Un retour à la normale du nombre d'emplois pour le Canada

La hausse d’emplois, qui a été observée en septembre, est principalement venue du secteur des services, mais aussi de l’industrie de la fabrication.
Nathan Denette La Presse canadienne La hausse d’emplois, qui a été observée en septembre, est principalement venue du secteur des services, mais aussi de l’industrie de la fabrication.

Le Canada a retrouvé tous les emplois qu’il avait perdus avec la pandémie, mais pas nécessairement dans les mêmes secteurs, ni pour tous les travailleurs.

Les experts avaient prédit qu’il se créerait environ 60 000 nouveaux emplois le mois dernier au Canada. Mais il y en a eu, en fait, 157 000, a rapporté vendredi Statistique Canada, ce qui a permis de ramener le nombre total d’emplois (19,13 millions) tout juste au-dessus de son niveau de février 2020, juste avant que la pandémie de COVID-19 n’en efface presque 3 millions en l’espace d’à peine deux mois.

Comme la population canadienne continue d’augmenter et que la proportion de ceux qui se cherchent un emploi est revenue à son niveau d’avant la pandémie, le taux de chômage au Canada a eu beau reculer en septembre de 7,1 % à 6,9 %, il reste plus élevé qu’avant que la crise ne le propulse de 5,7 % à 13,7 % entre février et mai 2020.

Concentrée dans le travail à temps plein, la quatrième hausse mensuelle d’affilée de l’emploi, observée en septembre, est principalement venue du secteur des services (+142 000), comme l’administration publique (+37 000), l’information, la culture et les loisirs (+37 000) et les services professionnels, scientifiques et techniques (+30 000), mais d’autres industries aussi, comme la fabrication (+22 000). Elle s’est manifestée dans six des dix provinces, dont le Québec (+31 000), l’Ontario (+74 000) et l’Alberta (+20 000).

À la différence de la Colombie-Britannique (+1,5 %) ou à l’Ontario (+ 0,1 %), il en manque encore un peu au Québec (-0,8 %) pour retrouver le nombre d’emplois qu’il avait à la veille de la crise (4,35 millions). De 5,7 % en septembre, son taux de chômage était aussi plus élevé que le 4,5 % qu’il affichait en février 2020, quoiqu’à des lieux du 13,9 % du mois de juin de la même année.

« Ces résultats impressionnants marquent une étape importante de la reprise », a dit de l’ensemble de ces chiffres l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, dans une brève analyse. « Bien que cahoteuse, la remontée s’est faite en seulement 17 mois, ce qui est, disons-le franchement, bien plus rapide que n’importe qui aurait osé le prédire durant les jours les plus sombres. »

Incomplet et inégal

Le rattrapage est toutefois loin d’être terminé et reste bien inégal.

Contrairement au nombre d’emplois, le nombre total d’heures travaillées accuse encore un retard au Canada par rapport à son niveau prépandémique (-1,5 %). Cela s’explique entre autres par le fait que la proportion, non seulement de chômeurs, mais aussi de personnes qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles et de gens qui auraient voulu un emploi, mais qui n’en ont pas cherché, s’élevait encore à 13,8 % en septembre, contre un « taux de sous-utilisation » de 11,3 % juste avant la pandémie et de 36,7 % en avril de l’an dernier.

Si certains secteurs économiques au Canada comptent désormais plus de travailleurs qu’ils en avaient avant le début de la crise, notamment ceux qui se prêtent bien au télétravail comme la finance et l’assurance (+6 %), l’enseignement (+7 %), l’administration publique (+11 %) et les services professionnels, scientifiques et techniques (12 %), à l’inverse, les secteurs les plus touchés par la crise, comme le commerce de détail (-3 %), la construction (-5 %) ainsi que l’hébergement et la restauration (-15 %), accusent encore du retard.

Il y a de bonnes nouvelles. Réalisée du 12 au 18 septembre, l’enquête de Statistique Canada a notamment permis de constater que la rentrée scolaire s’était déroulée presque normalement, les parents de jeunes enfants, et particulièrement les mères, n’ayant plus à rester à la maison pour s’en occuper. Le taux de participation au marché du travail des femmes de 25 à 54 ans a même atteint un sommet historique de 88 % au Québec, s’est félicité l’Institut du Québec, soit une proportion deux fois plus élevée qu’en 1976.

Il y a aussi de moins bonnes nouvelles. La proportion de chômeurs qui sont sans emploi depuis 27 semaines ou plus est toujours presque deux fois plus élevée qu’elle ne l’était avant la crise (27 % contre 16 %). Dans un marché du travail où 287 000 emplois ne nécessitant pas d’études postsecondaires ont été détruits en deux ans, les chômeurs les moins scolarisés sont moins susceptibles de se trouver un emploi et plus à risque de simplement abandonner.

L’emploi déçoit aux États-Unis

Les chiffres de l’emploi aux États-Unis sont restés plombés par le variant Delta en septembre, mais la reprise économique « va de l’avant » dans le pays, a assuré Joe Biden tout en défendant la nécessité des gigantesques plans d’investissements actuellement discutés au Congrès. En septembre, 194 000 emplois ont été créés, la moitié moins qu’attendu, a annoncé vendredi le département du Travail. C’est aussi bien inférieur aux 366 000 nouveaux emplois du mois d’août. Après plus d’un million de postes créés en juin puis en juillet, le rythme avait alors déjà fortement ralenti. Le taux de chômage, lui, recule de 0,4 point, à 4,8 %, prenant en compte les créations d’emplois en août plus élevées qu’initialement annoncé. « Si vous regardez la tendance, c’est solide », a cependant estimé le président américain. Il en a également profité pour plaider en faveur de ses deux gigantesques plans d’investissements, qu’il espère faire adopter et sur lesquels il compte pour assurer une croissance durable. « Les chiffres de l’emploi nous rappellent aussi que nous avons encore du travail et des investissements à effectuer. »

 

Il manque toujours 5 millions d’emplois par rapport à février 2020, avant la pandémie, lorsque le marché du travail était au meilleur de sa forme. Et ce sont même, en réalité, « près de 18 millions de travailleurs qui restent touchés », relève l’économiste Elise Gould, de l’Economic Policy Institute, dans un gazouillis.

Agence France-Presse


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