Plaidoyer pour une ingénierie plus durable

Raphaëlle Ritchot
Collaboration spéciale
«Pour faire face aux changements climatiques et s’y adapter, il faut intégrer les infrastructures vertes dès la conception des projets, c’est fondamental», appuie Bernard Bigras.
Photo: iStock «Pour faire face aux changements climatiques et s’y adapter, il faut intégrer les infrastructures vertes dès la conception des projets, c’est fondamental», appuie Bernard Bigras.

Ce texte fait partie du cahier spécial Génie québécois

Bernard Bigras a occupé des emplois très divers avant de se retrouver à la tête de l’Association des firmes de génie-conseil – Québec (AFG). Il a notamment été élu à la Chambre des communes. Mais peu importe où il a œuvré, les enjeux de développement durable ont toujours teinté sa carrière.

C’est pourquoi ce n’est pas une surprise qu’il en fasse son cheval de bataille dans son mandat avec l’AFG.

« Ce que j’ai appris par le passé, c’est l’importance d’intégrer les infrastructures vertes aux collectivités. J’en suis venu à la conclusion que, pour faire face aux changements climatiques et s’y adapter, il faut intégrer les infrastructures vertes dès la conception des projets, c’est fondamental », martèle-t-il.

En fonction depuis juin, le nouveau p.-d.g. termine actuellement une tournée des firmes de génie-conseil partout à travers la province, durant laquelle il a pu prendre le pouls de la volonté des firmes à prendre cette direction.

« Je devais m’assurer que j’étais en présence de firmes qui étaient ouvertes à l’innovation. Souvent, l’innovation, c’est un état d’esprit, des prédispositions, c’est proposer à son client des solutions qui parfois sortent du cadre existant », explique-t-il en parlant d’idées comme l’intégration de végétaux dans les infrastructures, la gestion des eaux pluviales ou encore de la conception de bâtiments moins énergivores.

Pas d’innovation sans changement

Le cadre réglementaire, contractuel et législatif est un autre enjeu pour lequel M. Bigras croit qu’il est impératif d’apporter des changements. Plus particulièrement, le mode d’octroi des contrats qui, actuellement, au Québec, fonctionne selon le plus bas soumissionnaire.

« Le mode d’octroi des contrats est sans aucun doute l’élément le plus important vers un virage en faveur du développement durable. Parce qu’un mode d’octroi basé uniquement sur le plus bas prix nous tire inévitablement vers le bas », dénonce-t-il.

Il souhaite ainsi que les municipalités modifient leurs règlements de gestion contractuelle pour intégrer la qualité et la compétence dans l’octroi des contrats.

Il cite en exemple le gouvernement fédéral, qui opte pour un mode d’octroi basé sur une pondération de 90 % sur la compétence et la qualité, et de 10 % sur le prix.

Les coûts liés à la conception d’un ouvrage représentent environ de 4 à 5 % du coût global d’un projet, selon M. Bigras.

Le mode d’octroi des contrats est sans aucun doute l’élément le plus important vers un virage en faveur du développement durable. Parce qu’un mode d’octroi basé uniquement sur le plus bas prix nous tire inévitablement vers le bas.

 

« Si on lésine et qu’on applique une approche fondée sur le plus bas prix, il n’y a pas de place pour l’innovation dans la conception des projets. On fait des économies de bouts de chandelles qui, finalement, vont nous coûter beaucoup plus cher dans les prochaines années », précise-t-il.

Pénurie de main-d’œuvre

Impossible par ailleurs de passer sous silence la pénurie de main-d’œuvre qui s’avérera également un grand défi pour l’AFG.

« Je l’ai entendu énormément où je suis passé, il y a un problème de main-d’œuvre. En même temps, il faut rendre le secteur attractif, nous avons besoin de créativité. Les firmes souhaitent intégrer de nouvelles technologies, intégrer de l’innovation et je crois que ça peut être quelque chose d’attractif pour la profession en génie-conseil », affirme-t-il.

L’AFG prévoit travailler de concert avec des écoles secondaires pour encourager les jeunes à se diriger vers des carrières scientifiques. En plus d’attirer les jeunes, M. Bigras souhaite également attirer plus de femmes et de personnes issues de l’immigration vers la profession d’ingénieur.

« Nous n’avons que 15 % des ingénieurs qui sont des femmes. On se fixe un objectif d’au moins 30 % d’ici 2030. Il y a beaucoup d’efforts à faire à ce niveau, admet-il. Par contre, 25 % de nos ingénieurs sont issus de l’immigration, et nous notons une augmentation du nombre d’étudiants étrangers dans nos programmes de génie. »

Bernard Bigras est optimiste tant par rapport à son mandat que par rapport à l’avenir, et ce, malgré les changements climatiques. Le p.-d.g. croit sans aucun doute qu’à ce poste, il arrivera à faire changer les choses et à intégrer des principes de développement durable dans les infrastructures québécoises.

« Quand on est jeune, on rêve. Quand on avance en âge et dans un parcours professionnel, on veut toucher, on veut réaliser, on veut sentir qu’il y a des réalisations concrètes et on devient plus pragmatique. C’est là que j’en suis », conclut celui qui s’était fait confier le dossier de l’environnement dans le caucus de son parti à Ottawa en 1997, sans se douter que cela le suivrait tout au long de sa carrière. 

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