Des drones québécois pour sauver des vies

Une société américaine qui souhaite devenir leader dans la production d’organes humains de synthèse a le mois dernier effectué la livraison, à l’aide d’un drone conçu par la bromontoise Unither Bioélectronique, d’un poumon qui fut greffé à un patient de Toronto.
Jason van Bruggen Une société américaine qui souhaite devenir leader dans la production d’organes humains de synthèse a le mois dernier effectué la livraison, à l’aide d’un drone conçu par la bromontoise Unither Bioélectronique, d’un poumon qui fut greffé à un patient de Toronto.

Une société américaine qui souhaite devenir une leader dans la production d’organes humains de synthèse a le mois dernier effectué la livraison, à l’aide d’un drone conçu à Bromont, d’un poumon qui a été greffé avec succès à un patient d’un hôpital de Toronto. Et selon ses dirigeants, ce n’est que le début.

Unither Bioélectronique est la société de Bromont qui a assuré le transport aérien entre le Western Hospital et l’Hôpital général de Toronto de ce poumon qui était logé dans un contenant de fibres de carbone réfrigéré situé sous le ventre de l’appareil.

L’itinéraire emprunté par le drone était connu d’avance et pouvait être effectué de façon autonome, mais des pilotes d’Unither étaient présents tout au long du trajet pour prendre le relais en cas de défaillance. Dans le pire des scénarios, un parachute pouvait être déployé pour garantir un retour au sol en douceur du précieux organe.

L’exercice a été effectué sous la supervision de Transports Canada et il était conforme aux directives gouvernementales en matière de transport médical. Mais la Ville Reine est un endroit où même les voies aériennes sont passablement congestionnées et le risque d’un imprévu demeurait bien présent tant à l’esprit du chirurgien Shaf Keshavjee, qui était responsable de la greffe, que dans la tête de Mikael Cardinal, qui supervisait l’opération pour Unither Bioélectronique.

« Notre objectif était de démontrer qu’on pouvait effectuer cette livraison même dans un contexte urbain et chaotique comme celui de Toronto, là où ce genre d’opération est le plus difficile, dit M. Cardinal en entrevue au Devoir. Maintenant qu’on sait que c’est faisable dans ces conditions, on pense que ça pourra se faire n’importe où ailleurs dans le monde. »

Objectif 2025

Unither Bioélectronique à Bromont et Unither Biotech à Magog appartiennent toutes deux à la société américaine United Therapeutics. Celle que ses dirigeants surnomment tout simplement Unither a été fondée en 1996 par Martine Rothblatt, créatrice avant cela du diffuseur de radio par satellite américain Sirius et qui est devenu entre-temps Sirius XM.

Mme Rothblatt s’est investie à temps plein dans la recherche médicale après que des médecins eurent diagnostiqué une maladie pulmonaire grave à sa jeune fille. Unither est une société de biotechnologie avant d’être une société de transport.

Nos drones nous permettront de nous défaire des moyens de transport polluants conventionnels.

Que ce soit en modifiant génétiquement des porcs élevés en laboratoire ou en les fabriquant par impression 3D, son objectif à terme est de produire massivement des organes humains synthétiques qui rendront la greffe d’organes — cœur, poumon, rein — aussi banale que la réparation d’un ligament antérieur croisé l’est à l’heure actuelle.

Unither se fixe l’horizon 2030 pour arriver à cette fin. Elle a mandaté ses filiales québécoises pour créer un moyen de transport pour ces organes qui évitera les embouteillages des réseaux traditionnels — hélicoptères et ambulances. Unither Bioélectronique ajoute à cela une composante environnementale : comment y arriver sans générer en plus des émissions polluantes ?

« Nos drones nous permettront de nous défaire des moyens de transport polluants conventionnels », dit Mikael Cardinal, qui pense pouvoir offrir un véritable service commercial de livraison médicale à partir de 2025.

Un drone comme celui utilisé à Toronto peut parcourir jusqu’à 35 kilomètres avec à son bord une charge maximale d’environ 5 kilos, mais à terme, l’entreprise pense pouvoir produire des drones dont l’autonomie surpassera les 400 kilomètres. À ce stade, ils pourront non seulement dépanner les hôpitaux situés en ville, mais aussi effectuer la livraison vers des endroits plus reculés où les services médicaux sont plus difficilement accessibles. « Nous ne savons pas exactement quelle sera la valeur de ce marché, mais juste l’augmentation du nombre d’organes qui devront être livrés devrait créer une demande suffisante pour nos drones », dit le dirigeant d’Unither Bioélectronique.

De la salle d’opération à la pharmacie

Ces poumons qui ont traversé le ciel torontois ne sont pas les premiers organes livrés par drone. Le Centre médical de l’Université du Maryland à Baltimore a effectué avec succès en 2019 la livraison d’un rein qui a ensuite été greffé à un patient.

Au Canada avant cela, ce sont surtout des médicaments qui ont bénéficié de cette livraison d’un nouveau genre. Postes Canada et la chaîne de pharmacies vancouvéroise London Drugs et ont mis à l’essai il y a deux ans des drones de la société InDro Robotics — également de Colombie-Britannique — pour assurer l’envoi de médicaments vers des îles de la côte ouest canadienne où l’obtention de tels produits est normalement un véritable casse-tête.

Ce projet a fait école, si bien que l’Université de Colombie-Britannique a officialisé plus tôt cet été, en partenariat avec des Premières Nations de la province, son propre projet de livraison par drones de médicaments. C’est le fabricant torontois Drone Delivery Canada (DDC) qui fournit les drones pour ce projet. DDC est devenue à la fin juillet la première société canadienne cotée en Bourse à être autorisée par Transports Canada pour effectuer des livraisons commerciales par drones.

Il est difficile d’attribuer une valeur à ce marché encore tout naissant au Canada, mais tous ces projets effectués d’un bout à l’autre du pays semblent mener à la même conclusion : qu’ils soient québécois ou canadiens, les drones aideront bientôt à sauver des vies.

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