confiants dans la reprise, les travailleurs considèrent de plus en plus la possibilité de quitter volontairement leur emploi pour trouver mieux ailleurs, changer de secteur d’activité. Ils pensent également augmenter leurs dépenses en pigeant dans leur épargne.

Presque un Canadien sur cinq estime probable qu’il quittera volontairement son emploi au cours de la prochaine année, a rapporté lundi la Banque du Canada en dévoilant les résultats de sa plus récente enquête trimestrielle sur les attentes des consommateurs. Comparable au sommet atteint juste avant que ne survienne la pandémie de COVID-19, cette proportion est notamment attribuable aux nombreux répondants qui ont indiqué rechercher un meilleur horaire de travail, des débouchés de carrière plus intéressants et un salaire plus élevé. Elle s’accompagne d’une baisse graduelle de ceux qui craignent de perdre leur emploi au cours des 12 prochains mois (à 12 %).

Un bon nombre de Canadiens, dont un peu plus du tiers des chercheurs d’emploi et la moitié des chômeurs, disent souhaiter trouver un emploi dans un autre secteur que celui dans lequel ils travaillent actuellement. « Les travailleurs des secteurs moins bien rémunérés ou qui ont été durement touchés par la pandémie, comme ceux des loisirs et de la culture, sont plus susceptibles de changer de secteur », constatent les auteurs de l’enquête réalisée durant la seconde moitié du mois d’août « alors que le variant Delta commençait à se propager dans le pays ».

Cette nouvelle vague de la pandémie est venue temporiser quelque peu les envies de dépenser des consommateurs. Ces derniers prévoient toujours cependant que l’augmentation de leurs dépenses sera presque deux fois plus rapide durant la prochaine année (3,74 %) que la croissance de leurs revenus (2,09 %).

Ces deux tendances apparemment difficiles à concilier s’expliquent peut-être par le fait que plus de 40 % des répondants à l’enquête rapportent avoir épargné plus qu’à l’habitude durant la pandémie — souvent parce que les occasions de dépenser se faisaient tout simplement plus rares. Or, ceux qui ont accumulé de l’épargne font savoir qu’ils ont déjà dépensé environ 10 % de cette épargne supplémentaire cette année et qu’ils en dépenseront probablement un autre tiers d’ici la fin de l’année prochaine.

Entreprises cherchent travailleurs

 

Tout aussi confiantes dans la reprise, les entreprises avouent cependant, « dans une proportion anormalement élevée », qu’elles auraient « quelques difficultés » (39 %), voire de « sérieuses difficultés » (26 %), à répondre à une augmentation inattendue de la demande ou de leurs ventes, a constaté la Banque du Canada dans le cadre d’une autre enquête, réalisée celle-là auprès des entreprises entre le 20 août et le 16 septembre.

Pour presque la moitié d’entre elles (46 %), l’une des principales sources du problème réside dans les perturbations des chaînes d’approvisionnement causées par la pandémie. C’est particulièrement le cas dans le secteur manufacturier.

Mais il y a plus problématique encore : les pénuries de main-d’œuvre évoquées par plus de quatre répondants sur cinq (81 %) et que sept sur dix s’attendent à voir s’aggraver durant la prochaine année. Sans surprise, « les intentions d’embauche demeurent à des niveaux records », et plus de la moitié des entreprises s’attendent à devoir payer plus cher leurs employés.

Une majorité compte également augmenter ses investissements, notamment dans les technologies numériques susceptibles d’améliorer la productivité. Comme il a fallu aussi faire face à la hausse de bien d’autres coûts, les entreprises préviennent qu’elles ne pourront pas faire autrement que reporter une bonne partie de la facture sur les consommateurs.

Poussée de fièvre inflationniste

 

Dans ce contexte, consommateurs et entreprises s’attendent à une hausse des prix plus forte qu’avant la pandémie, du moins à court terme. Près de la moitié des entreprises (45 %) se préparent ainsi à ce que l’inflation dépasse la limite supérieure de la fourchette cible à long terme que s’est fixée la Banque du Canada, c’est-à-dire entre 1 % et 3 %.

3 %
C’est le seuil que dépassera l’augmentation du coût de la vie, l’année prochaine, selon les consommateurs.

Les consommateurs prévoient, eux aussi, que l’augmentation du coût de la vie dépasse les 3 % durant la prochaine année, avant de ralentir et revenir plus de près de 3 % dans deux et cinq ans.

On anticipe donc, d’un côté comme de l’autre, une inflation « temporairement plus élevée », mais des attentes à plus long terme inchangées, constate dans ses deux enquêtes la Banque du Canada, pour qui ces deux éléments sont justement le principal objectif.

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