Les grands congrès: un retour attendu, mais rempli de défis

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
L’assouplissement des règles sanitaires est accueilli avec énormément d’enthousiasme au sein des organisateurs de congrès, dont les activités ont été plus ou moins paralysées depuis le début de la pandémie.
Photo: Centre des congrès de Québec L’assouplissement des règles sanitaires est accueilli avec énormément d’enthousiasme au sein des organisateurs de congrès, dont les activités ont été plus ou moins paralysées depuis le début de la pandémie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

Avec l’assouplissement des règles sanitaires, les grands congrès refont leur apparition dans la province. Perçue comme une bouffée d’air frais pour le tourisme d’affaires et l’économie régionale, la reprise de ces grands événements n’est toutefois pas sans défi dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et de pandémie.

C'était le premier grand congrès à avoir lieu depuis des mois. Du 30 septembre au 2 octobre, 750 personnes ont participé au congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités (FQM). La multitude a été divisée en trois « bulles » de 250 personnes, qui utilisaient différents secteurs du Centre des congrès de Québec.

« Je pense que c’est un grand succès, opine Ann Cantin, directrice des communications et de la mise en marché du Centre des congrès de Québec. On se demandait si les délégués allaient se sentir en sécurité, et les commentaires qu’on a eus sont excessivement positifs », poursuit-elle en énumérant les diverses mesures sanitaires mises en place. Les participants devaient porter le masque et détenir un passeport vaccinal. Par son architecture, le Centre des congrès a permis d’accueillir des groupes utilisant des portes et des secteurs distincts de l’établissement. Le système d’aération de l’édifice permet 12 changements d’air par heure. « Cet événement est sans aucun doute un parfait exemple de ce qu’il est possible de faire dans les grands événements », se réjouit Mme Cantin.

Assouplissement bien accueilli

Depuis le 8 octobre, il est possible d’organiser un grand congrès avec un nombre illimité de participants, selon la capacité des lieux. Cet assouplissement est accueilli avec énormément d’enthousiasme au sein des organisateurs de congrès, dont les activités ont été plus ou moins paralysées depuis le début de la pandémie.

« On a perdu 210 événements, y compris des événements internationaux majeurs », commente Ann Cantin. Chaque événement pouvant réunir plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de participants, l’arrêt des congrès a eu des effets boule de neige sur le secteur touristique. « J’ose croire que, pas seulement à cause de nous, mais à cause de tout ce qui reprend vie tranquillement au niveau de l’économie, ça va être bon pour l’industrie touristique au grand complet », opine-t-elle.

« On sent une fébrilité », renchérit Nancy Lambert, directrice tourisme et congrès à Saint-Hyacinthe Technopole. Cette dernière travaille notamment avec les organisateurs de congrès pour trouver des fournisseurs et des restaurateurs, dans le but de générer des retombées économiques dans la région. Malgré l’enthousiasme palpable, un nuage pointe à l’horizon pour les organisateurs : la pénurie de main-d’œuvre.

« On sent que c’est vraiment généralisé dans tous les secteurs d’activité, note Mme Lambert. Par exemple, beaucoup de restaurateurs ont revu leur offre de services et ne sont pas nécessairement accessibles sept jours. Donc nous, il faut travailler encore plus fort pour nous assurer que nos visiteurs ont la bonne information et pour les inciter à planifier leur séjour à l’avance. » Ann Cantin et Nancy Lambert ont toutefois bon espoir qu’avec la reprise de l’économie, les conditions de travail s’amélioreront et qu’il sera plus facile de recruter du personnel.

Des congrès au temps de la COVID-19

La formule des congrès s’est aussi adaptée aux risques sanitaires. « On ne peut pas refaire un événement comme on le faisait avant la pandémie », estime Michaël Sheehy, conseiller en tourisme d’affaires pour le Bureau des congrès Lac-Saint-Jean. « Avant de se retrouver avec des congrès comptant beaucoup de gens, je pense qu’on va commencer par de petits et de moyens rassemblements [de moins de 300 personnes], ce qui est exactement notre ADN, notre créneau », poursuit M. Sheehy. « On a vu que c’était un peu vers notre genre de destination que les gens voulaient se tourner, observe-t-il. On a vu un grand engouement pour le tourisme d’agrément en période estivale, on espère qu’on aura le même vent pour le tourisme d’affaires. »

De la même façon, à Québec, Ann Cantin observe un intérêt des organisateurs pour les grands rassemblements divisés en “bulles”, un concep tpeu populaire auparavant. Les mesures mises en place à Québec génèrent aussi de la confiance parmi les visiteurs, qui assurent par des sondages se sentir en sécurité. Mais ces mesures seront-elles suffisantes, avec la virulence du variant Delta ?

« On est inquiets du fait qu’il n’y a pas de reconnaissance de la transmission du virus par aérosols. Quand on parle de réunion dans un centre de congrès, on parle d’un événement superpropagateur », explique Nancy Delagrave, coordonnatrice scientifique du collectif COVID-STOP, lequel réunit des médecins et des scientifiques engagés à freiner la pandémie de COVID-19. « Juste en respirant, une personne contagieuse peut envoyer 372 000 copies du virus [dans l’air] », rappelle-t-elle.

Neutraliser les potentiels foyers

Les risques des grands rassemblements sont surtout associés, explique-t-elle, à l’efficacité des systèmes de ventilation, ainsi que la couverture partielle de la vaccination et des masques chirurgicaux. « Au niveau de la vaccination, on est dans une période de lune de miel », dit-elle, en rappelant que l’efficacité de vaccins comme Pfizer chute quatre mois après l’injection d’une deuxième dose. De la même façon, les masques chirurgicaux protègent parfois partiellement les utilisateurs, soit parce que les gens les portent mal ou que des vides se créent près des joues ou sur le nez. Cette protection disparaît même complètement lorsque les gens mangent ou qu’ils peuvent enlever leur masque lorsqu’ils sont assis.

Diverses mesures pourraient être adoptées, selon la coordonnatrice de COVID-STOP, pour rendre les congrès plus sécuritaires, comme l’accès aux informations liées à la ventilation des salles, l’usage de masques couvrant plus efficacement le visage, la réalisation de tests rapides tous les jours sur les participants pour neutraliser rapidement de potentiels foyers d’éclosion, en plus de favoriser les petits rassemblements.

« On veut aussi retourner à une normalité, mais en même temps, il faut mettre toutes les chances de notre côté, et en ne tenant pas compte de la transmission aérienne, on s’expose. Quand les cas vont exploser, il faudra reconfiner, refermer les restaurants, rappelle-t-elle. Les promoteurs ont avantage à ce que l’on ouvre de façon durable. » 

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