Le retour au bureau, des retrouvailles à ne pas manquer

Raphaëlle Ritchot
Collaboration spéciale
Les experts assurent que, malgré les mesures sanitaires, plusieurs solutions sont possibles pour organiser des retrouvailles, un retour au bureau ou un atelier.
Photo: iStock Les experts assurent que, malgré les mesures sanitaires, plusieurs solutions sont possibles pour organiser des retrouvailles, un retour au bureau ou un atelier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

La pandémie de COVID-19 a affecté les travailleurs du monde entier et, si le télétravail était rarement pratiqué avant la crise sanitaire, il est rapidement devenu le quotidien de millions de personnes. Plusieurs gestionnaires songent au retour au bureau, une étape qui ne doit pas être précipitée, mais plutôt préparée minutieusement, selon des experts en consolidation d’équipe.

« Le problème, c’est que certains patrons imaginent le retour au travail comme avant mars 2020. Ils espèrent recommencer comme avant, mais ce ne sera pas le cas », affirme Eric Provencher, psychologue organisationnel pour la firme de consultation Humana conseil.

Maintenant que plusieurs travailleurs ont goûté à la souplesse du télétravail, nombreux sont ceux qui souhaitent un équilibre entre le travail à la maison et le travail au bureau. C’est ce que le psychologue appelle le modèle de travail hybride.

« Avec la période de confinement, le pendule a été tassé d’un côté et, maintenant, il faut se demander quel est le bon modèle pour chaque organisation. Curieusement, le télétravail peut devenir un enjeu compétitif. Cependant, si on n’offre pas de présentiel, ce n’est pas la meilleure option pour les employés qui ne font leur social qu’au travail. Ces derniers pourraient être portés à aller voir ailleurs », souligne M. Provencher.

La tendance qu’il observe est que la majorité des gens penchent pour un retour au bureau, mais en conservant des journées de télétravail.

« Si les dirigeants veulent réussir cette transition vers le modèle hybride, ils devront faire quelque chose qu’ils ne sont pas habitués à faire :concevoir des modalités de travail en tenant compte des préoccupations humaines individuelles, et pas seulement institutionnelles », explique la professeure Lynda Gratton, dans un article publié dans le Harvard Business Review.

C’est pourquoi M. Provencher suggère à tous ses clients de procéder à un sondage pour cerner les besoins de leurs employés. Les gestionnaires peuvent donc demander où les membres de leur équipe se sentent le plus énergiques, s’ils ont un bureau à domicile qui fonctionne bien et quels sont leurs besoins en matière de coopération, de coordination et de concentration, par exemple.

Il suggère de commencer à rencontrer les équipes en faisant par exemple une activité ludique, un pique-nique ou une simple rencontre.

« Avant la pandémie, on ne pensait pas la présence au bureau comme nécessitant une valeur ajoutée, précise le psychologue organisationnel. Je recommande d’utiliser les moments où l’on demande la présence des employés au bureau pour faire les rencontres d’équipe, pour faire les remue-méninges ou pour travailler sur des dossiers particuliers. »

Retrouvailles

« Peu importe ce que les entreprises décident de faire comme activité de retrouvailles, le plus important, c’est que les participants aient le temps de discuter ou même de se présenter. Il y a des gens qui ne se connaissent même pas, qui n’ont jamais rencontré leurs collègues en personne », s’exclame Marc Merulla, fondateur et directeur des ventes et des programmes chez Team Building Montréal Ottawa Québec (TBMOQ).

Depuis 25 ans, il travaille dans la consolidation d’équipe un peu partout au Québec, mais, avant mars 2020, jamais il n’avait fait d’atelier de façon virtuelle. Depuis que TBMOQ offre ce service, le nombre de programmes de consolidation que l’entreprise organise a triplé.

M. Merulla assure que, malgré les mesures sanitaires, plusieurs solutions sont possibles pour organiser des retrouvailles, un retour au bureau ou un atelier. « On peut faire des activités dehors sous un chapiteau tout en portant le masque, et il est aussi possible de faire un rallye en divisant les équipes de travail en plus petits groupes », mentionne-t-il.

Les deux experts confirment que le retour au travail en présentiel trotte dans la tête des gestionnaires d’entreprises de la province, et ce, depuis cet été.

« Une chose est certaine, le virtuel, ça fonctionne très bien, mais on ne peut pas remplacer l’énergie que l’on voit en présentiel. Remplacer le face-à-face, c’est difficile, j’encouragerais les gens à organiser une rencontre en personne assez tôt, dans le respect des mesures sanitaires », ajoute M. Merulla.

« Avant la crise sanitaire, les gens faisaient des activités de consolidation d’équipe à l’extérieur du travail, ils organisaient des lacs-à-l’épaule pour aller réfléchir en équipe hors du travail. L’image que je donne à mes clients, c’est que la tendance va peut-être s’inverser et qu’on va tenir des lacs-à-l’épaule, mais au bureau », ajoute M. Provencher.

Retisser des liens en œuvrant pour la communauté

Pour certaines entreprises, une bonne façon de se retrouver est de faire une activité à vocation sociale.

« Les gens dont les emplois ont survécu à la pandémie ou encore les entreprises dont la pandémie a même amélioré la situation ont un grand besoin de redonner à la communauté », a-t-il remarqué.

Chez TBMOQ, plusieurs programmes de ce genre sont proposés. Que ce soit la fabrication d’un vélo ou la préparation de collations pour des sans-abri, plusieurs initiatives aident les employés d’une entreprise à travailler leur communication tout en œuvrant pour la communauté.

Peu importe l’option que choisiront les patrons pour leurs activités de retour au bureau, l’important, c’est de ne pas bâcler cet événement.

« Un bon retour au travail doit être réfléchi, structuré et organisé. Il doit y avoir du rationnel, une valeur ajoutée et une raison derrière le retour », résume Eric Provencher.

« Une chose est certaine, le côté humain et social ressort beaucoup parmi les avantages du travail en présentiel », conclut-il. Marc Merulla abonde dans ce sens.

Si les gestionnaires parviennent à réussir la transition vers un modèle hybride qui convient à leurs équipes, la vie professionnelle de milliers de travailleurs pourrait devenir plus pratique et plus productive.

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