L’électrification à marche forcée

Le Québec compte actuellement 120 000 véhicules électriques sur les routes. Le gouvernement espère que 30% des véhicules neufs vendus au Québec en 2030 seront électriques.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le Québec compte actuellement 120 000 véhicules électriques sur les routes. Le gouvernement espère que 30% des véhicules neufs vendus au Québec en 2030 seront électriques.

Le Québec pourrait devenir le premier territoire en Amérique du Nord où il sera obligatoire pour les constructeurs de véhicules électriques de récupérer puis de recycler leurs vieilles batteries. Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, prévoit également renforcer la norme sur les véhicules zéro émission pour accélérer encore un peu plus l’électrification du transport.

Le gouvernement Legault a annoncé son intention de moderniser le Règlement sur la récupération et la valorisation de produits par les entreprises pour rendre les entreprises concernées responsables de la récupération et du recyclage de divers produits agricoles et automobiles. Le règlement inclura progressivement au cours des trois années suivant son entrée en vigueur certains plastiques et pesticides, des appareils réfrigérants et des produits pharmaceutiques. Les batteries rechargeables des véhicules routiers, à l’exception des batteries au plomb-acide, seront dès lors couvertes par ce règlement.

« C’est un signal assez fort que nous envoyons à la filière des véhicules électriques. Nous comptons actuellement au Québec quelque 120 000 de ces véhicules sur la route, il fallait agir avant d’en avoir un million », a expliqué au Devoir le ministre Charette pour justifier le moment choisi pour revisiter ce règlement.

Récupérer et revaloriser

Dans sa nouvelle version, ce règlement obligera les fabricants à récupérer les batteries qui ont atteint leur fin de vie utile puis à en revaloriser les divers composants. Ceux-ci comprennent des métaux très précieux pour l’industrie automobile, comme du lithium, du cobalt et du nickel. Ces matériaux recyclés pourront ensuite être réintroduits dans la fabrication de batteries neuves.

Québec ne va pas jusqu’à imiter l’Union européenne, qui compte imposer d’ici la fin de la décennie qu’un seuil minimal de matériaux recyclés entre dans la composition des batteries neuves vendues sur son territoire. « Nous ne sommes pas rendus là, étant donné que nous ne possédons pas encore de filière de fabrication de batteries », concède le ministre. Ce dernier fait écho à son homologue de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, et réitère le souhait du gouvernement de créer une telle filière. En plus du gain environnemental, Québec pense qu’obliger la récupération et le recyclage des batteries des véhicules électriques qui ont atteint la fin de leur vie utile favorisera la création tant souhaitée de cette filière québécoise.

« Nous avons tout intérêt à nous positionner tôt dans ce secteur », ajoute Benoit Charette. « Ce sont des millions de batteries qui auront besoin d’être recyclées. Si nous parvenons à mettre au point une technologie efficace de recyclage, ce sont des débouchés économiques importants que nous créerons pour nos entreprises. »

Des critiques ont soulevé le fait que le règlement pourrait nuire à la réutilisation des vieilles batteries avant qu’elles ne soient recyclées, un débouché lucratif que lorgnent à terme les constructeurs d’automobiles. M. Charette explique que la définition d’une batterie rendue à la fin de sa « vie utile » reste à déterminer plus précisément, et qu’elle le sera après la tenue de consultations publiques qui auront lieu sur cette nouvelle version du règlement entre la mi-octobre et la fin novembre.

Renforcer la norme VZE

Sans donner plus de détails, le ministre de l’Environnement a aussi affirmé que la norme provinciale sur les véhicules zéro émission (VZE) sera à son tour révisée d’ici quelques mois afin de renforcer ses mesures incitatives favorisant l’électrification des transports.

Le gouvernement Legault espère toujours que 30 % des véhicules neufs vendus au Québec en 2030 seront électriques, en route vers l’interdiction pure et simple de la vente de véhicules légers à moteur thermique neufs dès 2035. Au rythme actuel, le volume de vente des véhicules électriques double tous les deux ans dans la province, une croissance qui devrait suffire pour atteindre ces cibles, affirme le ministre.

La mise en marché, au cours des prochains mois, des premières camionnettes entièrement électriques pourrait accélérer cette transition, même si leur prix demeure élevé. Des groupes faisant la promotion du transport électrique ont d’ailleurs demandé au gouvernement d’inclure ces véhicules dans son aide à l’achat de véhicules zéro émission. L’aide provinciale peut atteindre 8000 $ sur certains modèles, mais exclut pour le moment les camionnettes ainsi que les véhicules électriques d’occasion vendus dans la province.

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