La pénurie de main-d’oeuvre, plus qu’une question de salaire

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
«On subit encore les politiques d’austérité du gouvernement de Couillard», souligne le président de la FTQ, Daniel Boyer.
Photo: Eric Demers «On subit encore les politiques d’austérité du gouvernement de Couillard», souligne le président de la FTQ, Daniel Boyer.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Infirmières poussées à bout qui quittent le réseau public, pénurie de préposés aux bénéficiaires et chaos dans les CHSLD ; la pandémie a mis en lumière les grandes failles du système de la santé et le manque criant de personnel dans le réseau public.« La pénurie ou la rareté de personnel de façon plus large est un discours qu’on entend de plus en plus, même au privé », précise le président de la FTQ, Daniel Boyer.

Infirmières, éducatrices en CPE, enseignants, mais aussi techniciens, personnel d’entretien ou dans les services alimentaires manquent à l’appel dans le réseau public. « Le secteur privé se plaint de la rareté de la main-d’œuvre, mais c’est criant dans le public. On cherche du monde partout », constate-t-il.

Le problème est particulièrement frappant dans les secteurs où la rémunération et les conditions de travail sont moins bonnes, et qui sont également des secteurs à prédominance féminine. La FTQ, qui représente plus de 600 000 travailleurs, milite pour cette raison depuis des années pour l’augmentation du salaire minimum à 18 $ l’heure. Mais attirer et retenir les travailleurs demandera plus d’imagination.

Des solutions à imaginer

Même si le nombre de chômeurs correspondait au nombre de postes à pourvoir, « le principe des vases communicants ne fonctionne pas », souligne Daniel Boyer. En effet, on doit former cette main-d’œuvre, d’autant plus que certains postes exigent plusieurs années d’études.

Si l’immigration est une solution souvent évoquée pour pallier cette rareté, il faut aussi explorer d’autres avenues. « On doit regarder la clientèle éloignée du marché du travail, comme les chômeurs, les travailleurs handicapés, les retraités, etc. », croit M. Boyer. Mais surtout, il faut s’assurer que les emplois offrent de meilleures conditions d’exercice.

Le gouvernement ne peut pas faire la sourde oreille, parce que quand il y a une rareté, on observe une tendance à se diriger vers le privé, qui propose de meilleures conditions

 

La FTQ applaudit les primes et les bonnes conventions signées dernièrement, mais celles-ci ne régleront pas tout. « Le gouvernement ne peut pas faire la sourde oreille, parce que quand il y a une rareté, on observe une tendance à se diriger vers le privé, qui propose de meilleures conditions », ajoute M. Boyer.

Les travailleurs et travailleuses aimeraient en effet une meilleure conciliation travail-famille, plus de reconnaissance et de flexibilité. « La pandémie a changé certains paradigmes. On a pris conscience de toute l’importance de ces valeurs, et pas juste du salaire », note le président. Pour attirer ou retenir le personnel, on doit lui garantir de meilleures conditions d’exercice : aménagement de l’horaire, possibilité de coacher les employés pour les jeunes retraités, temps partiel, etc. « Il faut être imaginatif », résume M. Boyer.

La santé et la sécurité au travail doivent aussi occuper la place qui leur revient. La FTQ et le milieu syndical déplorent le projet de loi 59 de réforme en santé et sécurité au travail, qui « manque de courage » et ne met pas en place les mécanismes de prévention dans les secteurs comme celui de la santé. « Les gens qui travaillent en relation d’aide sont émotionnellement affectés. Nous aurions souhaité qu’on implante des mécanismes de protection immédiatement », affirme M. Boyer.

Hémorragie en éducation

La promesse d’ouvrir plus de places en garderie risque aussi de se heurter à la dure réalité du manque de personnel dans ce milieu. « Ça fait dix ans qu’on dit qu’on va avoir un problème en éducation, mais c’est comme si le gouvernement se disait “on verra” », déplore M. Boyer, qui indique que la FTQ est prête à entreprendre un blitz de négociation avec le Conseil du trésor. Les conditions salariales et d’exercice ont poussé plusieurs éducatrices à quitter le milieu, et la partie patronale veut refuser certains congés. « C’est une solution à courte vue. C’est le fait de travailler différemment et d’offrir plus de flexibilité qui va attirer les gens », insiste M. Boyer.

Malgré l’annonce d’une réforme par le ministre Dubé, le président de la FTQ souligne que le problème de personnel dans les CPE ne se réglera pas par un brassage des structures, mais plutôt par une meilleure reconnaissance de ces travailleuses et travailleurs.

La tentation de couper dans les gros ministères que sont la santé et l’éducation sera grande, après les dépenses engendrées par la pandémie. Mais ce n’est surtout pas le moment de replonger le Québec dans l’austérité, conclut M. Boyer : « On subit encore les politiques d’austérité du gouvernement de Couillard. »

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